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Souveraineté alimentaire : L’Algérie voit grand

Souveraineté alimentaire : L’Algérie voit grand

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, a affirmé, hier à Alger, que l’Algérie poursuivait une stratégie de long terme visant à renforcer durablement sa sécurité alimentaire et à consolider sa souveraineté agricole, à travers la modernisation du secteur, l’augmentation de la production nationale et le développement des filières stratégiques.

Par Hakim O.

S’exprimant à l’ouverture de la 24e édition du Salon international de l’agriculture, de l’élevage, de l’agro-industrie et Afrika Food Export, organisée au Palais des expositions à Alger, et auquel participent 850 exposants algériens et étrangers issus de 40 pays, Yacine Oualid a indiqué que le gouvernement était «pleinement engagé» dans la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire, soulignant que la politique agricole nationale ne pouvait se limiter à des solutions à court terme, mais devait s’inscrire dans une vision stratégique à l’horizon 2050-2060.

Défis climatiques et modernisation du secteur

Dans son intervention, le ministre a mis en avant les défis auxquels fait face le secteur agricole, en citant notamment les changements climatiques, le stress hydrique et la croissance démographique, avec près d’un million de naissances par an en Algérie. Ce sont autant de paramètres qui imposent, dira-t-il, de profondes mutations dans les modes de production et surtout de gestion des ressources.

«Nous devons exploiter nos surfaces agricoles de manière rationnelle et sécurisée. Beaucoup s’imaginent à tort que l’Algérie dispose de réserves infinies en terres agricoles prêtes à l’emploi. C’est une idée fausse. Actuellement, la surface agricole utile (SAU) en Algérie ne dépasse pas 8,5 millions d’hectares. À titre de comparaison, l’Espagne en compte 22 millions, le Brésil plus de 300 millions et les États-Unis près de 400 millions. Donc, l’agriculture algérienne doit s’orienter plus que jamais vers l’extension de ses surfaces, l’intégration des technologies de pointe, la numérisation et une gestion rationnelle des ressources. Chaque hectare, chaque parcelle de terre algérienne doit être exploitée sur des bases logiques et scientifiques pour maximiser les rendements», a-t-il souligné.

Dans ce cadre, Yacine Oualid a indiqué que la feuille de route du secteur visait à porter le rendement moyen des céréales de 15 quintaux à l’hectare à 40 quintaux, un objectif qu’il a qualifié d’essentiel pour garantir la sécurité alimentaire des générations futures.

Le ministre a également insisté sur l’importance d’améliorer le taux d’intégration nationale dans les différentes filières agricoles afin de réduire la dépendance aux importations d’intrants, notamment dans la filière avicole.

Une stratégie ambitieuse est mise en place par le gouvernement, visant à la localisation de la production des intrants agricoles, à travers le développement de la production locale d’aliments de bétail, de semences hybrides ainsi que la préservation des ressources génétiques animales et végétales.

«Notre objectif actuel est de localiser la production des intrants. Les aliments de bétail doivent être produits localement pour répondre aux besoins du marché. Un travail de recherche approfondi est mené sur les ressources génétiques, qu’elles soient animales ou végétales. Sur le plan animal, nous travaillons au développement de ressources génétiques locales, qu’il s’agisse des grands-parentaux avicoles ou des vaches laitières, afin de réhabiliter des races locales performantes que nous avions progressivement délaissées», a souligné le ministre, affirmant que son département mène un grand projet de sauvegarde de ce patrimoine génétique crucial, notamment via la Banque nationale des gènes et l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA). Pour lui, «on ne peut développer le secteur agricole sans s’appuyer sur la science et le savoir».

Idem pour la production végétale. Si actuellement la quasi-totalité des légumes et fruits sont produits localement, à l’exception de quelques variétés comme la banane, le ministre a déploré que l’Algérie continue d’importer massivement des semences hybrides chaque année.

Des projets d’envergure sont en cours, a-t-il annoncé, avec le secteur de l’Enseignement supérieur pour produire des semences hybrides locales. «C’est un axe névralgique, car aucune souveraineté structurelle n’est possible si nous dépendons en continu d’intrants importés», a-t-il soutenu.

Exportations agricoles et agriculture saharienne

Abordant les exportations agricoles, le ministre a indiqué que plusieurs filières enregistraient désormais des excédents de production permettant d’accéder progressivement aux marchés internationaux, soulignant toutefois la nécessité de renforcer davantage la compétitivité des produits algériens à travers la qualité, la réduction des coûts et le développement de l’agro-industrie.

Sur ce point, le ministre a expliqué que l’Algérie accordait une importance particulière à la transformation agroalimentaire afin de créer davantage de valeur ajoutée et de renforcer les capacités d’exportation, rappelant dans ce cadre le rattachement du groupe public Agrodiv au secteur agricole. Par ailleurs, le ministre a annoncé la poursuite des réformes destinées à moderniser le statut de l’agriculteur et à améliorer sa protection sociale.

Il a indiqué que l’Algérie comptait environ 1,3 million d’agriculteurs, précisant que les nouvelles réformes permettront à chaque agriculteur exerçant une activité effective de bénéficier d’une carte professionnelle numérique et d’un accès plus transparent aux dispositifs de soutien public.

Évoquant l’agriculture saharienne, l’intervenant a mis en avant les immenses potentialités agricoles du Grand Sud, qualifié de « véritable eldorado agricole », faisant état de près d’un million d’hectares mobilisables ainsi que d’importantes réserves d’eaux souterraines dépassant les 60.000 milliards de mètres cubes.

Il a souligné que les superficies cultivées dans les régions sahariennes augmentaient de près de 40 % par an, notamment dans la production céréalière, appelant les investisseurs nationaux et étrangers à saisir les opportunités offertes par l’agriculture saharienne.

Aquaculture et souveraineté alimentaire

Dans ce contexte, M. Oualid a évoqué plusieurs projets stratégiques, dont le projet méga-laitier « Baladna » en partenariat avec le Qatar, destiné à couvrir près de 50 % des besoins nationaux en poudre de lait, ainsi qu’un projet agricole mené avec la société italienne Bonifiche Ferraresi pour la production du blé dur.

Le ministre a enfin souligné l’importance de l’intégration de l’aquaculture et de la pisciculture dans la stratégie nationale de sécurité alimentaire, annonçant l’objectif du gouvernement de porter progressivement la production halieutique nationale de 100.000 à 200.000 tonnes par an au cours des quatre prochaines années.

Il a estimé que la consolidation de la souveraineté alimentaire nationale nécessitait une approche globale prenant en compte l’ensemble des dimensions humaines, économiques, climatiques et technologiques du secteur agricole.

Il est à noter que la 24e édition du Salon international de l’agriculture, de l’élevage et des industries agroalimentaires (SIPSA-FILAHA), organisée au Palais des expositions à Alger, se poursuit jusqu’au 21 mai courant avec la participation de 850 exposants algériens et étrangers issus de 40 pays, dont l’Égypte, le Niger et la Mauritanie comme invités d’honneur.

H. O.

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