A Alger, revoilà les files d’attente pour le lait. Produit annoncé disponible, il n’en demeure pas moins que les files d’attente pour en acheter sont devenues un « spectacle » quotidien. Malgré des discours rassurants, la pénurie perdure et semble s’installer dans le temps, surtout avec la demande croissante durant le ramadhan. Colaital, principal fournisseur de lait pour la capitale, assure quant à elle, que sa production est largement suffisante, et avec l’apport des 7 laiteries privées qui approvisionnent la capitale, ce sont plus de 750 000 litres jour qui y sont commercialisés. Mais alors, pourquoi le lait vient-il à manquer ?
Par Réda Hadi
Le principal problème relevé sur le marché d’approvisionnement en lait en sachet subventionné, réside dans la phase de distribution et non dans la quantité produite, laquelle suffit à couvrir les besoins de la capitale. A la direction du commerce, on assure que tout est fait pour un approvisionnement régulier de ce produit et assure même que toutes les mesures ont été prises pour venir à bout de ce problème et que tous les distributeurs relevant des laiteries de la wilaya d’Alger sont tenus de respecter leurs parts.
En ce sens, des agents de contrôle et de la répression des fraudes relevant de la direction du commerce ont été mobilisés, récemment, afin de s’assurer du respect des réseaux de distribution et du plan de distribution du lait pasteurisé, et ce, à partir de la matinée au niveau des laiteries de la wilaya d’Alger dans l’objectif de garantir la transparence de l’opération de distribution du sachet de lait et de s’assurer que le produit soit à la portée du consommateur au prix légal fixé.
Celle-ci précise, aussi, que les équipes de contrôle créées veillent au respect par les distributeurs agréés des itinéraires définis dans la feuille de route de chacun, ajoutant qu’il a été procédé, dans le cadre de mesures spéciales, à la mise en œuvre des dispositions de la feuille de route devant définir les lieux de distribution et la quantité destinée à chaque distributeur.
Sauf qu’un simple tour à Alger, intra ou extra muros, ne confirment pas les faits.
A Alger, au centre-ville, aux abords de la rue Didouche Mourad, les quelques magasins qui en vendent, sont pris d’assaut tôt le matin, ce qui fait dire à Mourad, un quadragénaire «A cause du lait, je suis souvent en retard à mon travail. Et pourtant, je me lève aux aurores, et comme le distributeur arrive à sa guise et en retard, ca me prend plus de temps». Vers Hussein Dey, près de la résidence, c’est le même spectacle qui s’offre à nous. Deux files distinctes. Une pour les femmes et l’autre pour les hommes. Mais la colère et la grogne sont les mêmes. Une dame n’arrêtait pas de s’en prendre aux pouvoirs publics : «Je fais la chaine pour acheter du lait, c’est une vraie honte. Je pensais qu’en 2021, c’en était fini des chaines. Mais non, ça continue et c’est devenu une vraie tradition. A ce rythme on sera des professionnels dans le monde entier. Au lieu de vaquer à mes occupations, j’attends le lait ! », dit-elle fortement excédée.
A Kaidi, (Bordj El Kiffane), la chaine est plus importante, et pourtant, il n’est que 7h du matin. Certains enfants sont là aussi, assumant un rôle qui n’est pas le leur. Merouane 20 ans, tempête et ne retient pas sa colère : «Je suis debout devant le magasin depuis une heure, et le lait n’est toujours pas là. C’est pire qu’une mariée que l’on attend et qui tarde à venir, je n’en peux plus !»
Le gérant du magasin affirme, quant lui, que les retards ne sont pas une exception, surtout que Kaidi est excentrée dans la configuration de sa commune. «Les retards, sont devenus une règle qu’on doit observer. C’est devenu un horaire », ironise t-il.
Encore plus loin dans la commune, à Sidi Driss, Chouieb, un jeune qui a déjà manifesté en bloquant le tramway pour avoir de l’eau a été plus acerbe : «Mon père part au travail très tôt le matin. Nous sommes nombreux et je suis l’ainé. Ma mère est malade et femme au foyer, et je dois jouer des coudes pour me faire livrer 4 litres de lait, pas plus : pour que cela suffise à tout le monde. Je n’en peux plus ».
La colère est omniprésente et nous ne sommes même pas encore au mois du Ramadhan.
R. H.







