L’actualité nationale la plus prégnante sur le plan de du développement local et du cadre de vie des citoyens ne manque pas de mettre les premiers représentants de l’État, à savoir les walis, « sous les feux de la rampe », une expression médiatique qui leur siérait sans doute mal puisque, en réalité, les walis sont plutôt au cœur de l’action de développement et au centre de la politique du cadre de vie, y compris, comme on vient de la vivre cette semaine, la gestion des risques liés aux perturbations climatiques (tempêtes de vents, inondations, éboulements) ou à d’autres phénomènes naturels ou domestiques de nature à mettre en dangers la vie des populations.
Par Amar Naït Messaoud
Les rencontres gouvernement-walis, qui se sont multipliées au cours de ces dernières années, ainsi que les visioconférences organisées par le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire au profits des walis, des chefs de daïras et des présidents des assemblées communales, n’ont pas manqué de créer un climat de «proximité de gestion», de réflexion participative et d’élargissement des horizons au-delà des classiques cloisons entre les communes, les daïras et les wilayas.
Ce sont des occasions de contacts bénéfiques et de formation autour des problématiques de terrain liées à la gestion locale : cadre de vie, urbanisme, environnement, éducation, développement des zones enclavées, gestion des zones d’activités (ZAC) et des zones industrielles, investissements, passation des marchés publics, gestion des volets sociaux, etc.
Sur le plan législatif, de nouveaux projets des codes de la wilaya et de la commune, dont le président de la République a fait état à plusieurs reprises, sont en préparation au niveau du gouvernement. Ils sont censés être adoptés avant les prochaines élections locales (APC et APW).
Le nouveau code communal, couplé à la réforme du code électoral, est supposé apporter la solution au dommageable phénomène du blocage des assemblées en raison de calculs politiciens de la part de quelques membres de l’assemblée communale jouant à renverser les alliances ; ce qui amène le wali, à son corps défendant, à geler l’assemblée, en application de la loi, et à désigner un administrateur pour gérer la commune.
Cette «liberté» permise par la législation de bloquer l’assemblée communale est devenue, pour un grand nombre de communes, une hantise, évoluant en une vicieuse tradition qui bloque le développement de la commune et perturbe le service public destiné aux citoyens
L’impératif de la décentralisation
Lors des réunions regroupant les walis avec le gouvernement, le président de la république avait tenu à mettre à faire valoir la place centrale qui revient à ces grands représentants de l’État au niveau local, et ce, aussi bien dans la pyramide générale des institutions du pays que dans les mécanismes et les dispositifs de la dynamique de développement des territoires que les walis sont chargés de gérer et d’administrer.
Et ce n’est pas un hasard qi le sujet et la nécessité de la décentralisation ressurgissent à chaque fois que le débat est engagé sur les rôles et missions du représentant de l’État qu’est wali. Il est le premier magistrat de son territoire de compétence, mais il est également considéré comme un agent de développement.
Les observations faites par le président de la République à propos de certains résultats, jugés faibles, réalisés par certaines wilayas sur le plan du développement local et de l’attractivité des investissements productifs visaient essentiellement un certain type d’organisation et de gestion des ressources humaines basé sur le monopole de la prise de décision et un déficit de participation citoyenne.
Les observations valent bien pour les charges qui pèsent sur les représentants locaux (maires, chefs de daïra, walis) que pour les canaux par lesquels passent les actions de développement.
En effet, le passage de la centralisation démesurée et hypertrophiée- où les décisions d’inscription des programmes étaient élaborées dans les bureaux douillets des ministères- à une relative déconcentration qui transfère ces prérogatives aux wilayas par le biais de la DPSB (directions de la programmation et du suivi budgétaire), n’était pas expédié comme une ‘’lettre à la poste’’ et ne s’est pas réalisé sans un certain nombres d’impondérables qui, quelque part, sont les signes d’un malaise qui couvait depuis longtemps dans l’administration.
Mettre fin aux goulots d’étranglements administratifs
L’administration a imparablement besoin de réformes profondes pour qu’elle soit au niveau des exigences de la nouvelle économie, laquelle économie se projette vers une diversification optimale des créneaux d’activité et une diversification des exportations hors la sphère des hydrocarbures.
Les réformes ont déjà commencé avec le grand chantier de la numérisation, qui suppose une refondation du système nationale statistique et des méthodes de traitement administratif des dossiers.
Elle touche un second volet, non moins important, celui du rapprochement de l’administration du citoyen à travers la décentralisation géographique et institutionnelle, en attendant une décentralisation des actes de gestion, avec des prérogatives plus larges à attribuer aux élus locaux.
Car, au niveau des démembrements de l’État et des établissements de services publics, le fonctionnement des structures et les comportements de ceux qui y exercent ne sont pas encore complètement adaptés à la marche équilibrée de l’économie nationale et à la mise sur orbite de tous les projets de développement de développement.
Le wali se retrouve ainsi au cœur d’une mécanique fort complexe qui englobe tous les secteurs de la vie publique.
L’un des indices révélateurs de la difficulté des wilayas à mettre en œuvre l’ensemble des projets de développement qui leur sont confiés est sans aucun doute la lourdeur administrative qui grève la passation des marchés publics.
Le code des marchés publics est lui aussi, appelé à évoluer avec la nouvelle réalité économique qui se dessine sur le terrain.
À cela s’ajoute, dans certaines régions, la faiblesse- en qualité et en quantité- du tissu d’entreprises de réalisation et de prestation de services, des bureaux d’études et de partenariats avec l’université et la recherche scientifiques.
Face à une situation où les institutions intermédiaires deviennent des goulots d’étranglement pour tout ce qui a trait au développement local et à l’émancipation citoyenne et de la société, la seule solution du moins la plus sage et la moins coûteuse que préconisent un certain nombre d’acteurs sociaux politiques et universitaires- est une décentralisation à la mesure des dimensions géographiques et de la diversité naturelle du pays.
Au diapason des nouveaux défis économiques et sociaux
Sur le plan de la division administrative du territoire, un pas de géant a été franchi en 2025 par la création de 11 nouvelles wilayas dans le couloir des Hauts Plateaux et au nord Sahara, faisant porter ainsi le nombre de wilayas du pays à 69. Il est probable qu’un autre mouvement de création de nouvelles communes soit également enclenché.
Sur le plan de la représentation politique, les nouvelles wilayas sont en attente de leurs propres assemblées locales, les Assemblées populaires de wilaya (APW), qui seront sans doute élues lors des prochaines élections locales.
Pour cette nouvelle architecture institutionnelle, il est prévu de nouveaux instruments législatifs. Il s’agit du code de la commune et du code de la wilaya, actuellement en chantier au niveau du gouvernement.
Ces outils permettant à cette nouvelle architecture institutionnelle de se mettre au diapason des aspirations des populations en matière de cadre de vie, des gestions de proximité et de développement local, mais ils permettront aussi de la mettre à niveau face aux besoins de développement et de croissance du nouveau modèle économique basé sur des investissements nationaux diversifiés et un partenariat gagnant-gagnant avec des investisseurs étrangers.
A. N. M.







