L’évolution des performances de l’emploi connaît de nouvelles réalisations à travers les investissements économiques dans l’industrie, l’agriculture ou les services, mais à travers aussi les dispositifs de l’auto-entreprenariat basés sur le soutien au microcrédit et à la création des start-ups.
Par Amar Naït Messaoud
La catégorie de jeunes qui n’ont pas pu, jusqu’ici, s’insérer dans ces différents dispositifs d’emploi sont pris en charge par l’allocation chômage instituée par le gouvernement en 2022. L’allocation chômage était venue prendre en charge des jeunes sans travail, qui n’avaient jamais exercé d’emploi auparavant.
Cette opération est intervenue après l’intégration historique de quelque 450 000 jeunes qui étaient en position de pré‑emploi, avec ses différents déclinaisons au sein des entreprises ou de la fonction publique.
Le bénéficiaire de l’allocation est tenu de renouveler son inscription auprès de l’Agence de l’emploi (ANEM) de sa circonscription administrative tous les six mois. Si un emploi lui est proposé par l’Agence, il est tenu de l’accepter sous peine de se voir déchu de son statut d’allocataire de pension de chômage.
Outre les opportunités de travail que peut lui proposer l’agence d’emploi, le bénéficiaire est appelé, de son côté, à se mettre à la recherche d’un emploi rémunérateur ou, le cas échéant, à souscrire à un dispositif de microcrédit lui permettant de créer sa propre entreprise. Il y a lieu de signaler que l’allocation chômage est maintenue même si le bénéficiaire suit une formation destinée à améliorer son profil d’employabilité.
Le montant de l’allocation chômage, qui était de 15 000 dinars, a été porté, à la fin 2025, à 18 000 dinars. Rappelons également que l’allocataire bénéficie de la couverture sociale (remboursement des frais médicaux par le moyen de la carte Chifa).
Rationaliser une rubrique sensible des transferts sociaux
L’allocation chômage, faisant partie du grand chapitre sensible des transferts sociaux inscrits au budget de l’État, est versée aux jeunes sans emploi dont l’âge va de 19 à 40 ans. Initialement, elle est versée jusqu’à l’obtention d’un emploi (premier emploi) ou jusqu’à ce que le bénéficiaire perde son éligibilité.
Cet avantage était valable jusqu’à la fin 2025. Il n’y avait pas de limite, jusque‑là, de temps prédéfini, la durée demeurait indéterminée tant que les conditions étaient remplies.
Mais le décret exécutif n° 26‑87 du 21 janvier 2026, modifiant et complétant le décret exécutif n° 22‑70 du 10 février 2022 fixant les conditions, les modalités et le montant de l’allocation chômage ainsi que les engagements des bénéficiaires, a apporté des modifications au dispositif réglementaire.
Ainsi l’allocation n’est plus illimitée. Elle est versée pour une durée d’un an, renouvelable une seule fois pour une période de douze mois, soit un maximum de deux ans au total.
De même, l’agence d’emploi, ANEM, est instruite, en vertu du décret exécutif du 21 janvier dernier, de procéder à un contrôle plus strict des bénéficiaires pour s’assurer de leur recherche active d’emploi et de la conformité de leur situation.
La nouvelle législation oblige les bénéficiaires de l’allocation chômage à répondre aux convocations de l’agence d’emploi et à accepter les offres d’emploi ou de formation proposées, sous peine de suspension de l’allocation.
Ces mesures, entrées en vigueur début de l’année en cours, visent, selon le gouvernement, à adapter le dispositif aux réalités du marché de l’emploi.
En effet, les pouvoirs publics ont bien entendu et noté les requêtes des entrepreneurs qui, au cours des deux dernières années, se sont plaints du manque effarant de main‑d’œuvre, particulièrement sur les chantiers des travaux publics, de la construction et des travaux ruraux qui exigent une forte main‑d’œuvre qualifiée et non qualifiée.
Des entreprises privées en arrivent à contourner la loi, employant des bénéficiaires de l’allocation chômage sans déclarations sociales. Ces employés bénéficient ainsi de l’allocation chômage et d’un salaire. Ce sont les entreprises publiques qui sont pénalisées du fait qu’elles ne peuvent pas se soustraire aux obligations de déclarations sociales.
Un employé de cette catégorie de « fraudeurs » sera vite débusqué par les services de la Caisse nationale de l’assurance sociale (CNAS) pour « double emploi ». Mais, pour les entreprises privées, c’est l’inspection du travail qui est censée découvrir sur les chantiers les travailleurs non déclarés.
Un dispositif triangulaire pour une meilleure insertion professionnelle
Cette situation a pénalisé non seulement les entreprises, mais également les programmes d’investissements publics (infrastructures et équipements lancés par le gouvernement), en y créant des déficits en main‑d’œuvre, ce qui impacte négativement le respect des délais de réalisation et, parfois même, la qualité des travaux lorsque les profils d’ouvrier spécialisés ou de techniciens ne se trouvent pas sur le marché du travail, mais qui peuvent bien se nicher dans la caisse de chômage.
D’où la vigilance du gouvernement qui, en moins d’un mois, a adopté un nouveau texte réglementaire qui renforce et améliore les opportunités d’insertion des jeunes chômeurs, lesquels sont censés passer du statut de chômeur à celui de travailleur créant, dans la dignité d’un revenu décent, des richesses et de la plus‑value.
Le nouveau texte réglementaire est l’arrêté interministériel du 15 février 2026, publié dans le journal officiel n° 23 du 29 mars dernier, fixant les conditions et les modalités d’organisation de la formation au profit des bénéficiaires de l’allocation chômage. Cet arrêté est signé entre le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, et la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels.
Le gouvernement compte, à travers ce nouveau texte réglementaire, répondre aux besoins exprimés au niveau du marché du travail par les entrepreneurs et les employeurs qui avaient déjà porté à la connaissance des pouvoirs publics les grands déficits en matière de main‑d’œuvre, aussi bien pour la catégorie qualifiée que pour les emplois sans qualification particulière.
Le gouvernement entend principalement renforcer les capacités des jeunes chômeurs destinés à des emplois exigeant une certaine qualification.
«Les formations dispensées par les établissements de formation et d’enseignement professionnels visent à améliorer l’employabilité des primo-demandeurs d’emploi et des détenus ayant purgé leur peine, bénéficiaires de l’allocation chômage pour leur permettre une insertion professionnelle et un recrutement dans les postes proposés par l’agence nationale de l’emploi», est‑il mentionné dans l’article 2 dudit arrêté.
Cette nouvelle orientation met ainsi un dispositif triangulaire d’acteurs, faisant intervenir les employeurs (qui signalent à l’agence d’emploi les métiers en déficit de profil), les centres et instituts de formation (publics et privés) et l’agence d’emploi (ANEM).
Cette coordination et cette symbiose sont censées réajuster et rendre plus favorables les conditions d’insertion des jeunes chômeurs tout en contribuant à aplanir les contraintes rencontrées par les employeurs et les chantiers d’investissements publics.
A.N.M.







