Issue d’une famille modeste de Tamanrasset, Khadija a tracé son chemin avec détermination. De guide touristique à entrepreneuse ambitieuse, elle porte aujourd’hui un projet inédit : créer un complexe touristique dans le Sahara. Un rêve porté par la passion du patrimoine, l’engagement social et la volonté d’ouvrir sa région au monde.
Par Sofiane Idiri
Il existe des femmes dont le caractère semble avoir été taillé dans la roche, immuable depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Khadidja est de celles-là. Cinquième d’une fratrie issue d’une famille modeste et travailleuse de Tamanrasset, elle a grandi dans un foyer où la dignité du labeur était une valeur transmise au quotidien.
Son père, premier tailleur de la région, avait fait de son métier une vocation ; sa mère, pilier discret mais indéfectible du foyer, cumulait l’éducation des enfants et la rigueur d’une femme de maison accomplie. C’est dans ce terreau fertile, entre l’art de la couture et la force silencieuse de la féminité, que s’est construite la personnalité de Khadidja.
Dès son plus jeune âge, elle se distingue par une vivacité d’esprit et un goût prononcé pour le débat. Elle hérite de son père le sens de la discussion et de sa mère la ténacité face aux épreuves. Cette double hérédité de caractère façonnera durablement la femme qu’elle deviendra : réfléchie, ambitieuse et profondément attachée à ses valeurs.
Un parcours scolaire sans faux pas
Son entrée à l’école s’est faite avec un léger retard, mais Khadidja n’a jamais laissé le temps lui jouer des tours. Une fois franchie la porte de la salle de classe, elle a choisi l’excellence comme seule boussole. Sans jamais redoubler une seule année, elle a traversé sa scolarité avec détermination, refusant de céder à la facilité ou au découragement.
Cette constance dans l’effort révèle une maturité précoce et une conscience aiguë de ce que représente l’éducation : non pas une obligation subie, mais une chance saisie à pleines mains.
Attirée par les sciences humaines et la compréhension de l’âme humaine, elle s’oriente naturellement vers la psychologie clinique. Pourtant, c’est un tout autre horizon qui viendra la saisir lors de son premier stage : celui du tourisme.
En endossant le rôle de guide touristique, elle découvre une passion que les livres n’avaient pas su lui révéler : celle du terrain, du mouvement, de la rencontre et de la transmission d’un patrimoine vivant.
Une femme dans un monde d’hommes
À l’époque où Khadidja s’engage dans le secteur du tourisme, ce domaine est encore largement dominé par les hommes. Son arrivée ne provoque pourtant ni résistance majeure ni rejet.
Bien au contraire, elle évoque une dynamique de coopération et d’émulation saine, où les femmes ont su gagner leur place non par la confrontation, mais par la compétence et la persévérance.
Membre et coordinatrice du Sud de l’association des femmes algériennes cheffes d’entreprises (SEVE), qui célèbre cette année ses trente ans au service de l’entrepreneuriat féminin, elle puise dans ce réseau une force collective précieuse.
Sa propre agence touristique, née de ses rêves et de ses convictions, lui a permis d’accueillir des voyageurs venus des quatre coins du monde — Italiens, Arméniens, Espagnols — témoignant ainsi du rayonnement qu’une vision singulière peut offrir à une région souvent méconnue.
Aujourd’hui, Khadidja porte en elle un projet d’une envergure rare pour la région : la création d’un complexe touristique sur un terrain dépassant les deux hectares, qui serait le premier du genre à Tamanrasset.
Ce n’est pas un simple projet immobilier, c’est une vision. Elle imagine un espace qui, en préservant la simplicité authentique du Sahara, saura accueillir les visiteurs dans un cadre à la fois accessible et profond.
Car pour elle, le tourisme ne se résume pas à des infrastructures luxueuses ou à des attractions spectaculaires : il se nourrit d’authenticité, de chaleur humaine et de respect pour l’environnement.
Le complexe prévoira également un hôtel, créant ainsi de nombreux emplois pour les jeunes de la région. Dans un partenariat avec le conservateur des forêts locales, elle envisage même d’y implanter des jardins d’arbres menacés d’extinction, faisant de son ressort non seulement un lieu de détente, mais aussi un espace de préservation écologique.
La dimension sociale et environnementale de son projet témoigne d’une intelligence entrepreneuriale rare : celle qui sait que le développement durable n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Un message, une flamme
Au-delà de l’entrepreneuse et de la pionnière, Khadidja est une voix. À toutes les jeunes femmes qui hésitent, qui doutent, qui regardent leurs rêves comme des horizons inaccessibles, elle adresse un message d’une clarté désarmante : croire en ses capacités, s’appuyer sur sa foi et agir avec sérieux et détermination.
Ce n’est pas la facilité du chemin parcouru qui rend son message fort, c’est précisément la réalité des obstacles surmontés. Khadidja n’est pas née dans la facilité ; elle a construit sa vie, pierre après pierre, dans le sable doré d’un désert qui n’attend que d’être raconté au monde entier.
Son histoire, encore en train de s’écrire, est celle d’une femme qui a choisi de transformer un rêve en chantier, et un chantier en héritage.
S. I.







