Le vice-président du think-tank GRFI (Filaha Innov), Brahim Zitouni, a plaidé pour une transformation structurelle du modèle agricole national, estimant que l’enjeu ne résidait plus dans une simple révision technique des dispositifs existants, mais dans une « refondation stratégique » du secteur.
S’exprimant à l’ouverture de la 24e édition du Salon international SIPSA-FILAHA, Zitouni a proposé trois ruptures législatives et conceptuelles majeures pour bâtir une souveraineté alimentaire réelle.
Pour le vice-président du GRFI, le diagnostic est sans appel : le cadre législatif actuel souffre d’incohérences qui corsètent l’initiative privée et brident l’investissement. Si la loi d’orientation agricole de 2008 reste un texte de référence, son opérationnalisation piétine. Zitouni a qualifié le maintien du code pastoral de 1975, inappliqué depuis un demi-siècle, d’« anomalie stratégique ».
Afin d’y remédier, il appelle à moderniser de fond en comble la doctrine agricole nationale à travers trois ruptures systémiques.
Révolution administrative : passer du contrôle à la vraie régulation
La première rupture vise à redéfinir le rôle de l’État. Aujourd’hui, l’administration se focalise sur un contrôle pointilleux : elle autorise, elle sanctionne et distribue des rentes. Le vice-président du GRFI plaide pour un État régulateur, qui fixe des règles du jeu claires et équitables, tout en laissant les forces du terrain s’organiser de manière autonome.
Cette transition se traduirait par des mesures de débureaucratisation immédiates. La deuxième rupture s’attaque au dogme foncier. Selon M. Zitouni, les classifications actuelles reposent sur des modèles importés, calqués sur les plaines fertiles européennes, totalement déconnectés des réalités climatiques algériennes.
Ce système enferme le pays dans la notion restrictive de « Surface Agricole Utile » (SAU), disqualifiant d’emblée l’essentiel de notre espace national. Le GRFI propose d’introduire le concept de Superficie des Fonctionnalités Écosystémiques (SFE).
Désormais, un hectare ne serait plus jugé sur sa ressemblance avec une plaine de la Beauce, mais évalué sur son apport systémique concret : production de protéines, de fourrage, fixation du carbone ou rétention d’eau.
Souveraineté biologique
Constatant que l’Algérie demeure fortement dépendante des importations de semences hybrides et de parentaux avicoles, le think-tank GRFI (Filaha Innov) préconise l’organisation d’une véritable souveraineté biologique fondée sur trois cercles de résilience complémentaires.
Le premier cercle, qualifié de « socle de survie », repose sur les semences reproductibles et les races locales hyper-rustiques, à l’image de la brebis Ouled Djellal et du dromadaire, capables d’assurer une production sans recours aux intrants importés, un patrimoine que le GRFI estime devoir être déclaré « inaliénable ».
Le deuxième cercle concerne l’amélioration nationale de ces espèces locales à travers la sélection génétique afin de fixer durablement les lignées parentales au niveau national et réduire la dépendance extérieure.
Enfin, le troisième cercle vise le développement de cultures à forte valeur ajoutée destinées à l’exportation, notamment l’arganier, le pistachier ainsi que les plantes aromatiques et médicinales, afin de renforcer la compétitivité de l’agriculture algérienne sur les marchés internationaux.
H. O.

