Sept jours après le lancement de l’opération « Epic Fury », les marchés énergétiques ont définitivement basculé dans une logique de crise.
Par K. Boukhalfa
Ce vendredi, le baril de Brent, référence internationale, a dépassé les 94 dollars — soit une progression d’environ 10 % en une seule séance et son plus haut niveau depuis 2023. Le West Texas Intermediate (WTI) a, lui, bondi de plus de 13 %, s’échangeant au-dessus de 92 dollars.
Du côté du gaz naturel, le TTF néerlandais, baromètre européen, a affiché 52,68 euros le mégawattheure, après un pic à 62,61 euros mardi, portant la hausse hebdomadaire à plus de 66 %.
Le catalyseur de cette flambée est bien identifié : Donald Trump a affirmé vendredi exiger la « capitulation sans condition » du régime iranien pour mettre fin aux hostilités. Une formulation qui a immédiatement été interprétée par les opérateurs de marché comme l’annonce d’un conflit potentiellement long, voire sans issue diplomatique à court terme.
Au cœur de toutes les tensions se trouve le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole, soit près de 8,7 millions de barils par jour qui se retrouvent aujourd’hui menacés de blocage.
Pour Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, cité par l’AFP, le diagnostic est sans appel : «Chaque jour où le détroit reste fermé, le marché pétrolier se tend davantage».
Les effets concrets sont déjà perceptibles dans la région. L’Irak a réduit la production sur l’un de ses principaux champs pétroliers, tandis que le Koweït ralentirait l’exploitation de certains gisements, faute de capacités de stockage suffisantes.
Même les pays du Golfe géographiquement épargnés, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, ne peuvent que partiellement compenser : une portion significative des flux reste structurellement dépendante du passage par Ormuz.
Ainsi, face à la menace d’une pénurie durable, les grandes économies mondiales ont enclenché une course aux solutions de substitution. La Chine a demandé à ses raffineurs de suspendre certaines exportations de carburants afin de préserver ses stocks intérieurs.
Les États-Unis, de leur côté, ont autorisé temporairement l’exportation de pétrole russe vers l’Inde — une décision pragmatique qui illustre à quel point la sécurité énergétique peut primer sur les considérations géopolitiques habituelles.
Washington a par ailleurs annoncé que sa marine escorterait les navires marchands tentant de franchir le détroit d’Ormuz «dès que ce sera raisonnable», selon les mots du ministre de l’Énergie Chris Wright.
Ces manœuvres témoignent d’une réalité plus profonde : le monde cherche activement à reconfigurer ses routes d’approvisionnement, accélérant des tendances — diversification des sources, relance de projets d’infrastructures alternatifs, intensification des discussions autour des énergies de substitution — qui étaient à l’œuvre bien avant la crise actuelle.
Le spectre de la récession mondiale
Au-delà de la volatilité immédiate, c’est la trajectoire macroéconomique qui inquiète le plus les analystes. Ole R. Hvalbye, de la banque nordique SEB, cité par l’AFP, ne mâche pas ses mots : «J’ai déjà vu ce genre de situation auparavant, mais celle-ci commence à prendre des proportions dramatiques.» Le risque qu’il pointe en priorité : une récession mondiale consécutive à un choc énergétique prolongé.
Le mécanisme est bien connu. Un baril durablement au-dessus de 90 dollars pèse mécaniquement sur les coûts de production industriels, renchérit le transport, alimente l’inflation et comprime le pouvoir d’achat des ménages — autant de freins à la croissance qui se cumulent.
Dans un contexte où plusieurs grandes économies, notamment en Europe, affichent déjà une croissance atone, le choc pourrait s’avérer particulièrement douloureux.
À l’heure où les diplomaties restent muettes et où les marchés s’emballent, une certitude s’impose : la durée du conflit sera l’arbitre ultime de l’ampleur du choc économique à venir.
K. B.







