C’est à travers les ondes de la Radio algérienne que Khalil Hedna, directeur de l’information et de la communication au ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, a livré jeudi dernier, une série d’annonces à forte portée économique, dessinant les contours d’une Algérie qui ambitionne de se repositionner sur l’échiquier énergétique mondial — non plus seulement comme fournisseur de gaz fossile, mais comme pivot régional de la transition énergétique.
Par K. Boukhalfa
Au cœur de ces annonces figure le projet SouthH2 Corridor, un couloir de transport de l’hydrogène vert produit en Algérie vers plusieurs marchés européens. Dans les prochains mois, Alger accueillera selon le responsable une rencontre de coordination à l’initiative du ministère de l’Énergie, réunissant autour d’une même table les parties prenantes de cinq pays : l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.
L’enjeu de cette réunion est précis : faire basculer le projet du stade de la conception vers celui de la réalisation concrète, en définissant les mécanismes opérationnels, les responsabilités techniques et une feuille de route partagée.
M. Hedna n’a pas hésité à qualifier ce corridor de « saut qualitatif », soulignant qu’il ne s’agit pas d’un simple projet d’infrastructure, mais d’un vecteur de repositionnement géostratégique de l’Algérie dans l’architecture énergétique euro-méditerranéenne.
Sur le plan économique, le projet s’inscrit dans un contexte européen particulièrement favorable : confrontée à ses objectifs climatiques et à l’impératif de diversification de ses approvisionnements énergétiques, l’Europe cherche activement des corridors d’importation d’hydrogène vert.
L’Algérie, dotée d’un gisement solaire parmi les plus importants au monde et d’infrastructures gazières existantes potentiellement adaptables, se positionne comme un fournisseur naturel et compétitif.
Le SouthH2 Corridor n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie d’exportation énergétique plus large, dont fait partie un projet d’interconnexion électrique sous-marine entre l’Algérie et l’Italie, destiné à acheminer de l’électricité décarbonée.
Ce chantier, piloté conjointement par Sonelgaz, Sonatrach et l’italien ENI, progresse à un rythme soutenu selon le même responsable, qui indique que les études avancent rapidement — signe que la dynamique de concrétisation est bien enclenchée.
Ces deux projets forment ensemble une offre énergétique complémentaire vers l’Europe : d’un côté de l’hydrogène vert transporté par gazoduc, de l’autre de l’électricité propre acheminée par câble.
Une équation qui renforce considérablement le pouvoir de négociation de l’Algérie face à ses partenaires européens, dans un contexte post-crise ukrainienne où la sécurité des approvisionnements reste une priorité absolue pour Bruxelles.
Le solaire domestique : la base productive qui rend tout possible
La crédibilité de ces ambitions exportatrices repose sur la capacité du pays à produire massivement de l’énergie renouvelable. Sur ce point, le programme national d’énergie solaire avance, selon M. Hedna, « à pas sûrs » vers l’objectif de 15.000 MW d’ici 2035.
La première phase, portant sur 3200 MW répartis sur plusieurs wilayas, est en cours d’exécution avec des taux d’avancement significatifs sur les chantiers les plus avancés : Tendla (El Meghaier) — 200 MW : 93% d’avancement, El Ghrous (Biskra) — 200 MW : 86%, El Foulia (El Oued) — 300 MW : 76%, Khenguet Sidi Nadji (Biskra) — 150 MW : 62%, Ouled Djellal et Abadla (Béchar) et M’sila : 50%.
Au total, 1480 MW de capacité solaire sont attendus en service au cours de l’année 2026, ce qui constituerait un bond considérable dans la part des renouvelables dans le mix électrique national.
En marge de son axe euro-méditerranéen, l’Algérie déploie également une stratégie d’influence énergétique vers le sud du continent.
Expansion africaine : Sonelgaz exporte son savoir-faire
Sonelgaz s’apprête à lancer des projets de centrales électriques au Burkina Faso et au Mozambique, en s’appuyant sur le modèle déjà en œuvre au Niger, où le groupe construit actuellement une centrale à Niamey.
Ce modèle repose sur une approche intégrée qui va au-delà de la simple construction : il inclut la formation spécialisée des partenaires locaux et la mise en place d’un dépôt de matériel destiné à approvisionner ces projets en équipements et pièces de rechange produits en Algérie.
Une manière de transformer l’expertise technique en levier d’influence économique durable sur le continent africain, tout en développant des débouchés pour l’industrie locale.
Ainsi, la convergence de ces annonces dessine une Algérie qui ne mise plus sur le seul hydrocarbure conventionnel, mais qui entend construire une puissance énergétique multidimensionnelle — solaire, hydrogène, électrique — capable de rayonner aussi bien vers l’Europe que vers l’Afrique.
Le rendez-vous d’Alger sur le SouthH2 Corridor sera, à ce titre, un premier test grandeur nature de la capacité du pays à transformer ses ambitions en accords concrets.
K. B.







