Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dresse un constat sans équivoque : en Algérie, le gaz naturel demeure l’épine dorsale du système électrique, représentant 99 % du mix de production. À l’horizon 2030, alors que la demande d’électricité devrait progresser de 4,5 % par an en moyenne, cette domination gazière apparaît à la fois comme un facteur de stabilité et un défi stratégique pour la transition énergétique.
Par K. Boukhalfa
En effet, avec une production annuelle avoisinant les 100 térawattheures et une capacité installée de 27,33 gigawatts, le parc électrique national repose selon le rapport intitulé «Électricité 2026 : analyse et prévisions jusqu’en 2030» presque exclusivement sur des centrales à gaz.
Cette configuration a permis d’absorber une hausse de la consommation de 5,4 % en 2025 par rapport à l’année précédente, selon l’AIE. L’été 2025 a illustré cette solidité.
Le 21 juillet, la demande a atteint 20.508 mégawatts, avant d’établir un record historique à 20.628 gigawatts le 24 juillet, sous l’effet de vagues de chaleur exceptionnelles ayant intensifié le recours à la climatisation.
Ce pic a donc dépassé celui de l’été 2024 fixé à 19.000 mégawatts. Mais, malgré ces pics, le réseau a maintenu la continuité et la qualité du service. Ainsi, le rapport souligne que la prédominance du gaz offre une flexibilité précieuse pour répondre rapidement aux pointes de consommation.
Elle permet également de préserver les exportations régionales : en 2025, l’Algérie a livré environ 3,1 térawattheures d’électricité à la Tunisie, soit près de 14% de l’ensemble des approvisionnements du pays voisin, et ce, en dépit de al forte consommation sur le plan intérieur.
Mais cette hyper-dépendance pose la question de la soutenabilité à long terme. L’augmentation continue de la demande, tirée par la croissance économique, l’essor démographique et la multiplication des épisodes de chaleur extrême, exerce une pression accrue sur les infrastructures et sur la consommation nationale de gaz, ressource clé également destinée à l’exportation.
Le solaire progresse
Ainsi, face à cette domination, les énergies renouvelables progressent lentement mais surement, avec l’amorce d’une stratégie de diversification, portée par de grands projets d’énergies renouvelables, tels que le programme «Solar 1000» et la réalisation de 2000 mégawatts de centrales solaires réparties dans 12 wilayas.
D’ailleurs, l’AIE projette que la part du solaire passera d’environ 1% du mix électrique en 2025 à un peu plus de 2% d’ici 2030. Dans ce sillage, l’on rappelle que l’année 2025 a connu le franchissement d’un cap.
Selon les données fournies dernièrement par l’agence Attaqa, les importations de panneaux photovoltaïques en provenance de Chine ont été multipliées par six en un an.
Ainsi, l’Unité de recherches sur l’énergie (Washington) rapporte que l’Algérie a importé 2,1 gigawatts en 2025, contre seulement 350 mégawatts en 2024.
Le quatrième trimestre a été particulièrement soutenu, avec 700 mégawatts importés contre 330 mégawatts un an plus tôt, soit une croissance annuelle de 112%.
Cette hausse reflète le rythme accéléré des chantiers solaires à travers le pays et l’entrée effective du programme national des énergies renouvelables dans sa phase opérationnelle.
Et pour accompagner la montée en charge du système, l’État engage près de 1,2 milliard de dollars afin de renforcer l’efficacité du réseau électrique. Modernisation des infrastructures, intégration d’équipements plus performants et mise en service de nouvelles centrales figurent parmi les priorités, et ce, afin de sécuriser l’approvisionnement intérieur tout en maintenant les engagements d’exportation.
À l’horizon de la fin de la décennie, le gaz continuera donc selon l’AIE de dominer largement le paysage énergétique national.
Reste à savoir si cette position hégémonique constituera un simple socle transitoire vers un mix plus diversifié, ou si elle s’inscrira durablement comme la marque structurante du modèle électrique algérien.
K. B.







