Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yassine Oualid, a présidé ce lundi 6 avril 2026, au siège de la Chambre nationale de l’Agriculture, une rencontre nationale dédiée à la filière phoenicicole. L’événement a réuni les présidents des chambres agricoles des wilayas productrices de dattes, les représentants des organisations professionnelles, associations, coopératives, agriculteurs et exportateurs. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des séries de consultations engagées avec les professionnels des filières agricoles, explique un communiqué du ministère, témoignant de la volonté des pouvoirs publics de placer le dialogue sectoriel au cœur de la gouvernance agricole.
Par Sofiane Idiri
D’emblée, le ministre a insisté sur l’importance stratégique de la filière dattes, soulignant «qu’elle représente un levier économique de premier rang, capable de générer une richesse durable, notamment à travers la diversification des exportations hors hydrocarbures».
Selon le ministre de l’Agriculture, «l’Algérie dispose de près de 19 millions de palmiers‑dattiers répartis en centaines de variétés», un patrimoine phoenicicole exceptionnel offrant d’immenses possibilités de valorisation à l’export et à la transformation industrielle.
La rencontre a été l’occasion pour les professionnels d’exposer leurs préoccupations, couvrant des domaines aussi variés que la santé végétale, les analyses de laboratoire, l’étiquetage et la certification, la réhabilitation des oasis, la chaîne du froid, le stockage, le transport, la mécanisation, le conditionnement, le financement et l’organisation de la profession, explique le communiqué.
Ces obstacles, souvent cumulatifs, freinent la compétitivité de la filière sur les marchés internationaux. Leur identification collective constitue une première étape indispensable vers une politique de soutien ciblée et efficace.
En réponse à ces préoccupations, et conformément aux orientations du ministère de l’Agriculture, un ensemble de mesures concrètes ont été annoncées.
En matière de santé végétale, la mobilisation de tous les moyens et produits phytosanitaires pour traiter les ravageurs du palmier, notamment le « Boufaroua » et le « Bioude », devrait permettre de réduire sensiblement les pertes annuelles de récolte, préservant ainsi les revenus des agriculteurs.
Sur le plan de la mécanisation, le recensement des besoins de la filière, couplé à l’implication de la société Agrodriv pour la fourniture d’équipements agricoles adaptés, ouvre la voie à une modernisation du travail phoenicicole, traditionnellement manuel et pénible.
La création d’un laboratoire spécialisé dans l’analyse, l’étiquetage et la certification des produits agricoles, en partenariat entre la Chambre nationale de l’Agriculture et l’Institut national de la recherche agronomique, constitue une avancée majeure.
Cette structure permettra de répondre aux exigences des marchés extérieurs et de lever l’un des principaux freins à l’exportation, à savoir le défaut de certification reconnue à l’international.
Par ailleurs, l’encouragement à l’organisation des professionnels en coopératives renforcera leur capacité de négociation commerciale, leur présence dans les salons internationaux et leur accès aux marchés étrangers, contribuant directement à l’augmentation des recettes en devises.
D’autres mesures d’impact immédiat ont également été annoncées par le ministère de l’Agriculture : l’électrification agricole, l’ouverture de pistes rurales et la protection des palmeraies contre les incendies amélioreront les conditions de travail dans les zones isolées.
La facilitation de l’accès au crédit froid, y compris pour les agriculteurs sans titres de propriété formels, permettra de développer la chaîne de conservation et de réduire significativement les pertes post‑récolte, estimées à des niveaux préoccupants.
Enfin, la simplification des procédures administratives et bancaires pour les exportateurs, ainsi que la mise à disposition de conteneurs de grande capacité, constituent des décisions à fort potentiel pour accélérer la cadence des expéditions vers les marchés extérieurs.
S. I.
Les wilayas productrices : une concentration au Sud‑Est du pays
Selon les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural et de la Pêche, la phœniciculture algérienne s’étend sur 17 wilayas productrices, avec toutefois une forte concentration géographique. Quatre wilayas du Sud‑Est – Biskra, El Oued, Ouargla et Ghardaïa – concentrent à elles seules 68 % des superficies et 75 % de la production nationale.
La wilaya de Biskra, qui abrite 4,44 millions de palmiers‑dattiers dont 3,7 millions productifs sur 43 617 hectares, trône en tête du classement avec 26 % de la superficie phœnicicole nationale. Sa Direction des services agricoles a annoncé une production de plus de 4 millions de quintaux pour la saison 2023‑2024, dont 2,4 millions de quintaux de Deglet Nour.
La wilaya d’El Oued suit avec 4 millions de palmiers, puis Adrar avec 3,79 millions et Ouargla avec 2,68 millions. Ces données, issues du recensement officiel du ministère de l’Agriculture et du Développement rural et de la Pêche 2020, confirment que le développement de la filière repose sur une poignée de territoires dont la dynamisation constitue un enjeu national de premier ordre.
S. I.
Les exportations algériennes de dattes : une dynamique en progression
Selon les données officielles du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, les dattes demeurent le premier produit agricole d’exportation de l’Algérie. En 2021, les expéditions ont rapporté plus de 75 millions de dollars, avec 76 900 tonnes exportées vers 72 pays, plaçant l’Algérie au 7e rang mondial des pays exportateurs, selon les données de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX).
À l’issue du Salon international des dattes tenu à Alger en novembre 2024, le secrétaire général du ministère de l’Agriculture a annoncé que les dattes algériennes étaient désormais exportées vers plus de 90 pays sur l’ensemble des continents. La variété Deglet Nour, dont l’Algérie est le premier producteur mondial, reste la locomotive de ces exportations.
S. I.







