La population algérienne a franchi le nombre de 47 millions d’habitants. Au 1er janvier 2024, la population résidente était estimée par l’Office nationale des statistiques (ONS) a 46 700 000 habitants. Les personnes âgées de plus de 60 ans constituent environ 10,5% de la population totale, contre 9,5% en 2019. En nombre absolu, cette catégorie du troisième âge compte 5 millions de personnes, dont 707 000 âgés dépassent les 80 ans.
Par Amar Naït Messaoud
Même si la pyramide des âges demeure largement en faveur de la frange de la jeunesse (30,4 % de la population sont âgés de 14 ans et moins, et la population en âge de travailler représente 59,2 % de la population totale), le poids social de la frange du troisième âge devient une des préoccupations majeures des politiques publiques.
Parmi les décisions prises par le président de la république en 2024, figure la revalorisation des pensions de retraite de l’ordre de 10 à 15 % devant toucher quelque 3,6 millions de personnes.
Incontestablement, la revalorisation des pensions de retraite est une mesure salutaire de justice sociale destinée à éviter aux anciens travailleurs, ayant entamé leur «troisième âge», de «s’avilir» socialement et à continuer de vivre dans la dignité.
La situation de la frange de la population en situation de retraite normale ou relevant des «minima sociaux» interpelle incontestablement la société et les pouvoirs publics en vue de déployer d’ores et déjà un trésor d’imagination et une politique institutionnelle adaptée pour sa prise en charge sur les plans social et médical.
Les impératifs de la solidarité intergénérationnelle- supposant harmonie sociale au niveau des groupes et épanouissement des hommes sur le plan des individus- commandent de mettre en place les mécanismes, les relais et les fonds publics nécessaires pour la prise en charge de ce volet important de la vie nationale.
Certes, la problématique du développement humain touche l’ensemble de la population dans ses différentes classes d’âge. Néanmoins, la spécificité des besoins des personnes âgées est une donnée naturelle établie dans la presque totalité des pays du monde.
En Algérie, c’est là une problématique qui vient juste d’être effleurée par le monde associatif, les cercles scientifiques et les pouvoirs publics. Les hauts responsables du pays ont toujours réitéré le principe du caractère social de l’État algérien, consacré dans toutes les Constitutions qu’a connues l’Algérie depuis l’Indépendance.
L’espérance de vie augmente, la natalité «fait une halte»
L’évolution démographique de notre pays établit que l’accroissement du nombre de personnes âgées obéit à la double logique, d’une part, du phénomène du recul de la natalité (passant de 23,80‰ en 2019 à 19,32‰ en 2023). et, d’autre part, de l’accroissement de l’espérance de vie (79,6 ans au cours de la période 2020-2023), selon l’ONS.
Le gouvernement avait mis, en 2017, un terme au départ à la retraite anticipée, avantage mis en place à la fin des années quatre-vingt-dix pour des quinquagénaires de bénéficier de la retraite sans conditions d’âge.
Or, non seulement le phénomène avait saigné à blanc l’administration et les entreprises publiques en matière de compétences techniques et managériales, mais, comme en avaient fait le constat les responsables de la Sécurité sociale, il a également crée un préjudice énorme pour la Caisse nationale de retraite.
Le nombre de travailleurs actifs qui cotisaient à la Caisse nationale de retraite (CNR) ne permettait pas de financer correctement les retraites.
Si le système de retraite souffre ou s’effondre, ce sont d’abord nos parents- malades, esseulés, handicapés- qui en prendront un coup. Le système de la solidarité nationale est ainsi conçu pour assurer la cohésion entre catégories sociales et entre générations d’un pays. C’est pourquoi, le déficit de la CNR a été toujours épongé par le Trésor public.
Exceptionnellement, le gouvernement a pris, en 2024, la décision de permettre à certains corps de métier, touchés par un certain niveau de pénibilité, de bénéficier de la retraite anticipée.
C’est le cas pour le corps enseignant qui ont bénéficié d’un nouveau statut particulier. Plusieurs lois et règlements algériens (Constitution, code la Santé, la loi n° 10-12 du 29 décembre 2010 relative à la protection des personnes âgées) sont consacrés à la prise en charge des personnes âgées.
La gériatrie
Sur le plan de la morale sociale qui établit depuis toujours des devoirs envers les parents et les vieilles personnes, une loi venant réhabiliter cet ancien réflexe profondément ancré dans la culture algérienne peut paraître « superflue ».
Mais, il semble bien que le respect, la considération et la survalorisation que notre société vouait aux parents et personnes âgées ont subi la « patine » du temps. La rue- avec ses mendiants et mendiantes, ses malades mentaux et autres marginalisés ayant été trahis par leur âge avancé- peut nous en apprendre sans doute mieux que certaines statistiques.
Ces dernières peuvent néanmoins compléter le tableau par le nombre de personnes élisant domicile dans les hospices de vieux, ramenés parfois, comble d’hérésie, par leur propre progéniture. Heureusement, ce sont là des cas rares.
Au cours d’ateliers organisés en 2022 sur les prise en charge des personnes âgées, le sociologue Ahmed Neggaz a révélé 85 % de cette catégorie sociale vivent avec leur familles, ce qui, selon lui, traduit « l’importance donnée par les familles algériennes aux personnes âgées ».
La tendance démographique en Algérie consacre, depuis ces dernières années, l’allongement de l’espérance de vie. Cette nouvelle réalité appelle les pouvoirs publics à renforcer le réseau des centres publics spécialisés de soins et d’accompagnement des personnes âgées, de former en nombre suffisant un personnel d’accueil et de soins de qualité.
De même, la spécialité médicale de la gériatrie commence à intéresser aussi bien les instances académiques et les associations que les institutions administratives.
L’autre innovation relative à la prise en charge des personnes de troisième âge est l’intérêt que commencent à accorder les services de santé algériens à la spécialité de gériatrie.
La médecine spécifique aux personnes âgées se déploie sur les volets du diagnostic, de la thérapie médicale ou psychologique et de soins spéciaux adaptés à cette catégorie de la population.
À l’occasion d’une journée d’études et de sensibilisation relatives aux personnes âgées, organisée en 2022 par Conseil national des droits de l’homme (CNDH), le président de cet organisme, Abdelmadjid Zaalani, avait proposé que la gériatrie soit érigée comme spécialité à part entière, avec la création d’un hôpital de gériatrie pour « une prise en charge sérieuse et efficace » de la frange du troisième âge, d’autant plus que des maladies spécifiques, comme l’Alzheimer, la perte de mémoire, la baisse de vue et d’autres pathologies encore sont marquées, au cours de ces dernières années, par leur forte prévalence.
Il y a lieu de noter que la gériatrie a été introduite comme module dans les universités algériennes à partir de 2022.
A. N. M.

