La modernisation du secteur agricole est l’une des priorités du gouvernement. Un plan d’action est déjà en place, élaboré conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui avait déclaré que l’agriculture est un domaine de science et de techniques.
Par Hakim O.
Une déclaration qui résume la volonté de l’État à moderniser et développer le secteur agricole afin de renforcer la sécurité alimentaire du pays, notamment dans les filières stratégiques, et insuffler une nouvelle dynamique à l’économie nationale, dominée depuis des années par les hydrocarbures.
Une mutation progressive est en train de se faire, avec la montée en puissance des secteurs hors hydrocarbures, à l’instar de l’industrie et de l’agriculture.
Ce dernier a enregistré, d’ailleurs, une progression de 4,5 % au deuxième trimestre 2025, selon les derniers chiffres de l’ONS, avec une valeur ajoutée nominale du secteur agricole à 1 418,5 milliards de DA, enregistrant une hausse de 4,6 % par rapport au deuxième trimestre de l’année précédente.
En effet, le secteur, qui contribue actuellement à hauteur de 15 % du PIB, est appelé à se développer et se moderniser davantage afin de répondre aux besoins du marché national, avec une demande en constante hausse, réduire les importations qui se chiffrent encore à une dizaine de milliards de dollars et enfin s’orienter vers l’exportation.
Un créneau que l’Algérie veut développer durant les prochaines années et atteindre ses objectifs ambitieux : 29 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures d’ici 2030 et l’augmentation du PIB à 400 milliards de dollars d’ici fin 2027. Les ambitions sont donc grandes et les défis à relever sont également énormes, nécessitant l’implication de tous les secteurs, dont l’agriculture notamment.
Bien que des avancées aient été réalisées, de nombreux efforts demeurent nécessaires pour parachever la construction d’un secteur agricole résilient, capable d’atteindre, à terme, l’objectif stratégique de la sécurité alimentaire.
Un vaste chantier de réforme lancé
Pour cela, comme l’avait souligné le Président Tebboune, lors d’une de ses rencontres périodiques avec les représentants de la presse nationale : «Il est temps d’en finir avec les pratiques archaïques et de faire entrer ce secteur vital dans l’ère de la modernisation et de la numérisation».
Un vaste chantier de réforme et de modernisation est lancé, chapeauté par le jeune ministre, en l’occurrence Yacine El-Mahdi Oualid. Samedi dernier, lors d’une visite de travail dans la wilaya d’El-Meniaa, le ministre a affirmé que le secteur s’attèle à la concrétisation d’un programme global de mise à niveau et de modernisation du matériel agricole, notamment les équipements d’irrigation, de semis et de moisson, pour de meilleurs rendements agricoles.
Cette démarche s’inscrit, dira-t-il, dans le cadre d’une approche globale adossée à la modernisation de la mécanisation agricole et à l’amélioration des conditions de production, annonçant aussi le travail dans le sens de la «création de coopératives chargées de la gestion de la mécanisation et de la maintenance régulière du matériel».
Cette vision, a-t-il souligné, «s’insère en droite ligne des orientations données par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, à différentes occasions».
M. Oualid a fait part, dans le même contexte, d’une série de dispositions tendant à concrétiser des perspectives de sécurité alimentaire et d’accroissement des rendements, avec l’objectif d’atteindre un rendement moyen général de plus de 30 quintaux à l’hectare (Qx/ha) dans les différentes cultures stratégiques, notamment à travers l’utilisation de techniques modernes, la qualité des semences et l’accompagnement technique sur le terrain.
Et d’ajouter, en marge de la visite d’une exploitation dans la commune de Hassi El Gara, que le secteur veille au suivi des agriculteurs et à leur accompagnement technique, notamment au niveau des exploitations ayant réalisé des rendements de production dépassant les 100 Qx/ha dans la culture du maïs en grain.
L’Etat met les moyens
Le ministre a assuré, dans ce cadre, que les moyens nécessaires, moissonneuses et séchoirs notamment, ont été mobilisés, et que des efforts sont déployés pour fournir des séchoirs au niveau des centres de collecte des cultures céréalières et fourragères, en plus de la réalisation d’un séchoir central dans cette wilaya, en vue de faciliter la moisson précoce du maïs en grain et d’assurer la préservation de sa qualité. Le ministère, a-t-il ajouté, œuvrera à assurer les différentes variétés de semences aux investisseurs agricoles,
pour leur permettre d’améliorer les rendements à l’hectare et ainsi la compétitivité de la production nationale. Après avoir écouté les doléances d’investisseurs agricoles, s’articulant notamment autour du raccordement au réseau d’électrification, de l’ouverture de pistes d’accès, de la disponibilité de semences de blé dur et du renforcement de la mécanisation agricole, le ministre a indiqué avoir connaissance des contraintes auxquelles sont confrontés les agriculteurs.
En effet, la mécanisation agricole est l’une des préoccupations majeures des agriculteurs, notamment dans le sud du pays, nécessitant une mécanisation adaptée à l’agriculture saharienne. La nature des terres exige le recours à des tracteurs performants et autres matériels de récolte afin de combler le déficit de main-d’œuvre.
Dans son plan d’action, le gouvernement ambitionne l’augmentation des superficies cultivées à 500 000 ha, dont une grande partie sera dédiée au blé dur et au maïs en vue d’atteindre l’autosuffisance.
Pour atteindre ces objectifs, l’Algérie mise sur le partenariat avec des étrangers (Italie, Qatar, Arabie saoudite, etc.) et également sur l’investissement local, avec notamment des groupes publics comme Cosider et Sonatrach, ainsi que des acteurs privés comme Cevital.
En somme, la voie de la modernisation agricole est désormais tracée. À travers des investissements ciblés, l’adoption de nouvelles technologies et une meilleure organisation, l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et de réduire la dépendance aux importations devient de plus en plus réalisable.
H. O.
Investissement agricole : Des Italiens et Qataris en renfort
Le développement de l’agriculture passe également par un transfert de technologie et de savoir-faire, notamment pour l’agriculture saharienne. Une agriculture qui nécessite beaucoup de moyens pour atteindre des productions à des rendements rentables.
L’arrivée des investisseurs étrangers, à l’image des Italiens (le groupe BF SPA) pour la production de blé dur à Timimoun, contribuera au renforcement de la sécurité alimentaire du pays et surtout à garantir un transfert technologique. Ce projet de BF SPA, d’un investissement de 420 millions d’euros, consiste en la mise en valeur de 36 000 ha pour le blé dur et les légumineuses. Il inclut des unités de transformation, des silos et vise la souveraineté alimentaire.
De plus, des partenariats pour la production de lait et de viandes sont en développement. Un autre projet d’investissement important est en cours de réalisation avec les Qataris (Bladna) pour la production de lait en poudre. D’un montant de 3,5 milliards de dollars, ce projet, en partenariat entre l’Algérie et le Qatar, prévoit de réaliser une ferme s’étendant sur 100 000 hectares et produisant 200 000 tonnes de lait en poudre par an.
Une fois pleinement opérationnel, le projet « Baladna » permettra de répondre à 50 % des besoins nationaux en poudre de lait, tout en contribuant à la disponibilité de viande rouge sur le marché local. Le projet permettra de produire près de 194 000 tonnes de lait en poudre par an.
Dans la première phase, une ferme sera aménagée pour répondre aux besoins en fourrage, une autre, d’une capacité d’accueil de 50 000 têtes bovines, sera conçue, et des lignes de production modernes de lait en poudre seront installées. La concrétisation de ce projet d’envergure est également porteuse d’opportunités en termes d’emplois, avec la création prévue de 5 000 postes directs.
Structuré en quatre étapes, « Baladna » vise une première phase achevée d’ici 2026, date à laquelle la production devrait être pleinement opérationnelle, contribuant ainsi de manière significative à la dynamisation du secteur agricole et à la génération de revenus et d’emplois dans le pays.
Par H. O.







