L’État poursuit ses efforts pour le développement de l’industrie pharmaceutique. Une industrie en plein essor, garantissant une couverture du marché national de médicaments à hauteur de plus de 80 %. C’est une véritable avancée pour ce secteur, appelé à concourir à l’augmentation du PIB à hauteur de 400 milliards de dollars à la fin 2027.
Par Hakim O.
Pour cela, l’investissement dans la production de produits innovants et à forte valeur ajoutée est une condition sine qua non. Au vu de cette réalité, une stratégie ambitieuse est mise en place pour le développement du secteur pharmaceutique en Algérie, chapeautée par le Groupe Saïdal, qui entend s’imposer sur le marché national en relançant de nombreux projets à travers le pays.
La vision du gouvernement est claire : réduire la facture d’importation des médicaments et en finir avec le dictat des firmes étrangères. Une démarche qui s’inscrit en étroite ligne dans le programme du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dont la sécurité sanitaire est l’une des priorités.
Disposant actuellement de 220 unités de production de divers médicaments et dispositifs médicaux, l’Algérie est désormais appelée à mettre en place une politique pharmaceutique conforme aux standards de l’OMS afin d’optimiser ses investissements.
Pour une production aux standards de l’OMS
Pour le président de la Société Algérienne des Affaires Réglementaires et de Pharmaco-économie (SAARPE), Lotfi Benbahmed, le développement de l’industrie pharmaceutique ne consiste pas uniquement à créer des unités de production.
«Il s’agit d’avoir une véritable stratégie et une politique pharmaceutique structurée, conformément aux standards de l’OMS, qui garantisse la protection de la santé publique tout en étant un moteur de croissance pour le pays», a-t-il souligné dans sa communication sous le thème : «Secteur pharmaceutique en Algérie : situation, enjeux et perspectives», au salon SIPHAL 2026, clôturé hier samedi. Pour lui, le respect du taux d’intégration fixé par le décret ARETE est essentiel : produire sans créer de valeur ajoutée est inutile.
«Certaines unités importantes, appartenant à des multinationales, avaient un coût de matière première équivalant, voire supérieur, au prix du produit fini. Ce n’était pas logique et cela ne contribuait pas au PIB», a-t-il expliqué.
Investir dans la production locale de matières premières est primordial pour un pays comme l’Algérie, qui ambitionne de dépasser la simple satisfaction du marché local et de conquérir des parts sur les marchés internationaux, notamment en Afrique.
La tâche ne sera pas mince face à la concurrence des laboratoires internationaux opérant sur le continent. Toutefois, l’Algérie peut jouer sur ses atouts (proximité géographique, coût énergétique et main-d’œuvre moins chère) pour rester compétitive à l’international.
De nombreux projets de fabrication de matière première en cours de réalisation
À tous cela s’ajoutent, l’investissement dans la production d’intrants pour le pharma en local. D’ailleurs, de nombreux projets sont en cours de réalisation par le Groupe Saïdal à travers le pays, notamment à Batna, Médéa et Mostaganem, pour la fabrication de matières premières destinées à la production de médicaments pour le traitement de nombreuses pathologies, notamment l’insuline, l’oncologie, les antibiotiques et les vaccins pour enfants.
Ces produits à forte valeur ajoutée permettront à l’Algérie de répondre aux besoins du marché national, de réduire la facture d’importation et de conquérir des parts de marché à l’étranger.
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, M. Wassim Kouidri, a multiplié ses sorties sur le terrain et ses rencontres avec les responsables de Saïdal, soulignant la nécessité d’accélérer la réalisation de ces projets.
Lors de son déplacement à Mostaganem, il a inspecté le projet de relance de l’unité industrielle de production de matières premières et de vaccins vétérinaires du groupe public Saïdal.
Ce projet, spécialisé dans la production de produits vétérinaires de la matière première au produit fini, avait connu un arrêt «inacceptable» entraînant un gaspillage de devises.
Le ministre a précisé que l’État est contraint d’importer des vaccins à des prix élevés pour préserver la santé et la sécurité du cheptel national, entraînant des charges supplémentaires et des pertes pour la richesse animale.
Les travaux de réalisation du projet reprendront à un rythme accéléré pour un lancement de la production dans les plus brefs délais.
À Batna, le Wali Benahmed Riadh a visité le projet du Groupe Saïdal dédié à la fabrication de matières premières pharmaceutiques pour le traitement des maladies chroniques, ainsi qu’à la production de paracétamol et d’acide acétylsalicylique. Il a donné des instructions pour lever immédiatement les obstacles et accélérer les travaux afin de permettre l’entrée en exploitation du projet dans les délais impartis.
Parallèlement, le ministre Kouidri a annoncé un projet de création d’un grand centre national spécialisé en recherche virologique, visant à renforcer la recherche scientifique et le développement de la production de vaccins, conformément aux directives du président de la République pour consolider la sécurité sanitaire et alimentaire du pays.
L’homologation, un défi majeur
Beaucoup reste à faire, notamment en matière d’optimisation des équipements. «De nombreux équipements ne sont utilisés qu’à 5 à 10 % de leur capacité, entraînant des pertes importantes et nécessitant une planification industrielle stratégique», a précisé Lotfi Benbahmed.
«Il ne s’agit pas de multiplier les unités, mais de valoriser celles existantes. Une plateforme peut avoir 50 lignes de production tandis qu’une autre en a 2 ; c’est leur performance qui compte». L’exportation du médicament «made in Algeria» passe par une régulation stricte et l’homologation, deux défis majeurs.
Actuellement, près de 90 % des produits locaux ne sont pas encore homologués. «Il faut renforcer les moyens de l’agence nationale pour permettre l’enregistrement, l’homologation et l’inspection des produits, et ainsi intégrer pleinement le secteur dans la chaîne de valeur mondiale», a-t-il insisté.
L’expert a également souligné la nécessité de certifications internationales et d’accords bilatéraux avec certains pays, comme la Libye ou d’autres voisins, pour faciliter l’exportation.
«L’Algérie peut concourir aux appels d’offres de l’OMS et du Fonds mondial de la santé, représentant environ 25 milliards de dollars tous les 4 à 5 ans, mais pour cela, il faut atteindre le niveau de maturité requis et obtenir les certifications nécessaires», a-t-il expliqué.
En somme, l’industrie pharmaceutique est un levier de souveraineté sanitaire et un moteur de croissance économique. L’accent doit être mis sur la création de valeur ajoutée, l’optimisation des unités existantes et l’intégration du secteur dans la chaîne mondiale.
H. O.







