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Mécanisme carbone européen : L’Algérie se met au diapason

Mécanisme carbone européen : L’Algérie se met au diapason

L’Algérie qui ambitionne de porter ses exportations hors hydrocarbures à 29 milliards de dollars à partir de 2030, est appelée à relever ce double défi consistant à augmenter les exportations tout en les diversifiant et à faire face au Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (CBAM) imposé par les pays de l’Union européenne.

Par Hakim O.

Ce dispositif est déjà en vigueur depuis janvier 2026, avec une montée progressive des taxes jusqu’à 100 % à l’horizon 2034. Les entreprises algériennes activant dans les domaines de l’acier, du ciment et des engrais notamment sont donc dans l’obligation d’accélérer leur transition vers des processus de production verts et bas-carbone.

Des programmes d’investissements sont déjà initiés par l’Algérie, nécessitant toutefois un accompagnement technique et surtout financier de la part des pays du Vieux Continent, initiateurs de cette taxe visant à lutter contre les changements climatiques et à pré- server l’environnement.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’organisation d’une rencontre à Alger, les 16 et 17 février courant, par l’Union européenne, consacrée au Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (CBAM). Réunissant des représentants des ministères des Hydrocarbures et des Mines, de l’Énergie et des Énergies renouvelables, des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, de l’Industrie, des Finances, de l’Environnement et de la Qualité de vie, de l’Agriculture, du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de l’Économie de la connaissance, ainsi que des start-up et micro-entreprises, l’événement a informé et accompagné les acteurs algériens sur les implications du mécanisme et ses enjeux sectoriels.

En effet, les secteurs des engrais, du ciment, du fer et de l’acier ont bénéficié de sessions dédiées avec des experts internationaux, mettant en lumière les opportunités de modernisation industrielle et de transition vers des procédés à faible intensité carbone.

Les discussions ont mis en évidence les enjeux de compétitivité des exportations vers l’UE, mais également les opportunités offertes par la transition vers des procédés industriels à plus faible intensité carbone.

Les intervenants ont insisté sur le fait que le CBAM n’impose pas d’obligations directes aux producteurs situés hors de l’Union européenne, la responsabilité de la déclaration et du règlement financier incombant aux importateurs européens.

Toutefois, l’intensité carbone de la production demeure un facteur déterminant de la compétitivité des produits algériens sur le marché européen. Les travaux de la conférence ont porté sur les secteurs industriels les plus sensibles à l’application du mécanisme, en tête desquels figurent les exportations d’engrais et de produits en fer et acier, en raison de leur forte intégration au marché européen et de leur importance économique nationale.

L’Algérie se prépare

Des filières que l’Algérie veut développer davantage. Des investissements lourds ont été consentis dans le domaine minier, notamment la mine de fer de Gara Djebilet (Tindouf), dont l’exploitation industrielle est déjà lancée, la mine de zinc-plomb d’Amizour (Béjaïa), à lancer officiellement en mars prochain, et le projet du phosphate à l’Est du pays, dont l’entrée en exploitation est attendue début 2027. Des projets qui devraient propulser l’Algérie sur les marchés mondiaux de ces produits miniers (acier, engrais).

La dimension d’une production durable est déjà inscrite dans les programmes et plans d’exploitation miniers. D’ailleurs, il est prévu l’intégration de nouveaux

processus de production, en intégrant l’électricité verte et le transport vert également, à travers la généralisation du transport ferroviaire et l’introduction de camions électriques afin de réduire l’empreinte carbone.

Les échanges ont permis d’évaluer le niveau d’exposition de ces secteurs au mécanisme, tout en mettant en évidence les opportunités offertes pour la conversion des chaînes de production vers des industries à faible émission de carbone, ce qui renforcerait la compétitivité des exportations algériennes et favoriserait l’attraction d’investissements dans les technologies durables.

En termes clairs, il existe une prise de conscience au sein des entreprises algériennes quant à la nécessité de s’inscrire dans ces nouveaux processus de production durable afin de préserver leur part sur les marchés internationaux, notamment celui de l’Union européenne, où les pays sont prêts à payer les importations à des prix élevés.

À titre d’exemple, si aujourd’hui le prix du clinker est d’environ 40 dollars la tonne, d’ici 2030-2040, il pourrait atteindre 140 dollars sur le marché européen, soit un gain potentiel de 100 dollars par tonne, à condition de décarboner l’industrie du ciment en Algérie.

Le groupe public GICA et le leader international Groupe Holcim ont annoncé des investissements dans ce sens (réalisation de stations solaires, camions électriques et un projet dans le recyclage des déchets pour la production d’énergie).

Des démarches qui devraient contribuer à la décarbonation de l’industrie nationale, qui utilise déjà le gaz naturel, considéré comme une énergie propre.

Un grand reste certes à faire dans ce domaine, mais des projets sont déjà annoncés ici et là, confirmant la détermination de l’Algérie à amorcer sa transition et à se faire une place sur ce nouveau marché bas-carbone.

Elle (l’Algérie) s’est en effet fixé un objectif de réduction des émissions de 7 % par ses moyens propres, pouvant atteindre 22 % avec l’apport des investissements directs étrangers (IDE).

Il convient également de rappeler qu’un ambitieux programme d’énergies renouvelables de 15 000 MW à l’horizon 2035 est en cours de réalisation, en plus des projets éoliens et de l’hydrogène vert.

H. O.

Des exportations à faible empreinte carbone : L’Europe accompagnera l’Algérie

Les participants, lors de cette rencontre, ont convenu de l’importance de renforcer les capacités nationales en matière de mesure, de déclaration et de vérification des émissions, parallèlement au soutien des efforts de décarbonation du secteur industriel, afin de permettre à l’Algérie d’aborder de manière stratégique les défis posés par le mécanisme d’ajustement carbone. Les partenaires européens ont, de leur côté, réaffirmé leur engagement à accompagner l’Algérie à travers des instruments de coopération technique et un dialogue régulier, soulignant que ce mécanisme représente à la fois un défi et une opportunité : un défi pour s’adapter aux exigences du marché européen, et une opportunité pour moderniser l’industrie nationale et renforcer les exportations à faible empreinte carbone.

En somme, cette conférence s’inscrit dans le cadre du projet « TaqatHy+ », financé conjointement par l’Union européenne et l’Allemagne, et mis en œuvre par l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) en Algérie, sous la supervision du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables. Ce projet constitue un outil stratégique de soutien au développement des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et de l’amélioration de l’efficacité énergétique en Algérie. Le programme se poursuivra jusqu’en mai 2029, avec pour objectif d’accompagner l’Algérie vers une industrie plus durable et respectueuse de l’environnement.

H. O.

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