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PME agroalimentaires : Un levier stratégique pour le développement régional

Développement de l’industrie agroalimentaire : Plusieurs défis à relever par l’Algérie

L’étude sur le rôle des PME agroalimentaires dans le développement régional en Algérie se concentre spécifiquement sur le territoire du centre de l’Algérie. Une étude du Centre de Recherche en Économie Appliquée pour le Développement (CREAD) met en évidence le rôle central des petites entreprises dans la transformation économique du centre du pays.

Synthèse Akrem R.

Cette recherche, menée à la fois sur le plan théorique et empirique, apporte un éclairage inédit sur la contribution des petites et moyennes entreprises à la vitalité économique des territoires et sur les obstacles structurels qui freinent leur essor.

Depuis deux décennies, l’Algérie s’efforce de diversifier son économie et de sortir de la dépendance aux hydrocarbures. Le développement local durable est désormais au cœur des politiques publiques, dans la mesure où il permet de valoriser les ressources spécifiques de chaque région et de stimuler l’emploi.

Dans cette perspective, les PME agroalimentaires apparaissent comme des acteurs économiques de premier plan, capables de créer de la valeur ajoutée au niveau local, de renforcer l’intégration territoriale et d’assurer un lien entre le monde agricole et industriel.

L’étude du CREAD, conduite dans les wilayas de Blida, Bouira, Médéa, Tizi Ouzou, Boumerdès et Béjaïa, montre que ces territoires disposent d’un fort potentiel agricole — diversité agro-climatique, proximité des marchés urbains, main-d’œuvre disponible — mais souffrent d’une faible industrialisation de l’amont agricole. «Les PME agroalimentaires représentent un moteur essentiel de la transformation régionale, mais elles restent isolées dans un écosystème encore peu structuré », soulignent les auteurs de l’étude (Ferdj et Djeflat, 2024).

Un secteur porteur mais encore sous-exploité

Deuxième industrie nationale après les hydrocarbures, l’agroalimentaire est aujourd’hui dominée à 95 % par le secteur privé. Selon les statistiques récentes, les industries agroalimentaires réalisent 40 % du chiffre d’affaires industriel, contribuent à 2 % du PIB national et mobilisent près de 40 % de la main-d’œuvre industrielle.

Pourtant, un écart significatif persiste entre le volume de la production agricole et les performances de transformation industrielle.

La région centre, riche en ressources agricoles (fruits, oléiculture, élevage laitier, cé- réales), reste confrontée à une faible valorisation de ces productions.

Les principales filières identifiées par le CREAD incluent la transformation laitière (Blida, Médéa, Béjaïa), la conserverie de fruits et légumes (Bouira, Tizi Ouzou), la minoterie et la transformation céréalière (Boumerdès, Médéa), la biscuiterie et sucrerie (Bouira, Blida), ainsi que la production d’huile d’olive (Tizi Ouzou, Béjaïa).

L’enquête de terrain menée par les chercheurs du CREAD révèle que 63 % des entreprises interrogées sont des petites entreprises (10 à 49 employés), contre 37 % de moyennes entreprises (50 à 250 employés).

La majorité d’entre elles exercent leurs activités dans un cadre local, en s’approvisionnant auprès d’agriculteurs des environs et en écoulant leurs produits dans les marchés régionaux.

Cette proximité favorise l’emploi local : 85 % des entreprises déclarent avoir créé des emplois directs au cours des cinq dernières années, tandis que 68 % participent activement à la formation et à la qualification de la main d’œuvre.

Certaines PME, initialement de petite taille, ont d’ailleurs connu une montée en puissance leur permettant d’acquérir une dimension nationale, à l’image de Soummam, Ifri ou Numidia.

Des obstacles structurels persistants

Malgré leur rôle clé, les PME agroalimentaires du centre du pays demeurent confrontées à des contraintes majeures, souvent communes à l’ensemble du tissu productif national. L’étude du CREAD recense cinq difficultés principales : Accès limité au financement (77 % des entreprises concernées) : les garanties exigées par les banques et les procédures longues freinent l’investissement.

Lenteurs administratives (70 %) : les démarches d’agrément, d’importation de matériel ou d’exportation restent lourdes et chronophages. Difficultés d’approvisionnement en matières premières (65 %) : irrégularité des rendements agricoles et insuffisance des infrastructures

de collecte. Problèmes logistiques et d’infrastructures (60 %) : déficits de stockage, d’accès routier ou de réseau de distribution. Manque de main-d’œuvre qualifiée (52 %) : inadéquation entre la formation technique disponible et les besoins réels de l’industrie.

L’étude pointe également la faiblesse des liens entre les PME et les structures d’appui — universités, chambres d’agriculture, centres techniques, collectivités locales —, ce qui empêche l’émergence de véritables pôles agro-industriels intégrés.

Les chercheurs estiment que ces entreprises disposent pourtant d’un potentiel élevé de développement endogène, capable de stimuler une économie régionale plus équilibrée. En valorisant les ressources locales et en créant des synergies entre acteurs du territoire, les PME agroalimentaires peuvent devenir un moteur du développement durable, notamment à travers : la création de clusters agroalimentaires régionaux ; la promotion des circuits courts et de l’économie circulaire ; l’adoption d’innovations technologiques dans la transformation et la conservation et le renforcement des capacités managériales des dirigeants d’entreprises.

Vers un développement territorial intégré

Pour lever les freins identifiés et renforcer l’impact des PME agroalimentaires sur le développement régional, l’étude du CREAD recommande une série de mesures structurantes. Elle préconise d’abord la création de fonds d’investissement régionaux spécifiquement dédiés au financement des entreprises agroalimentaires, afin de pallier les difficultés d’accès au crédit.

Dans le même sens, elle souligne la nécessité d’améliorer les mécanismes de financement en mettant en place des dispositifs de garantie adaptés aux besoins de ce secteur. L’étude insiste également sur l’importance de structurer les filières agroalimentaires autour de coopératives, de groupements d’intérêt économique ou encore de clusters régionaux, capables de favoriser la mutualisation des moyens et l’intégration des acteurs.

Elle met en avant le développement de formations techniques ciblées pour répondre aux besoins réels de l’industrie et renforcer les compétences locales.

Le renforcement des infrastructures logistiques et de stockage, notamment dans les zones rurales, constitue un autre axe prioritaire pour améliorer la compétitivité et réduire les pertes post-récolte.

Enfin, le CREAD plaide pour une simplification des procédures administratives, afin d’encourager la formalisation des entreprises et de faciliter leurs démarches d’investissement et d’exportation.

Un rôle stratégique dans la politique de diversification

En conclusion, les résultats de cette étude confirment que les PME agroalimentaires du centre de l’Algérie constituent un levier straté- gique pour la diversification de l’économie nationale. En ancrant la production et la transformation au niveau local, elles participent non seulement à la création d’emplois, mais aussi à la réduction des dés- équilibres territoriaux.

 

A. R.

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