Le sommet «Africa Forward», qui s’est tenu les 11 et 12 mai à Nairobi (Kenya), devait sceller la refondation tant promise des relations franco-africaines. Il a surtout acté, en filigrane, la fin du magistère politique français sur le continent. Entre aveux de faiblesse budgétaire et fuite en avant économique, Emmanuel Macron termine son second mandat africain sur un bilan profondément contrasté, marqué par la perte de vitesse de Paris face à de nouveaux concurrents.
Par R. R.
Pour la première fois, la France a convié ses partenaires francophones dans un pays anglophone. Un symbole fort, voire une fuite, pour tenter d’échapper au «sentiment anti-français» qui a consumé l’influence française au Sahel. Pourtant, le décor du prestigieux sommet de Nairobi n’a pas suffi à masquer la réalité : le «pré carré» n’existe plus.
«On n’a plus les moyens» : l’aveu de Nairobi
Le moment fort de cette tournée, et peut-être du quinquennat, restera l’aveu de franchise brutale d’Emmanuel Macron devant les étudiants de l’université de Nairobi.
«L’Afrique a besoin d’investissements plutôt que d’aide publique», a-t-il lancé, avant d’ajouter, sous les rires d’un auditoire dubitatif : «Ça tombe bien parce que, nous, on n’a plus totalement les moyens non plus, si on est lucides».
Ce discours, qui se voulait pragmatique, trahit surtout une chute spectaculaire de l’influence politique française. Après le retrait forcé des troupes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger entre 2022 et 2025, la France tente de se repositionner comme un partenaire économique «parmi d’autres», loin de son rôle historique de «gendarme de l’Afrique».
Le « business » comme ultime recours
Avec plus de 30 pays présents, le sommet « Africa Forward » a tenté de mettre en scène un renouveau, misant sur la co-entreprise et l’investissement privé. Le géant de la logistique CMA CGM a d’ailleurs signé un accord de 700 millions d’euros avec le gouvernement kényan.
Cependant, cette approche « business » est perçue par de nombreux observateurs comme un aveu d’échec politique : la France, incapable de maintenir sa sécurité, tente de se vendre comme un partenaire économique fiable face à la Chine, la Turquie et l’Inde. «On peut dire que ce n’est pas Macron qui a décidé les opérations militaires au Sahel, mais il a, de fait, continué à jouer le grand chef français…», commente le journaliste Antoine Glaser.
Une gestion mémorielle qui divise
Le bilan est tout aussi mitigé sur le plan mémoriel. Si la restitution d’œuvres d’art est saluée, la méthode Macron a souvent été perçue comme un mélange de condescendance et de précipitation. Les tensions récentes avec Alger, liées à la position française sur le Sahara occidental, ont refroidi les gestes d’apaisement.
À Nairobi, des moments de tension, où le président a sèchement demandé le silence à une salle bruyante, ont rappelé l’image d’un président français parfois déconnecté des réalités africaines.
En 2026, le bilan est amer. Emmanuel Macron voulait une relation «d’égal à égal», il laisse derrière lui une influence affaiblie. La stratégie de contournement en Afrique de l’Est ne suffit pas à masquer le divorce consommé avec la jeunesse sahélienne, qui perçoit toujours la France comme une puissance tutélaire.
La tournée kényane d’Emmanuel Macron, censée consacrer le «renouveau», apparaît rétrospectivement comme le dernier acte d’un long désengagement. Le «en même temps» africain aura, en somme, été un pari risqué dont les conséquences désastreuses pour l’influence française semblent, aujourd’hui, inévitables.
R. N.

