Le marché mondial du gaz naturel a vécu un mois de janvier 2026 sous le signe de l’extrême. Des tempêtes hivernales dévastatrices aux États-Unis, une Europe qui claque des dents avec des températures bien en dessous des normales saisonnières, et des prix qui s’envolent dans toutes les directions.
Par K. Boukhalfa
Dans ce contexte de turbulences, l’Algérie a continué de jouer son rôle pivot dans l’approvisionnement européen — un atout de plus en plus précieux dans un monde gazier où la volatilité est devenue la règle. C’est ce qui ressort du dernier rapport mensuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), pour le mois de février.
En effet, avant de zoomer sur le cas algérien, il faut planter le décor. En janvier 2026, les prix du gaz ont affiché des comportements spectaculaires. Aux États-Unis, le Henry Hub — le baromètre américain — a littéralement explosé, bondissant de 75 % en un seul mois pour atteindre 7,32 dollars par MMBtu, porté par la tempête hivernale Fern qui a gelé les puits de production et paralysé une partie des infrastructures d’exportation de GNL.
Les prix européens, eux, n’ont pas été épargnés : le TTF néerlandais, référence du Vieux Continent, a grimpé de 27 % sur un mois à 12,00 dollars par MMBtu, dépassant brièvement les benchmarks asiatiques — une inversion rare qui illustre à quel point l’Europe reste vulnérable aux chocs extérieurs.
Dans ce contexte, les importations mondiales de GNL ont battu un nouveau record historique en janvier, atteignant 43 millions de tonnes, soit une hausse de 11 % sur un an. L’Europe, en manque chronique de gaz depuis la crise de 2022, a absorbé 13,82 millions de tonnes de GNL — un record mensuel qui ne s’était jamais produit depuis décembre 2022.
C’est dans ce tableau agité que la position algérienne prend tout son sens. Selon le rapport du GECF, l’Algérie demeure l’un des cinq fournisseurs de gaz par pipeline (PNG) de l’Union européenne, aux côtés de la Norvège, de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de la Libye.
En janvier 2026, la Norvège conserve la première place avec 58 % de l’approvisionnement régional, mais l’Algérie s’impose en deuxième position avec 22 % — une part de marché non négligeable qui positionne Alger comme le deuxième fournisseur par gazoduc de l’Europe.
Ce qui retient l’attention dans les données du mois, c’est la dynamique commerciale algérienne. Le rapport signale qu’en janvier 2026, l’Algérie est le seul fournisseur parmi les cinq à avoir enregistré une hausse mensuelle de ses livraisons de gaz par pipeline vers l’UE, avec une augmentation de 22 % par rapport au mois de décembre 2025.
Un signe fort de la réactivité et de la capacité d’Alger à répondre à la demande croissante de ses partenaires, précisément au moment où le marché en avait le plus besoin.
Sur le front du GNL, Alger maintient le cap
Toutefois, sur une base annuelle, le rapport fait état de légères baisses des exportations algériennes par pipeline vers l’UE en janvier 2026 par rapport à janvier 2025. Une nuance qui mérite d’être contextualisée : la comparaison s’effectue avec une année 2025 qui avait déjà été marquée par des niveaux d’exportation élevés, et la tendance mensuelle à la hausse confirme que la machine algérienne reste bien huilée.
La géographie a toujours été un allié de l’Algérie. Le pays dispose d’un réseau de gazoducs transméditerranéens — notamment le Medgaz vers l’Espagne et le Transmed (Enrico Mattei) vers l’Italie — qui lui permettent d’acheminer son gaz directement vers les marchés européens sans passer par les aléas du transport maritime.
Le rapport indique que la carte des entrées de gaz par pipeline dans l’UE place l’Italie et l’Espagne parmi les principaux points d’entrée — deux destinations naturelles pour le gaz algérien.
L’Italie, notamment, a vu sa consommation de gaz bondir de 11 % sur un an en janvier, tirée par un froid inhabituel, faisant du maintien des approvisionnements algériens une nécessité opérationnelle pour Rome.
L’Algérie n’est pas qu’un acteur du gaz pipeline. Ses terminaux de liquéfaction d’Arzew et de Skikda continuent d’alimenter le marché mondial en GNL. Si le rapport de janvier 2026 ne mentionne pas de perturbations majeures sur ces installations — contrairement à janvier 2025 où des maintenances planifiées avaient été signalées à Arzew et Skikda — c’est là un signe de normalité bienvenue.
En janvier 2026, les disruptions aux terminaux de liquéfaction se sont concentrées exclusivement aux États-Unis, laissant les exportations algériennes de GNL suivre leur cours habituel.
Ainsi, pour l’Algérie, les perspectives commerciales à court terme restent favorables. La consommation de gaz dans l’UE a augmenté de 10 % sur un an en janvier 2026, et les stocks de gaz européens affichaient un niveau préoccupant de 41 % de capacité à fin janvier — bien en dessous des niveaux de l’année précédente (51 %) et de la moyenne des cinq dernières années.
L’Europe devra remplir ses réservoirs avant l’hiver prochain, ce qui laisse présager une demande d’importation soutenue tout au long de 2026.
Dans cet environnement, la fiabilité et la proximité géographique restent les meilleurs arguments commerciaux qu’Alger puisse faire valoir. Là où d’autres fournisseurs subissent les caprices des marchés spot ou les aléas logistiques du transport maritime, le gaz algérien continue d’arriver par gazoduc, régulièrement, prévisiblement — et c’est précisément ce dont l’Europe a besoin.
K. B.







