Le paysage économique mondial de ce début d’année 2026 reste zébré d’incertitudes, mais l’Afrique y dessine une trajectoire de résilience qui force l’observation.
En ce sens, le dernier rapport de la Banque africaine de développement (BAD) sur les Performances et perspectives macroéconomiques, publié avant-hier, confirme que le continent demeure une frontière de la croissance mondiale.
Avec un PIB réel moyen estimé à 4,2 % en 2025, la dynamique se consolide pour atteindre 4,3 % en 2026 et 4,5 % en 2027. L’Afrique, ce continent jusque-là resté à l’écart, abrite désormais 12 des 20 économies les plus dynamiques au monde. Ce qui signale une vitalité qui résiste à la fragmentation géopolitique.
De son côté, «la croissance du PIB réel par habitant de l’Afrique s’est améliorée : passant d’une moyenne de 1,1 % en 2024 à 1,9 % en 2025, elle a dépassé les taux de l’Amérique latine et des Caraïbes et de l’Europe», lit-on dans le rapport qui note que celle-ci «devrait encore s’accroître pour atteindre 2,1 % en 2026 et se consolider à 2,3 % en 2027, conservant ainsi sa position au-dessus de l’Amérique latine et des Caraïbes et de l’Europe».
Exportations et croissance du PIB
Entre autres indicateurs techniques relevés par ce rapport, la contribution des exportations nettes à la croissance du PIB réel illustre de manière plus explicite ce redressement. Cette dernière est en effet passée de –1,3% en 2024 à environ –0,2% en 2025, attestent les experts de la BAD.
Parallèlement, l’inflation amorce une décrue salvatrice. Après un pic à 21,8% en 2024, elle est estimée à 13,6% pour 2025 et devrait refluer à 9,5% en 2026. Ce reflux offre aux banques centrales une marge de manœuvre précieuse pour soutenir l’activité.
Toutefois, le rapport pointe le défi structurel que constitue le déséquilibre entre investissements publics et privés. Selon ce rapport, depuis 2000, l’investissement public représente 10 % du PIB, contre seulement 7 % pour le privé.
En 2024, l’investissement global en Afrique est tombé à 14,8% du PIB, loin des niveaux de l’Asie (22,7%). Pour la BAD, l’urgence est donc de lever les contraintes pesant sur le secteur privé tout en réduisant l’inefficience des dépenses publiques, estimée à 39%.
L’Algérie trace sa propre voie…
Dans ce concert de chiffres, l’Algérie trace sa propre voie. Portée par des investissements stratégiques visant à moderniser les réseaux de production de ses champs de gaz, l’activité nationale devrait s’accélérer pour atteindre 3,9% en 2026 et 2027, contre 3,3% en 2025.
Ceci dit, si le déficit budgétaire moyen pour la période 2026–2027 est projeté à –14,2% du PIB, il traduit l’ampleur des chantiers engagés pour moderniser l’infrastructure sociale et l’appareil productif. L’inflation, quant à elle, devrait se stabiliser à un taux remarquable de 2,8% sur la même période.
Cependant, l’Algérie dispose d’un atout majeur qui consiste en la solidité de ses amortisseurs extérieurs. En effet, avec des réserves de change atteignant 15,8 mois d’importations, le pays détient sans conteste la position la plus robuste d’Afrique du Nord.
Ce bouclier financier permet bien d’envisager sereinement l’intégration à la ZLECAf, véritable colonne vertébrale du renouveau industriel national. En se positionnant comme un hub de « nearshoring », l’Algérie ambitionne de transformer ses revenus gaziers en compétitivité manufacturière, visant par-là une hausse du PIB réel par habitant de plus de 10% à long terme.
En somme, le rapport 2026 de la BAD nous rappelle que la croissance sans transformation n’est qu’un sursis. L’Algérie semble avoir saisi cette urgence, et c’est toute une batterie de mesures qui est mise en branle, pour passer d’une économie de ressources à une économie de compétences.
Le chemin est tracé, loin de la seule dépendance à la rente, nous allons vers une intégration continentale audacieuse.
L. K.







