La parution en ce début d’année 2026 de l’ouvrage de Thierry Oberlé, « Mohammed VI, Le mystère », vient rompre un certain silence feutré autour de la monarchie alaouite.
Si le titre évoque une énigme, le contenu de l’enquête soulève surtout des questions dérangeantes sur la nature d’un pouvoir qui, après plus d’un quart de siècle, semble s’être cristallisé dans une forme d’absolutisme moderne, aussi sophistiqué qu’implacable.
Loin de l’hagiographie, l’ouvrage décortique les rouages d’un système où le « mystère » n’est plus seulement une posture de retenue, mais un outil de verrouillage politique.
Le «Mystère» comme outil d’irresponsabilité politique
L’analyse de Thierry Oberlé met en lumière un paradoxe frappant : alors que Mohammed VI concentre l’essentiel des pouvoirs régaliens et économiques entre ses mains, sa parole reste inexistante. Pour les voix critiques citées dans l’ouvrage, ce mutisme souverain permet d’entretenir un flou stratégique permanent. En s’extrayant du débat public, le monarque s’affranchit de toute reddition de comptes.
L’ouvrage souligne comment le Palais a réussi à faire porter le chapeau des échecs sociaux successifs à une classe politique domestiquée et vidée de sa substance.
Ce «mystère» royal apparaît alors comme le paravent d’une déconnexion croissante entre les palais dorés et une rue marocaine qui subit de plein fouet l’érosion du pouvoir d’achat en 2026.
Une diplomatie du «tout ou rien»
Le chapitre consacré aux relations internationales ne manque pas de souligner le virage agressif de la diplomatie marocaine. Oberlé analyse comment le Royaume a fait de la question du Sahara occidental le prisme unique de ses relations extérieures, n’hésitant pas à pratiquer ce que certains diplomates appellent le «chantage au partenariat».
L’ouvrage interroge le coût réel de cette stratégie : l’isolement régional au sein d’un Maghreb fracturé et une dépendance accrue envers de nouveaux alliés sécuritaires.
La politique de «puissance émergente» est ici présentée comme une fuite en avant, où l’éclat des grands ports et des investissements africains sert à masquer l’absence d’un véritable État de droit et la persistance de méthodes de coercition envers les voix dissidentes, journalistes et activistes.
L’économie du Palais, ou le mélange des genres
L’un des points les plus incisifs de l’ouvrage concerne l’omniprésence de la holding royale dans les secteurs clés de l’économie marocaine.
Le livre pose la question du conflit d’intérêts permanent : comment réguler un marché où le premier décideur politique est aussi le premier acteur économique ? Derrière les infrastructures de prestige célébrées par la communication officielle, l’auteur rappelle que les inégalités se sont creusées.
La modernisation technologique du pays, si vantée, profite avant tout à une oligarchie gravitant autour du Makhzen, tandis que le Maroc rural reste prisonnier de modèles de développement archaïques.
Un miroir des fragilités à venir
En refermant « Mohammed VI, Le mystère », le portrait qui se dessine est celui d’un régime à la croisée des chemins, oscillant entre une volonté de puissance internationale et des fragilités structurelles internes que le silence royal ne suffit plus à étouffer.
L’enquête de Thierry Oberlé agit comme un avertissement : en 2026, la stabilité du Maroc ne peut plus reposer uniquement sur le mythe d’un souverain providentiel.
Sans une ouverture démocratique réelle et une redistribution des richesses, le «mystère» risque de se transformer en un aveu d’impuissance face aux aspirations d’un peuple qui ne se contente plus de symboles.
N. K.







