Les politiques publiques développées par l’Algérie et qui présentent une dimension spatiale (agriculture, infrastructures de transport, aménagement des zones littorales, développement des zones de montagne, politique forestière, urbanisme, environnement, gestion des risques majeurs…), sont en train de bénéficier de nouveaux outils technologiques combinant les systèmes d’information géographiques (SIG), toute la gamme de la géomatique et la couverture satellitaire. Le satellite Alsat-3A, mis sur orbite le 15 janvier dernier, à partir de la base Jiuquan, en Chine, fait partie de cet arsenal de gestion de l’espace sous touts ses déclinaisons.
Par Amar Naït Messaoud
Le satellite, troisième de sa catégorie à être lancé par l’Algérie (après Alsat 2A et Alsat 2B), est le résultat d’un contrat de partenariat entre l’Agence spatiale algérienne (ASAL) et la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASTC).
L’appareil permettra l’acquisition des images de haute résolution, avec un champ d’observation de 17,5 km et une répétitivité de trois jours, qui seront mises à la disposition- comme outil de diagnostic et d’aide à la prise de décision des gestionnaires algériens chargés de l’aménagement du territoire avec l’ensemble des sous-thématiques liées à la gestion des ressources naturelles (foncières, hydriques, minérales, biotiques), des projections urbanistiques et d’infrastructure, de prévention et de gestion des risques majeurs,…etc.
Les outils satellitaires et les moyens numériques modernes liés aux systèmes d’information géographique sont censés apporter une plus-value majeure à la gestion de l’espace et à l’aménagement du territoire. En tous cas, l’Algérie tend, malgré un certain retard lié à la lourdeur administrative et aux aléas de l’opération de numérisation globale telle qu’elle a été décidée par le président de la République depuis cinq ans, à intégrer l’ensemble de ses politiques sectorielles dans une logique de complémentarité et d’équilibre régional qui se cristallise dans le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT). Des efforts sont déjà accomplis, mais restent à dynamiser et à parfaire.
Il reste surtout, pour la maturation de cette politique d’aménagement du territoire, à établir des règles pratiques et à asseoir des outils opératoires qu’auront à utiliser les différents acteurs du corps de l’administration et les agents économiques pour la concrétisation, sur le terrain, des choix et des options opérés par les techniciens aménagistes et les décideurs politiques.
Des cartes thématiques pour un usage opérationnel
Les résultats du traitement des images satellitaires, combinés aux données cartographiques du SIG, sont appelées à servir de base d’élaboration de cartes thématiques à même d’être exploitées par les différents gestionnaires du territoire à tous les échelons : commune, daïra, wilaya, secteur d’activité…etc.
En effet, plus que jamais, les gestionnaires des territoires sont appelés à des adaptations continuelles des politiques publiques selon les besoins d’équilibre régional et de l’exploitation rationnelles des ressources.
Dans le contexte géographique, écologique et démographique qui est celui de l’Algérie- avec une superficie de presque 2,4 millions de km2, la plus grande d’Afrique, des étages bioclimatiques très contrastés et une population de près de 50 millions d’habitants-, la politique de développement sous toutes ses déclinaisons (agriculture, industrie, transport, santé, éducation, tourisme…) requiert imparablement une vision d’intégration et de répartition spatiale basée sur un sens aigu des équilibres, la nécessité d’une approche d’équité et un fort besoin d’efficacité.
C’est que le constat établi par les experts nationaux en la matière met en évidence de grands déséquilibres entre la répartition des populations et des ressources, d’une part, et les activités économiques existantes et les potentialités en friche, d’autre part.
Il se trouve que 80 % de la population algérienne occupe 20 % du territoire national, celui de la bande du nord allant des Hauts Plateaux à la côte méditerranéenne, avec les distorsions et les difficultés qui impactent la vie des populations sur les plans de l’habitat, des ressources en eau, de la circulation, de la gestion des risques, etc.
En adoptant, en 2010, la loi portant Plan national d’aménagement du territoire, le Parlement avait couronné un travail de longue haleine que les services techniques de l’ancien ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire avaient préparé depuis 2004.
Le rapport complémentaire du document principal du SNAT revêt une importance capitale puisqu’il constitue la partie « obligations » dont la responsabilité retombe sur tous les ministères, les collectivités locales, les institutions nationales et locales.
Ces structures et institutions sont, de ce fait, appelées à respecter les critères et règles du plan national d’aménagement du territoire et à s’y référer dans l’élaboration de tous leurs projets et plans (infrastructures, équipements, différents investissements, activités agricoles…).
Pour une gestion rationnelle des ressources et des territoires
À l’image des pays qui ont établi depuis longtemps une planification des interventions spatiales de leurs politiques publiques orientées vers le développement économique et social, l’Algérie a conçu un Schéma national d’aménagement du territoire, révisable à échéances régulières, destiné à mieux planifier, dans l’espace dans le temps, les interventions de l’État en matière de développement (infrastructures, gestion et exploitation des ressources naturelles, urbanisation, établissement des zones industrielles et des zones d’activité, renforcement de l’attractivité pour les zones défavorisées, incitations fiscales et autres pour mieux établir la carte des investissements économiques, prévention des risques et catastrophes,…).
De là découleront une meilleure répartition des populations et des activités commerciales et économique, évitant la surcharge de certaines régions et le «désert» économique d’autres zones, d’une part, et une gestion plus équilibrée et rationnelle des ressources naturelle, inscrite dans la perspective du développement durable.
De même, l’Algérie est en train de connaître une nouveau «boom» démographique après celui des années 1970, qu’il y a lieu de canaliser et de répartir selon les règles de l’aménagement du territoire. En matière d’occupation de l’espace, le déséquilibre semble s’accentuer davantage suite aux programmes d’investissements et d’urbanisation.
En tout cas, une tendance lourde à la littoralisation s’est dessinée depuis le début des années 1960, pour se voir confortée par les »choix » économiques postérieurs.
À elle seule, la bande littorale du pays abrite plus de la moitié de la population résidente, alors que ce couloir géographique ne représente que 2% du territoire national. De même, cette bande concentre en son sein la majeure partie des activités industrielles et agricoles polluantes et à forte consommation de ressources.
La littoralisation s’est largement dessinée depuis le début des années 70’, favorisée par l’industrialisation, la réalisation de grandes infrastructures de desserte (routes et autoroutes), ainsi que par certaines options économiques.
Ce phénomène de concentration démographique, commerciale et économique n’a pas manqué de générer de fortes pressions sur le foncier, une urbanisation intense, la dégradation de l’environnement et une forte demande en eau et en énergie.
Une nouvelle cartographie économique et sociale en «formation»
C’est dans ce contexte que le Schéma national d’aménagement du territoire a été conçu et élaboré- avec la participation de tous les secteurs d’activité- afin de corriger certains déséquilibres et dysfonctionnements nés d’une politique «volontariste» de développement dénuée de la «boussole» aménagiste.
Le SNAT, lorsqu’il a été adopté en 2010, avec les révisions successives dont il a bénéficié, était considéré, lors de sa validation technique, comme devant «anticiper les ruptures et les risques pesant sur l’espace algérien en tant que lieu de vie à protéger et à préserver».
Les nouvelles orientations de l’économie algérienne, destinées à faire projeter et réaliser des investissements économiques dans toutes les régions du pays, là où de grandes potentialités sont avérées- à l’image du grand Sud qui a vu se réaliser le plus grand transfert d’eau du pays (In Salah-Tamanrasset sur 750 m) et le plus grand investissement minier à travers l’exploitation du fer de Ghar Djebilet, avec la voie ferrée qui l’accompagne sur 950 km-, sont en train de redessiner le schéma d’aménagement du pays pour les années et décennies à venir.
Cette nouvelle carte économique et sociale du pays, qui est en train de se former progressivement, requiert, pour sa consolidation et son efficience, le recours aux nouvelles technologies numériques, géomatiques et satellitaires que l’Algérie est en train de mettre graduellement en place.
A. N. M.

