Ingénieure d’État en informatique et systèmes d’information, Chahrazed Saadi a exercé comme développeuse avant de diriger le volet commercial de l’entreprise familiale dans l’automobile. Cofondatrice du cabinet CréaBusiness, elle est également consultante en genre et économie bleue. Ancienne présidente de commission au CNESE, elle est membre du bureau du CNC DPME (2025–2028) et préside la SEVE depuis 2022.
Entretien réalisé par Sofiane Idiri
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Ecotimes : Quel est aujourd’hui l’état des lieux de l’entrepreneuriat féminin en Algérie, et comment votre association y contribue concrètement ?
Saadi Chahrazed: l’accès aux études supérieures, à la formation professionnelle et autres opportunités d’apprentissage ont permis aux Algériennes d’acquérir des connaissances et de l’expertise dans différentes spécialités, conjuguées aux mécanismes d’incitation à l’entrepreneuriat et aux opportunités d’investissement qu’offre notre pays.
L’entrepreneuriat est aujourd’hui un choix chez beaucoup de femmes qui sont de plus en plus nombreuses à créer leurs business sous différentes formes (micro-entreprise, start-up, auto-entrepreneure, PME,…).
Ce constat, bien que rassurant, ne doit pas nous faire oublier que nous avons beaucoup d’efforts à faire pour rendre l’entrepreneuriat plus attractif auprès des femmes.
À cet effet, l’association des femmes cheffes d’entreprises SEVE milite pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin depuis plus de 30 ans (juin 1993) par des programmes qui s’adressent aux cheffes d’entreprises mais aussi aux porteuses de projets.
Nous contribuons au renforcement des capacités managériales des femmes, au réseautage qui reste un des facteurs de réussite dans le monde de l’entreprise, à la concertation avec les pouvoirs publics concernant les solutions aux contraintes rencontrées par nos membres et à la promotion à l’international de l’écosystème économique algérien dans le but de drainer des IDE.
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Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les femmes cheffes d’entreprises, notamment dans l’accès au financement, l’environnement administratif ou les zones rurales ?
L’accès au financement et la lourdeur administrative sont effectivement les classiques en termes de difficultés à différents niveaux du parcours de l’entrepreneure. Mais une femme entrepreneure fait face aussi à des difficultés liées à la gestion d’une entreprise, la maîtrise des métiers et procédés, la gestion des équipes et collaborateurs, l’approvisionnement en matières premières, la mobilité, concilier vie de famille et vie professionnelle.
Ce sont là les difficultés que rencontrent les cheffes d’entreprises et qui, pour certaines d’entre elles, peuvent être résolues par la formation, le réseautage à travers des organisations patronales, mais aussi par des mesures incitatives comme la création de zones d’activités avec des espaces dédiés aux services d’aide aux femmes.
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Comment votre association soutient-elle l’insertion des jeunes femmes et des étudiantes dans l’entrepreneuriat ? Observez-vous une évolution générationnelle, d’après votre expérience ?
Depuis sa création, SEVE a donné une importance particulière à l’accompagnement qui s’articule autour de trois grands axes : la formation, la vulgarisation de l’information économique et le plaidoyer.
Cet accompagnement, depuis le mandat en cours, s’est enrichi par l’approche « programme » que l’actuel bureau a adoptée comme une méthode d’accompagnement qui vise d’abord à apporter un accompagnement qui répond aux besoins de chaque membre dans un secteur bien défini et ensuite à promouvoir des secteurs et filières dont l’apport au développement économique du pays est certain.
C’est ainsi que nous avons lancé un programme pour nos agricultrices avec un partenaire qui apporte l’assistance technique (analyse du sol, conseil,…) à nos membres qui activent dans le secteur agricole.
Nous avons également un programme pour le secteur de l’économie circulaire ; nous avons à cet effet bénéficié de la formation de formatrices SEVE qui vont appuyer les PME dans la transformation pour adopter les concepts de production, de communication, de conception de leurs solutions aux normes de l’économie circulaire.
Un programme est en cours d’élaboration pour l’économie bleue. Concernant les jeunes, nous avons le programme SHE MADE IT dont la 7e édition a été organisée le 17.05.2024 à Annaba en partenariat avec le Ministère de la jeunesse.
Ce programme, entamé en 2017, vise à promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans les STEM (filières des sciences, technologies, engineering et mathématiques).
Comme évoqué, elles se dirigent de plus en plus vers la création de leurs entreprises car aujourd’hui il y a un écosystème qui est favorable à l’entrepreneuriat des jeunes et le travail fourni par l’association des femmes algériennes cheffes d’entreprises, il me semble, donné ses fruits par la constance de notre engagement et la prospective dans l’élaboration des programmes d’accompagnement, depuis 33 ans.
S.I.
La suite dans notre édition de demain

