Alors que tous les Algériens se plaignent de la hausse vertigineuse des prix, et que les associations de consommateurs montent au créneau pour dénoncer cette situation, les marchés de la capitale ne désemplissent pas, les chaines devant les caisses des supermarchés sont toujours aussi longues, et… nos poubelles remplies à ras bord et débordent souvent. L’Algérien a-t-il, à ce point, les yeux plus gros que le ventre ? A voire les chaines pour avoir son quota de lait, son kilo de viande fraiche, ou n’importe quel autre produit (même « excentrique »), nos concitoyens n’en finissent pas de gaspiller, et cela, coûte que coûte.
Par Réda Hadi
C’est une spécificité bien algérienne que de se plaindre de la hausse des prix, mais de continuer à se livrer au jeu que tout le monde pratique, celui d‘acheter à «tout prix ». Un jeu qui malheureusement nous pousse à surconsommer au point de «nourrir» nos poubelles.
Alors que les pouvoirs publics annoncent une maitrise du marché, et une stabilisation des prix, en réalité ces derniers continuent de grimper, malgré la colère des consommateurs, qui – et c’est là le paradoxe – ne cessent de surconsommer, au point où nos poubelles débordent, et que le gaspillage de la nourriture, ne cesse de prendre de l’ampleur. En effet, le contenu des ordures ménagères renseigne suffisamment sur un gaspillage de denrées alimentaires très variées. Et le surplus de nourriture finit malheureusement aux ordures.
Il est évident que la surconsommation impacte énormément sur les prévisions et les stocks à tel point que pour le lait, par exemple, déjà limité avant le Ramadhan, est en véritable crise. Bien heureux celui qui peut s’en procurer quelques litres. Dans ce sens, le président de l’Anca (Association nationale des commerçants et artisans algériens), Hadj Tahar Boulenouar a estimé qu’entre 10 à 12 millions de litres de lait son également gaspillés pendant le mois sacré.
A titre d’exemple de gaspillage, plus de 3 millions de quintaux de fruits et légumes, ainsi que 25 mille quintaux de viande ont été consommés pendant la première semaine du mois de ramadan. Et pourtant de l’aveu même du président de l’Anca, «certains produits ont connu des hausses entre 60 et 80% »
Toutes les campagnes menées pour diminuer la consommation n’ont rien donné. Et, le pain est l’archétype de cette boulimie d’achats, puisque rien que pour le ramadhan passé, c’est 5 millions de baguettes jetées dans les poubelles quotidiennement. De plus, entre 400.000 et 500.000 quintaux de fruits et légumes ont été gaspillés, ainsi que des produits alimentaires subventionnés par l’Etat. Au total, le montant des produits alimentaires gaspillés est estimé à 5 milliards de Da, rien que pour les 30 jours du ramadhan passé.
C’est dire que c’est un problème qui ne semble pas trouver de solution.
Pourquoi les Algériens surconsomment durant le ramadhan ?
«Le ventre creux, nous sommes attirés par les publicités, les promotions», nous dit Ammar, rencontré dans un supermarché. «Je sais que ce sont de fausses promos, mais j’y fonce. Je veux une table superbement remplie de tout». «Je ne veux manquer de rien», en dépit du montant de sa note qui frise les 10 000DA.
Lui faisant remarquer le prix élevé de ses achats, il répondit avec assurance : «C’est le Ramadhan, et je me suis fait avancer ma paie du mois prochain. Je serai à sec, mais j’aurais passé un bon ramadhan»
Ainsi donc, Ammar est à l’image de tous ceux pour qui Ramadhan est synonyme de se «goinfrer».
Une attitude dénoncée par des anthropologues, des nutritionnistes et des religieux.
Certains psychologues avancent que cette surconsommation est le résultat d‘un refoulement profond et la peur des pénuries, alors que d’autres assurent que c’est un fait de société basé sur le «paraitre». En effet, bien que de catégorie sociale moins élevée, certains n’hésitent nullement à montrer au voisin que durant ce mois sacré, lui aussi ne se prive pas exhibant même des liasses de billets de 2000 DA d’une manière ostentatoire, alors qu‘il passe à la caisse.
L’Algérien n’est plus comme avant la période de la politique dirigiste, car avec l’ouverture du marché international (importation), et aussi l’investissement local pour la production agroalimentaire, il est toujours impulsif dans ses achats quand il s’agit de la nourriture. La preuve : il suffit de visiter les supérettes et les marchés non réglementés pendant le mois sacré du Ramadan pour s’en convaincre.
«Une situation qui est devenue récurrente, à l’occasion de chaque mois de Ramadhan, les prix des produits alimentaires de base s’envolent sur le marché, les achats impulsifs se font plus par tradition que par nécessité», constate une enquête de la radio algérienne.
On parle d’achat impulsif lorsque le client achète un produit alors que ce dernier n’était pas prévu dans les courses. Ceci concerne des achats superflus ou des produits mis en valeur par des techniques de communication ou de promotion.
Le Ramadhan est là depuis une dizaine de jours, et rien n’a changé par rapport aux précédents.
Entre temps, les prix vont restés hauts, l’Etat va rassurer, la presse s’inquiéter, les spéculateurs spéculer, les associations dénoncer, et le citoyen manquer de culture de consommation.
R. H.







