C’est un véritable casse-tête pour l’Exécutif. Le financement de l’ambitieux Plan de relance économique, visant à la réduction de notre dépendance aux hydrocarbures, est l’une des préoccupations majeures du gouvernement, notamment durant cette conjoncture financière, à laquelle fait face l’Algérie.
Akrem R.
Pratiquement, tous les voyants sont au rouge : un déficit budgétaire de 3 400 milliards de DA, une dette publique de 9000 milliards de DA, soit près 50% du PIB et près de 60 milliards de dollars circulent dans le circuit hors bancaire.
Une situation «difficile», même inquiétante, notamment, avec l’érosion en continu de nos réserves de change. Le gouvernement est conscient de ces difficultés financières et tente de mettre en place les mécanismes adéquats pour la mobilisation des ressources financières pour la concrétisation de son plan d’action. Néanmoins, c’est ce que le ministre de l’Energie et des mines, Mohamed Arkab a déclaré avant-hier à Alger en marge d’une rencontre sur le lancement de la stratégie, « Sonelgaz 2035». Ce dernier a fait savoir que des pistes sont en cours d’études au niveau du gouvernement afin de trouver des solutions pour le financement des projets créateurs de richesses et de valeur ajoutée à l’économie nationale.
Sans le dire, le ministre avoue que le Trésor public ne peut plus continuer à financer, à lui seul, l’économie nationale, d’où, la nécessité d’explorer de nouvelles options pour amorcer la transition économique escomptée et éviter une éventuelle crise sociale. L’arrêt de l’investissement et de l’appareil économique d’une manière générale, risque d’aggraver la situation socioéconomique des Algériens.
Face à ces difficultés financières et autres contraintes, le gouvernement sera confronté à un véritable problème qui nécessite de nouvelles méthodes et engineerings financiers afin d’atteindre l’objectif escompté, sachant le refus catégorique du président de la République de recourir à l’endettement extérieur.
Un « Emprunt National COVID 19 »…
Dans ce cadre, le financier international Omar Berkouk a indiqué que le gouvernement devra agir en fonction des types de dépenses internes (DZD) ou externes (devises). S’agissant des dépenses domestiques en monnaie locale, il devra optimiser ses recettes fiscales ordinaires en élargissant l’assiette fiscale sans augmenter les taux d’imposition. Cela suppose, dira-t-il, une lutte véritable et sans merci, contre les activités informelles et une bancarisation de l’économie qui permettra de canaliser l’épargne thésaurisée en dehors des circuits financiers. «Il faut inciter et, finalement, contraindre les agents de l’informel à contribuer à l’effort national en souscrivant à un « Emprunt National COVID-19», pour la relance économique en deux tranches : l’une, sans intérêt mais avec une participation indexée sur le taux de croissance du PIB et l’autre, portant un taux d’intérêt de 7% à 7 ans. Ces emprunts seront cotés en Bourse d’Alger pour assurer la liquidité aux porteurs. La Banque d’Algérie serait, comme toutes les Banques centrales, l’acheteur en dernier ressort sur le marché secondaire. Cela reviendrait en cas de rachat par cette Institution de ces obligations, à un financement non conventionnel non systématique. La souscription à ces Emprunts Publics serait un moyen commode de faire « entrer » dans les circuits financiers officiels, l’immense quantité de monnaie «captée» par les activités informelles, a-t-il expliqué. S’agissant des dépenses en devises du plan de relance, l’Etat algérien s’est refusé de recourir aux emprunts externes directs, quand il pouvait le faire facilement et a faible coût, estime-t-il.
Et d’ajouter : « Compte tenu de l’ampleur des besoins, il (le gouvernement) devra prendre toutes les mesures juridiques, fiscales et administratives, pour favoriser un fort courant d’IDE vers l Algérie».
Ainsi, il devra déterminer une stratégie claire de développement en désignant les secteurs à favoriser pour lesquels il cherchera des partenariats (PPP), en favorisant les associations, Entreprises Publiques / Entreprises étrangères, en renonçant a la majorité du capital et au contrôle. « Ce processus ne permettra pas de sauver toutes les entreprises publiques, mais il permettra à l’Etat de faire des économies de subventions et de se sortir de l’économie marchande», a-t-il souligné.
Enfin, le financier international a avancé également que les financements bilatéraux et multilatéraux n’ont pas été exclus : «Ils font partie des possibilités de financement additionnel, en même temps que le Crédit fournisseur promis par la Chine».
L’endettement extérieur, une alternative
Le financier et consultant international, Rachid Sekak a évoqué dans une l’une de ses contribution, la possibilité de recourir à l’endettement extérieur pour permettre d’atténuer «l’amenuisement rapide de nos réserves de change». Il est à rappeler que celles-ci sont passées de 195 milliards au début de l’année 2014 à moins de 45 milliards en ce moment. Cet expert a jugé que la dette ne doit pas être perçue comme un objet politique mais plutôt «comme n’importe quel autre instrument».
Rachid Sekak a insisté, toutefois, sur le fait qu’il faut distinguer entre deux catégories de dettes et prendre le soin d’en choisir la bonne. C’est-à-dire celle « qui crée de l’emploi, qui fait de la croissance, et qui augmente les exportations». Elle n’est donc pas contraire à notre souveraineté, dit-il.
Aller vers le financement bancaire
L’autre option que les pouvoirs publics envisagent est le recours au financement bancaire. Une option qui n’est pas vraiment utilisée par l’Algérie. Pour cause d’un système financier «archaïque», dont des réformes sont en cours de concrétisation visant à la digitalisation et la numérisation de toutes les opérations. «Nous devons impérativement accompagner les banques et institutions financières afin de prendre le relais du Trésor public. Ce dernier est asphyxié financièrement», a préconisé Ahmed Souahlia, enseignant universitaire. Et d’ajouter : « Nous devons développer la finance islamique afin de participer à la relance économique du pays. La particularité de cette finance c’est qu’elle participe en tant que partenaire, dans la réalisation du projet. Autrement dit, les projets ayant une rentabilité économique seront assurément financés par le système bancaire sans recourir au Trésor public».
A R.







