Le marché des matériaux de construction connaît présentement une vague incommensurable de fluctuations de prix, des pénuries, mais aussi des tensions, que seule la prédominance de la spéculation semble justifier. Il est -de facto- le marché le plus déstructuré au niveau national. Une situation qui semble, par ailleurs, arranger les affaires des véreux et autres trabendistes de mauvais alois. Cela dit, ce trafic aux tentacules divers, n’est pas sans incidence sur l’économie nationale.
Par Lyazid Khaber
Si le rond à béton connaît des fléchissements variables du prix de vente, ce qui engendre une demande excroissante sur ce matériau, les autres matériaux de base en connaissent davantage d’augmentation. Pour ce premier cas, celui du rond à béton, les professionnels en redoute une pénurie d’ici quelques temps, et par là une augmentation conséquente du prix de ce dernier, comme ça a été le cas l’année dernière où ce matériau a atteint des pics inimaginables.
Pour les professionnels du domaine des travaux publics, la cause de cette éventuelle pénurie réside dans le fait que l’on constate déjà des signes avant-coureurs d’une telle donne. Il s’agit du fait que certains entrepreneurs dont les chantiers sont à l’arrêt pour cause de pandémie, et/ou du fait d’autres raisons exogènes, à l’image des intempéries enregistrées récemment, ont tendance à profiter de cette baisse des prix du fer pour en stocker le maximum. En décembre dernier, les prix de rond à béton ont connu une forte hausse, jugée injustifiée, d’autant que les raisons demeurent inconnues. L’association pour la protection et d’orientation de consommateur Apoce et le collège national les experts architectes algériens (Cnea), ont alerté sur cette hausse vertigineuse et injustifiée les prix de rond à béton, indiquant que plusieurs projets entrepreneuriaux ont été affectés par cette hausse, et certains ont été contraints d’arrêter les chantiers, notamment auprès de AADL.
Pour ce qui est du ciment, un fléchissement des prix a été bien enregistré au cours de ces dernières semaines. Mais, faut-il noter que, loin de connaître une véritable dégringolade, après qu’il ait atteint les 1200 DA/q, le ciment produit dans les différentes cimenteries du centre du pays, à l’image de celle de Meftah et de Sour El Ghozlane, descend à peine en dessous de la barre des 900 DA, alors que son prix d’usine se situe dans la fourchette des 700 DA/q. La cause de cette ascension des prix a été attribuée dans un premier temps à la fermeture, quand bien même temporaire de certaines cimenteries du groupe ERCC. Ce qui de prime abord devait être solutionné par la reprise de la production. Ainsi et au moment où l’on s’attend le moins, la crise du ciment connaît de nouvelles donnes à même d’exacerber la tension sur ce matériau.
Le contrôle accru exacerbe la tension
L’annonce par les autorités compétentes de l’engagement d’enquêtes à même de dévoiler ceux qui sont derrière le trafic du ciment, n’a pas manqué d’accentuer la pénurie déjà ressentie à tous les niveaux. Selon les premiers éléments d’information que nous détenons, plusieurs promoteurs immobiliers ayant versé dans le commerce de revente du ciment, seraient impliqués dans des manœuvres frauduleuses qui les mettent en cause. Certains d’entre ces derniers ont même été sanctionnés par les responsables des cimenteries, ayant pris la mesure de cesser leur approvisionnement en ciment. D’autres, qui seraient pris la main dans le sac ont été, selon notre information, présentés devant les juridictions compétentes.
Une affaire qui, si elle revêt un caractère plutôt anodin, dès lors que des enquêtes et des opérations de contrôle sont systématiquement diligentées par les services de la concurrence et des prix des différentes wilayas, son impact sur le marché du ciment n’en est pas pour autant à négliger. En témoigne la pression qui s’exerce actuellement sur ce matériau et qui ne manque pas d’annoncer une nouvelle vague d’augmentation des prix qui, cette fois-ci, ne pourra être justifiée que par la rareté sur le marché. La loi de l’offre et de la demande oblige…
Les granulats, un marché jusque-là épargné
Le marché des granulats qui semble bien évoluer loin des feux de la rampe, donne bien l’impression d’un créneau bien porteur pour ceux qui s’y investissent. En effet, les prix ne cessent de connaître des augmentations, notamment pour ce qui est des produits extraits dans les régions du sud du pays et qui arrivent dans les régions du nord après de longs périples.
La fermeture de plusieurs sablières et autres carrières d’agrégats, au niveau des différentes wilayas jusque-là connues pour être pourvoyeuses de ce matériau, est une des raisons ayant été à l’origine de cette situation. Là, on ne parle pas de crise proprement dite, comme c’est le cas du ciment, dès lors que le manque réside plutôt dans la qualité et pas dans la quantité. Les entrepreneurs semblent bien s’accommoder avec les produits localement produits, et plus particulièrement ceux, bon marché, extraits de manière anarchique au niveau des différentes rivières.
A ce stade, il n’y a que l’exigence de qualité qui pose problème, notamment avec les partenaires étrangers chargés de certains chantiers, notamment ceux des travaux publics. Sinon, l’on est tenté de conclure que le marché des granulats semble bien échapper à tout contrôle que seule l’exigence expresse de la qualité des matériaux peu intégrer dans le circuit des activités économiques. Une éventualité à ne pas écarter selon les spécialistes, et ce dès lors que les autorités insistent sur l’implication des services techniques pour s’assurer de l’usage de bons matériaux répondants aux normes techniques requise en matière de construction. C’est dire, enfin, que beaucoup reste à faire dans ce domaine où l’état est encore une fois appelé à jouer son rôle de régulateur.
L. K.







