Dans son nouvel essai décapant, « Why Nothing Works », Marc J. Dunkelman livre un diagnostic clinique sur la paralysie des sociétés occidentales. Entre bureaucratie étouffante et perte de vision collective, l’auteur décortique les mécanismes qui ont tué l’idée de progrès et propose un remède audacieux pour redonner du souffle aux démocraties occidentales.
C’est un sentiment diffus, mais de plus en plus partagé : l’impression que les institutions occidentales, autrefois moteurs de transformation, sont devenues des paquebots impossibles à manœuvrer. Qu’il s’agisse de construire des infrastructures majeures, de réformer l’éducation ou de répondre aux crises climatiques, le constat semble le même : l’action publique piétine.
Dans son dernier ouvrage, « Why Nothing Works: Who Killed Progress—and How to Bring It Back », Marc J. Dunkelman s’attaque frontalement à cette inertie qui ronge le monde moderne.
Quand le système se dévore lui-même
Dunkelman ne se contente pas de pointer du doigt les responsables politiques. Il remonte aux racines du mal : une mutation profonde de l’architecture du pouvoir.
Selon lui, le progrès a été victime de sa propre complexité. Au fil des décennies, nous avons bâti un système de «freins et contrepoids» si dense qu’il a fini par interdire toute prise de risque.
L’auteur analyse comment la multiplication des échelons administratifs, le recours systématique aux procédures de veto et la judiciarisation de la moindre décision ont créé une «économie du statu quo».
Dans ce cadre, le pouvoir n’est plus un outil de transformation, mais une forteresse que l’on défend. Le résultat est sans appel : une stagnation qui alimente la frustration des citoyens et le sentiment que le futur est une promesse que l’on ne peut plus tenir.
Qui a tué le progrès ?
L’ouvrage mène une véritable enquête sur les «coupables» de cette paralysie. Dunkelman pointe notamment la transformation des structures sociales et économiques. Il explique que la transition vers une société ultra-connectée, mais paradoxalement fragmentée, a brisé le consensus nécessaire aux grandes réformes.
Le « milieu » de l’architecture institutionnelle — ces corps intermédiaires, associations locales et organisations civiques qui faisaient autrefois le pont entre l’individu et l’État — s’est effondré.
Sans ces relais, les gouvernements sont soit déconnectés de la réalité du terrain, soit paralysés par des oppositions minoritaires mais extrêmement bruyantes.
L’intérêt général a été dilué dans une mer de demandes particulières, rendant toute action d’envergure suspecte ou impossible.
Le chemin de la renaissance
Mais *Why Nothing Works* n’est pas qu’un pamphlet pessimiste. La seconde partie du livre propose des pistes concrètes pour «ramener le progrès». Dunkelman plaide pour une simplification radicale de la prise de décision et une décentralisation qui redonne du pouvoir d’agir aux communautés locales.
Pour l’auteur, restaurer la confiance ne passera pas par de simples promesses électorales, mais par une refonte de la manière dont les institutions interagissent avec les citoyens. Il appelle à un «nouvel âge de l’expérimentation», où l’échec serait à nouveau toléré comme une étape nécessaire vers la réussite. En somme, il s’agit de troquer la sécurité de l’immobilisme contre l’audace du mouvement.
N. K.







