Le marché algérien des assurances a franchi, pour la première fois de son histoire, la barre symbolique des 200 milliards de dinars de primes émises à fin 2025. Selon la « Note de conjoncture du marché national des assurances », le total cumulé toutes activités confondues s’établit à 200,5 milliards de DA, en progression de 8,8% par rapport à 2024. Un résultat qui confirme la dynamique structurelle du secteur, portée par des réformes tarifaires et l’élargissement des réseaux de distribution.
Par Sofiane Idiri
Sans surprise, c’est le segment des assurances de dommages qui domine le paysage, concentrant 82,7% du total du marché avec un chiffre d’affaires de 165,8 milliards de DA, en hausse de 8,9%. Ces assurances couvrent notamment les risques automobiles, industriels, agricoles, de transport et de crédit. Des branches qui alimentent l’essentiel de l’activité économique du pays.
Du côté des assurances de personnes, qui regroupent les garanties vie, décès, maladie, assistance et prévoyance collective, la progression reste plus modeste selon la même source : «+3,5%, pour un chiffre d’affaires de près de 22 milliards de DA». Ce chiffre, bien qu’en croissance, illustre le retard structurel de la culture assurantielle individuelle en Algérie, notamment sur les produits d’épargne et de prévoyance.
L’un des faits marquants de cet exercice est la montée en puissance de l’assurance Takaful, un produit conforme aux principes de la finance islamique, qui affiche une hausse spectaculaire de 84,3%, atteignant 1,4 milliard de DA de contributions collectées. Les deux segments, Takaful Général et Takaful Familial, contribuent conjointement à cette performance, portés par une demande croissante et le développement de l’offre des opérateurs.
La Compagnie Centrale de Réassurance (CCR), qui opère à l’international, enregistre de son côté un chiffre d’affaires de «11,2 milliards de DA en affaires internationales, en hausse de 11,9%» ajoute le même document. Ce résultat s’explique notamment par la souscription de nouvelles affaires et les fluctuations des devises étrangères.
Sur le plan des sinistres, la note fait état de déclarations avoisinant «les 90 milliards de DA, en baisse de 14,2%» en montant, une bonne nouvelle, principalement due à l’absence de catastrophes industrielles majeures comparables à celles de 2024 explique la même source. En revanche, les indemnisations effectivement versées progressent à «85,6 milliards de DA (+7,9%)», signe d’une accélération des règlements.
Le stock de sinistres en attente s’élève à «131,2 milliards de DA, correspondant à plus de 1,6 million de dossiers en instance», un volume qui appelle à une montée en efficacité des procédures de traitement.
Au quatrième trimestre seul, le marché a généré «56,4 milliards de DA, en hausse de 10,6% sur la même période de 2024» explique ce document, confirmant une dynamique soutenue jusqu’en fin d’année.
S. I.
L’essor de l’Automobile et du Transport
L’automobile reste, de loin, le pilier du marché des assurances algérien. En 2025, la branche représente 47,6% des assurances de dommages, avec un chiffre d’affaires de 78,9 milliards de DA, en hausse de 10,6% par rapport à 2024 — soit une production supplémentaire de 7,6 milliards de DA. Un bond en valeur qui masque cependant une réalité plus nuancée.
L’Automobile domine malgré la hausse des tarifs, et le transport maritime dynamisé par les échanges. Selon la « Note de conjoncture du marché national des assurances», une partie significative de cette progression est liée à l’augmentation du tarif de la garantie «Responsabilité Civile» — la fameuse assurance obligatoire que tout véhicule immatriculé en Algérie doit souscrire. La sous-branche des «Risques obligatoires» enregistre ainsi une hausse de 19,2%, soit 2,8 milliards de DA supplémentaires. En clair : les automobilistes paient plus, non pas parce qu’ils sont plus nombreux à s’assurer, mais parce que le tarif a augmenté.
En parallèle, les garanties facultatives comme l’assurance « Tous risques », le vol-incendie ou encore l’assistance progressent de 8,4% en valeur, portées notamment par l’ouverture de nouvelles agences commerciales. Mais paradoxalement, ces mêmes garanties voient leur nombre de contrats chuter : -1,8 million de polices, dont -1 138 624 en «Tous risques» et -666 368 en «Assistance ». L’explication est simple : «face à la hausse des primes, de nombreux assurés ont réduit leur couverture, se contentant du minimum légal» explique le document en question.
Du côté de l’assurance transport qui représente 4,7% du marché des dommages, la croissance est de 4,8%, à 7,7 milliards de DA. Le vrai signal positif vient du transport maritime, dont la part atteint 53,4% de la branche et qui croît de 18,7%, porté par les « Facultés maritimes » en hausse de 37%. Cela reflète une intensification des flux commerciaux par voie maritime, dans un contexte de redynamisation des échanges extérieurs de l’Algérie. En revanche, le transport terrestre recule de 14% et le transport aérien de 3,3%, sous l’effet d’une baisse des souscriptions et de la contraction de certaines garanties spécifiques, ajoute le document.
S. I.
Takaful en expansion
Il était encore confidentiel il y a trois ans. En 2025, le Takaful, l’assurance conforme aux principes de la charia islamique, fondée sur la mutualité et l’absence d’intérêts s’impose comme le segment le plus dynamique du marché algérien des assurances, avec une croissance globale de 84,3%, atteignant 1,4 milliard de DA de contributions. Un chiffre spectaculaire, qui interpelle. À la différence de l’assurance conventionnelle où la prime est versée à une compagnie qui en dispose librement, le Takaful repose sur un fonds commun de participants : chacun contribue pour couvrir les sinistres de l’ensemble, selon un principe de solidarité. C’est cette conformité aux valeurs islamiques — absence de spéculation et de riba (intérêt) — qui séduit une partie croissante de la population algérienne, longtemps réticente à l’assurance classique.
Selon la « Note de conjoncture du marché national des assurances », le Takaful Général qui couvre les biens matériels comme les véhicules ou les équipements enregistre une hausse de 113,4%, avec un chiffre d’affaires de 851,9 millions de DA. Le nombre de contrats progresse de 289,5% signe que c’est bien une nouvelle clientèle qui entre dans le système. La branche automobile Takaful représente à elle seule 72% de cette activité, avec une progression de 195,8%, notamment grâce au segment « Flotte », qui attire les entreprises soucieuses de conformité éthique.
Le Takaful Familial — équivalent islamique de l’assurance vie et prévoyance — progresse de 54,2%, atteignant 595,4 millions de DA. L’assurance « Temporaire au décès en couverture d’un crédit », qui garantit le remboursement d’un prêt en cas de décès de l’emprunteur, concentre l’essentiel de la production. Fait notable : le nombre de contrats croît de 57,4%, témoignant d’un ancrage progressif de ce produit dans les habitudes bancaires et financières des Algériens.
Malgré ces performances, le Takaful ne représente encore que 0,7% du marché total des assurances contre 93,7% pour l’assurance conventionnelle. L’enjeu est désormais celui de la massification : former les réseaux de distribution, sensibiliser le grand public et diversifier l’offre de produits. Dans un pays où une part importante de la population se tient encore à l’écart de l’assurance classique pour des raisons religieuses, le Takaful représente une porte d’entrée stratégique pour l’inclusion assurantielle.
S. I.

