L’investissement en Algérie est à l’arrêt. En dépit des mesures «salutaires» et importantes décidées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, les contraintes bloquant l’acte d’investir persistent sur le terrain.
Akrem R.
L’application de ces mesures «rénovatrices» tarde à se concrétiser pour des raisons inconnues. Ceci a un effet direct sur l’appareil économique du pays. Plusieurs entreprises, sociétés et autres artisans, sont, depuis plusieurs mois, sans aucun plan de charge.
Les conséquences sont déjà là : près de 500 000 emplois supprimés, des fonctionnaires sans salaires depuis des mois, ruptures de stock de certains produits et baisse drastique de la consommation. Un constat «amer», dont le gouvernement est appelé à accélérer ses réformes afin de relancer la machine économique du pays, en évitant une éventuelle crise sociale.
Dans ce cadre, l’expert en investissement, Mohamed Sayoud a estimé qu’en matière économique et d’investissement, l’Algérie accuse un retard d’une cinquantaine d’années, d’où la nécessité de passer à l’action, en activant tous les leviers de croissance économique. «On doit tous simplement libérer l’investissement afin d’atteindre la croissance économique escomptée à notre pays», a-t-il souligné.
Cet expert, par ailleurs, un homme de terrain, a regretté au passage qu’ « il y ait plusieurs décisions qui ont été prises en Algérie, mais que la mise en application fait défaut. Le président Tebboune est en train de donner des directives bonnes et novatrices, mais l’application ne suit pas. Il n’y a rien jusqu’à maintenant sur le terrain !». Une chose «anormale» et qui interpelle plus de personnes à s’interroger sur ce fossé entre le discours politique et la réalité. Est-ce que ceci est lié à la législation actuelle ou à des pratiques bureaucratiques?
M. Sayoud n’a pas hésité à pointer du doigt une main cachée qui continue de saper les efforts des autorités et d’entraver le développement économique du pays. Certaines personnes ne veulent pas, dira-t-il, que l’Algérie devienne un pays producteur et industriel. Il s’est attaqué directement au lobby du commerce extérieur. Ces derniers font tout pour maintenir leur intérêt au détriment de l’économie nationale.
Depuis son arrivée au Palais d’El Mouradia, le président Tebboune a ordonné d’assainir le secteur, en réduisant la facture d’importations de 10 milliards de dollars. Des directives claires ont été données dans ce sens, en resserrant l’étau autours des importateurs.
50 000 demandes d’investissement en attente d’un traitement
D’ailleurs, un bon nombre d’importateurs se sont convertis en investisseurs. Toutefois, les actes bureaucratiques et la lenteur des procédures les bloquent. Selon notre interlocuteur, pas moins de 50 000 demandes d’investissement sont en instance au niveau du comité d’assistance à la localisation et à la promotion des investissements et de la régulation du foncier (CALPIREF).
Ce dispositif d’organisation a montré ses limites, en faisant perdre beaucoup de temps aux opérateurs économique. La réalisation d’un projet d’investissement, dans ce cadre, nécessite entre 4 à 7 ans ! Toute cette durée rendra «obsolète» le plan business d’un projet. À cet effet, il est recommandé aux pouvoirs publics d’en finir avec ces tracasseries. Mohamed Sayoud a plaidé pour la création de zones industrielles clés-en-main. C’est une solution, que beaucoup du pays ont adoptée, à l’instar de la Chine, indique-t-il. Ces zones industrielles mettront fin au calvaire des opérateurs économique et investisseurs dans l’exécution de leurs projets. «Où sont les zones industrielles clés-en-mains avec hangars prêts à la location à des prix raisonnables. L’investisseur n’a qu’à placer ses machines ou lignes de production et commencer, sans perdre de temps, dans la production. Nous devons opter pour ce système afin de créer de l’emploi, de la richesse et de la valeur ajoutée. Sans cela, l’Algérie ne peut pas avancer, car on va encore perdre beaucoup de temps (d’années), sans rien réaliser. Le Temps c’est de l’argent / Time is Money», a-t-il détaillé.
S’agissant de l’investissement étranger dans notre pays, le même expert a déploré le fait que malgré la suppression du fameux article 51/49, ses retombés sont négligeables et ses contraintes sont toujours là. Les opérateurs étrangers désirant investir dans notre pays, n’arrivent pas à décrocher un registre de commerce auprès du CNRC. La raison : les textes d’application de l’abrogation de cette règle ne sont pas encore finalisés. « Nous devons accélérer les choses. Le temps nous presse et la conjoncture économique du pays n’admet pas plus du retard. On doit aller vite», a-t-il lancé.
L’ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa a déclaré, quant à lui, dans une récente déclaration à la radio nationale que «nous changeons trop les règles de l’investissement, alors que partout ailleurs les règles sont stabilisées pour dix voire vingt ans. L’Algérie accuse quelques décalages et dysfonctionnements dans ce domaine». Il a considéré qu’il y a trop de textes d’application. «Lorsqu’un texte de loi est promulgué, la série des textes d’applications fait que l’applicabilité des textes est lointaine », explique-t-il appelant, à cette occasion, à la révision de notre ingénierie juridique.
Le nouveau code n’est pas encore promulgué
II est à noter également que parmi les raisons ayants bloqué l’investissement, c’est la non promulgation du nouveau Code de l’investissement. L’ancien ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, avait annoncé que ce Code est finalisé et son entrée en vigueur est pour bientôt. D’ailleurs, même le Président Tebboune avait relevé, lors d’une rencontre avec la presse, début mars dernier, que le nouveau Code de l’investissement sera bientôt promulgué. Toutefois, et après l’arrivée d’un nouveau ministre dans ce secteur, en l’occurrence, Mohamed Bacha, les choses n’avancent pas. Plusieurs dossiers sont toujours en suspens et qui attendent un traitement en urgence, à l’instar de la relance de l’industrie nationale et notamment, l’industrie automobile. Un dossier qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive, en occupant l’actualité nationale durant plusieurs mois.
Des réformes profondes sont prévues dans le nouveau Code de l’investissement, portant sur la définition des principes et règles régissant l’investissement, ainsi que les garanties qui seront accordées aux investisseurs. Le projet de loi vise aussi «la révision du statut du Conseil national de l’investissement (CNI) en limitant ses attributions à celles prévues à sa création». Les nouveaux textes de loi, qui régira l’investissement en Algérie, procéderont aussi à une «modulation des avantages d’exploitation à octroyer aux projets suivant une grille d’évaluation, en fonction de critères précis». Le CNI aura pour mission d’examiner prioritairement, par des critères d’éligibilité, des projets d’investissement présentant un intérêt particulier pour l’économie nationale (régime de la convention). Par ailleurs, le même projet de loi reconfigure l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), «en la positionnant en tant qu’interlocuteur unique pour ce qui est de la promotion de l’investissement et de l’accompagnement des investisseurs, quel que soient les montants de leurs projets. Il est précisé que cette agence est dotée de guichets uniques couvrant l’ensemble du territoire national».
A. R.







