À l’heure où la demande en métaux stratégiques s’envole, portée par l’essor des énergies renouvelables, l’Algérie frappe fort. Le 17 mars 2026, le projet minier de Tala Hamza–Oued Amizour (Béjaia) a été officiellement inauguré, marquant une étape décisive dans la stratégie nationale de diversification économique. Classé 7e rang mondial en termes de production attendue, ce gisement positionne d’emblée l’Algérie parmi les acteurs majeurs du marché du zinc et du plomb. C’est ce que révèlent les dernières données de la plateforme “Attaqa” basée à Washington.
Par K. Boukhalfa
Les réserves de Tala Hamza parlent d’elles‑mêmes. Estimées à 54 millions de tonnes, dont 34 millions exploitables, elles se composent à 78 % de zinc et à 22 % de plomb — un ratio particulièrement favorable qui assure la viabilité économique du site sur le long terme.
S’étendant sur quelque 23,4 hectares, ce gisement figure déjà selon « Attaqa » parmi les dix plus importantes mines au monde en termes de réserves, plaçant l’Algérie dans le top 3 mondial avant même le démarrage à pleine capacité.
La production attendue, qui devrait atteindre 170 000 tonnes de zinc par an, consolidera durablement ce classement. Un exploit rare dans le secteur minier, où la montée en puissance d’un nouveau site prend généralement des années, voire des décennies.
Pour rappel, le projet repose sur une coentreprise associant le groupe public Sonarem à l’entreprise australienne Terramin, avec une répartition du capital favorable à l’Algérie : 51 % des parts sont détenues par le côté algérien, conformément aux principes de souveraineté économique qui guident les grands projets stratégiques du pays.
L’investissement global est estimé à 471 millions de dollars, pour des revenus annuels attendus avoisinant les 60 millions de dollars.
Le zinc, métal roi de la transition énergétique
Si le zinc reste avant tout associé à la galvanisation de l’acier — qui représente près de 60 % de son utilisation mondiale — son rôle dans l’économie verte est en pleine expansion. Par exemple, une centrale solaire de 100 mégawatts nécessite environ 230 tonnes de zinc, tandis que les éoliennes offshores en consomment près de 40 tonnes pour la même capacité.
Plus significatif encore : l’utilisation du zinc dans les batteries de stockage d’énergie pourrait être multipliée par dix d’ici 2030, dépassant les 130 000 tonnes par an à l’échelle mondiale. Un marché en plein boom, sur lequel l’Algérie arrive au bon moment, avec la bonne ressource.
Par ailleurs, à l’échelle mondiale, la production de zinc est dominée par des mastodontes comme la mine Rampura Agucha en Inde (677 000 t/an) ou Red Dog aux États‑Unis (529 000 t/an). L’Australie, le Pérou et d’autres nations minières historiques occupent également des positions solides dans un marché où opèrent plus de 377 mines actives dans le monde, selon GlobalData.
Dans cet environnement compétitif, Tala Hamza ne se contente pas de s’insérer modestement : elle redessine la carte. En atteignant rapidement le 7ᵉ rang mondial, l’Algérie s’invite directement dans le cercle restreint des grands producteurs, sans les longues transitions habituellement nécessaires.
L’Algérie, futur hub des métaux stratégiques ?
Tala Hamza n’est pas un projet isolé. Il s’inscrit dans une vision plus large : faire de l’Algérie un acteur incontournable du marché mondial des matières premières critiques, à l’heure où l’Europe et l’Asie cherchent activement à sécuriser leurs approvisionnements en métaux indispensables à la décarbonation de leurs économies.
En combinant des réserves naturelles considérables, une volonté politique affirmée et des partenariats internationaux structurés, l’Algérie se donne les moyens de ses ambitions.
La mine de Tala Hamza pourrait bien n’être que la première pierre d’un édifice minier appelé à transformer durablement le profil économique du pays.
K. B.







