L’Agence nationale de soutien et de développement de l’entrepreneuriat (Nesda) a annoncé avoir atteint un niveau de recouvrement exceptionnel de 7,5 milliards de dinars, soit la meilleure performance financière depuis la création du dispositif. Ce résultat confirme en effet le repositionnement de l’agence comme un acteur clé de la transformation du tissu entrepreneurial et de la nouvelle stratégie économique du pays.
Akrem R.
Selon son Directeur général, Bilel Achacha, cette progression remarquable est le fruit d’une modernisation profonde du mode de gestion, d’un suivi rigoureux des projets financés et d’une amélioration notable de la santé financière des micro-entreprises accompagnées.
«Nous enregistrons aujourd’hui le taux de recouvrement le plus élevé de l’histoire du dispositif. C’est le fruit d’un travail rigoureux, d’une meilleure organisation interne et de l’implication de l’ensemble des équipes», a-t-il souligné.
C’est également un signal fort pour la solidité du nouveau dispositif entrepreneurial, contrairement à l’ancien mécanisme (Ansej) qui a permis la création de milliers d’entreprises, sans toutefois aucune étude de faisabilité et d’utilité économique pour le pays.
Le taux de mortalité des PME créées par cet ancien dispositif était très élevé, avec un taux de recouvrement très bas. Peu de jeunes ont remboursé leurs dettes. Cette situation a accusé un énorme préjudice pour les banques publiques notamment. Un dispositif de régulation est mis en place par la Nesda avec les banques.
En termes clairs, un grand travail reste en cours à consentir pour l’assainissement de ce dossier épineux. D’ailleurs, c’est à ce constat que l’État a décidé de mettre en place un nouveau système performant et efficace pour l’entrepreneuriat d’une manière générale.
Les premiers résultats de ce nouveau dispositif (Nesda) ont fait leurs preuves notamment en matière de maturité des PME créées. Si le nombre de créations d’entreprise par an est plus ou moins faible, avoisinant à titre d’exemple les 3 500 en 2025, loin des ambitions de la Nesda qui table sur le financement de 11 000 micro-entreprises/an.
Pour les analystes, ce recouvrement record s’interprète comme un signal de maturité, dont les entreprises financées deviennent plus productives ; moins de risques financiers, et l’Agence renforce sa capacité d’autofinancement.
La Nesda affirme d’ailleurs pouvoir financer davantage de projets grâce à ses fonds propres, réduisant ainsi sa dépendance aux financements publics. «Cet important volume de créances recouvrées représente une ressource essentielle pour l’Agence, qui s’appuie désormais davantage sur ses propres moyens financiers pour soutenir les porteurs de projets et renforcer les dispositifs de soutien, notamment dans les secteurs prioritaires tels que la technologie, l’innovation, l’industrie légère et les services», a ajouté Bilel Achacha qui s’exprimait hier sur un plateau de la télévision nationale.
Le Directeur général affirme que la hausse des recouvrements n’est pas seulement un succès financier, mais également la preuve de la viabilité des micro-entreprises financées, dont un nombre croissant parvient à se développer, à se professionnaliser et à rembourser leurs engagements.
Il a en outre indiqué que la restructuration engagée depuis 2020 a aligné la Nesda sur les objectifs macroéconomiques nationaux : diversification de l’économie, réduction du chômage, équilibre de la balance commerciale et hausse de la création de valeur.
Les chiffres récents confirment cette dynamique. En effet, 87 % des nouveaux emplois créés entre 2020 et 2024 proviennent du secteur privé, une tendance soutenue par l’essor des petites et moyennes entreprises accompagnées par l’Agence. Ainsi, la contribution des PME a atteint déjà 34 % du PIB et 23 % de l’emploi national, et continue de progresser.
17 000 porteurs de projets formés, 3 500 entreprises financées en 2025
En 2025, la Nesda a renforcé son dispositif de formation et d’accompagnement, en formant 17 000 porteurs de projets et en finançant 3 500 entreprises, avec une montée en puissance des projets technologiques et innovants et une croissance notable de l’entrepreneuriat féminin (désormais 30 % des projets).
La part d’universitaires parmi les entrepreneurs financés est passée de 9 % à 50 %, signe d’une professionnalisation accrue du tissu entrepreneurial, dira-t-il.
Malgré ses succès, l’agence fait face à des défis importants. Le plafond de financement actuel de 20 millions de dinars algériens, réparti entre création et expansion, doit être revu. Cette limite, en place depuis plus de 20 ans, ne répond plus aux besoins du marché.
À cet effet, la Nesda plaide pour une révision de ces plafonds afin de mieux accompagner les entreprises en pleine croissance. Une série de solutions financières innovantes et adaptées aux besoins des petites entreprises est également mise en place par l’Agence, qui propose des financements à taux zéro sur une période de 12 ans, une durée jugée suffisante pour garantir la viabilité des projets entrepris.
«Le financement est totalement subventionné par la trésorerie publique, ce qui permet aux jeunes entrepreneurs de se lancer sans la lourde charge des intérêts bancaires», a expliqué Bilel Achacha.
En outre, l’Agence a introduit des options de financement variées, telles que la finance islamique, le leasing et d’autres solutions offertes par des institutions financières partenaires, ce qui permet aux entrepreneurs d’accéder à des financements diversifiés.
Concernant la digitalisation, le même responsable a indiqué que la plateforme MyProject a permis une restructuration totale du processus de dépôt, d’étude et de suivi des projets. Désormais, la présence physique du porteur n’est requise qu’une seule fois : lors de la défense de son projet devant la commission.
D’autres outils numériques renforcent l’ancrage économique de la Nesda : Small Business Hub, pour connecter micro-entreprises et grandes entreprises ; plateforme de localisation, qui facilite la substitution des intrants importés. Cette digitalisation constitue l’un des leviers majeurs du taux de recouvrement record enregistré cette année.
En plus des financements, la Nesda propose un accompagnement stratégique complet, indispensable pour réussir dans un environnement économique souvent incertain. L’Agence soutient les entrepreneurs à travers des formations, des conseils et des outils de gestion d’entreprise.
Cet accompagnement est vu comme essentiel pour réduire les risques inhérents à la création d’entreprises, particulièrement dans un contexte économique difficile. L’accompagnement proposé par la Nesda inclut également la possibilité de renforcer les entreprises en développement, avec des aides à l’expansion des activités.
M. Achacha souligne que, dans ce cadre, l’expansion des petites entreprises représente non seulement une opportunité pour la création d’emplois, mais aussi un levier pour stimuler la compétitivité et la diversification de l’économie algérienne.
Les PME représentent 34% du PIB
Depuis sa création, la Nesda a été un pilier essentiel dans le soutien au développement de l’entrepreneuriat en Algérie. Dans son intervention, M. Achacha a rappelé que l’objectif primordial de l’Agence est de contribuer à la croissance économique, à la diversification des secteurs économiques, ainsi qu’à la lutte contre l’inflation et au soutien à la création d’emplois.
Selon lui, le secteur des PME représente actuellement 34 % du produit intérieur brut (PIB) du pays et contribue à hauteur de 23 % à la création d’emplois. Pour lui, le rôle de la Nesda ne se limite pas seulement à soutenir la création d’entreprises, mais va au-delà, en insistant sur la nécessité de créer des emplois durables et de distribuer équitablement la richesse générée.
«Lorsque nous parlons de création d’emplois, nous parlons d’emplois compatibles avec la création de la richesse dans l’économie», a précisé le DG, soulignant que l’objectif est de faire en sorte que les entreprises créées dans le cadre des programmes de la Nesda aient un impact social positif, notamment en garantissant des conditions de travail décentes et en favorisant une meilleure répartition de la richesse.
Ce modèle économique vise à minimiser les inégalités et à créer une société plus inclusive, où la création d’emplois n’est pas uniquement un indicateur quantitatif, mais également qualitatif.
A.R.







