En lançant une réforme structurelle de ses infrastructures de transport avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), la Libye entend transformer son désert et ses côtes en un hub logistique majeur. Objectif : sortir de la rente pétrolière pour bâtir une croissance durable.
Par R. E.
Le 20 avril 2026 marquera peut‑être un tournant dans l’histoire économique de la Libye post‑conflit. À l’issue d’un atelier stratégique de trois jours, organisé à Tunis, le gouvernement libyen et le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) ont officiellement donné le coup d’envoi d’un vaste programme de réformes du secteur des transports.
Ce chantier, au‑delà de la simple réfection des routes, vise à refonder l’ossature même de l’économie nationale.
Un diagnostic sans concession
Le constat de départ est partagé par les experts de la BAD et les cadres des ministères libyens des Finances et des Transports : malgré une position géographique exceptionnelle au carrefour de la Méditerranée et de l’Afrique subsaharienne, le système de transport libyen souffre de décennies de sous‑investissement et de fragmentation.
L’initiative repose sur une étude stratégique d’envergure qui ne laisse aucun secteur de côté. Maritime, aérien, ferroviaire et logistique routière : tout est passé au crible. Il ne s’agit plus seulement de réparer les stigmates de la guerre, mais de définir une « feuille de route » cohérente.
Ce plan directeur doit permettre de moderniser le cadre législatif, d’attirer les investissements privés et, surtout, de fluidifier la circulation des marchandises. Pour Tripoli, l’enjeu est de réduire l’isolement des régions intérieures tout en renforçant l’attractivité de ses ports de commerce.
Libye‑Afrique, le rêve d’un hub continental
Le projet le plus ambitieux de cette réforme reste sans conteste le « corridor de transit Libye‑Afrique ». Véritable serpent de mer depuis plusieurs années, ce projet de liaison logistique vers les marchés subsahariens (Tchad, Niger, Soudan) entre désormais dans une phase concrète.
Début 2026, les études de faisabilité ont été approfondies pour faire de la Libye une porte d’entrée naturelle pour le commerce entre l’Europe et l’Afrique profonde.
En développant ces corridors, la Libye cherche à diversifier ses sources de revenus. Actuellement, le pays reste tributaire des fluctuations des cours du brut.
En se positionnant comme un centre logistique régional, Tripoli espère générer des revenus de transit et favoriser l’émergence de zones industrielles et franches le long des nouveaux axes de transport.
Des indicateurs au vert encourageants
Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie pays 2025‑2028 de la BAD, qui mobilise des financements techniques et institutionnels pour muscler les capacités de l’État libyen.
Le soutien de la Banque ne se limite pas aux dollars ; il apporte une expertise cruciale pour naviguer dans la complexité des partenariats public‑privé (PPP).
Sur le plan macroéconomique, le timing semble idéal. Après une année 2024 marquée par une certaine stagnation, les projections de croissance sont spectaculaires : 12,4 % attendus pour 2025 et une stabilisation robuste à 4 % en 2026.
Cette embellie offre au gouvernement les marges de manœuvre nécessaires pour co‑financer ces réformes de structure.
Les défis de la mise en œuvre
Toutefois, l’optimisme des chiffres ne doit pas masquer les défis persistants. La réussite de ce plan dépendra de la stabilité politique du pays et de sa capacité à unifier totalement ses institutions économiques.
La coordination entre les différents ministères et la sécurisation des chantiers sur l’ensemble du territoire restent les variables clés.
En choisissant la voie de la modernisation de ses transports, la Libye ne se contente pas de reconstruire ; elle parie sur l’intégration régionale pour assurer sa prospérité future.
Si le pari est gagné, le pays pourrait bien redevenir le pont incontournable entre deux continents que sa géographie lui a toujours promis d’être.
R. E.

