L’Algérie est déterminée à accélérer sa transition énergétique. Des mesures importantes ont été prises à cet effet dans le cadre de la Loi de finances 2026, entrée en vigueur au début du mois de janvier courant, marquant ainsi une étape importante dans la stratégie nationale de transition énergétique.
Par Akrem R.
À travers un ensemble cohérent de mesures fiscales, douanières et incitatives, le gouvernement entend créer un environnement plus favorable à l’investissement dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et l’efficacité énergétique, tout en corrigeant certaines contraintes opérationnelles ayant freiné les projets ces dernières années.
Au cœur de ces nouvelles dispositions figure l’article 103, qui introduit un levier fiscal inédit en faveur de la transition énergétique. Désormais, les dépenses engagées par les entreprises dans les projets de production et de valorisation des énergies renouvelables, le développement de l’hydrogène vert ainsi que les opérations de boisement et de reboisement sont admises en déduction du résultat imposable, dans la limite de 5% du bénéfice imposable de l’exercice. Une mesure qui vise à encourager les opérateurs économiques à orienter davantage leurs investissements vers les filières vertes.
«Les dépenses engagées par les entreprises au titre des investissements relatifs au développement de l’hydrogène vert, aux opérations de boisement et de reboisement des forêts, ainsi qu’aux projets de production et de valorisation d’énergies renouvelables, sont admises en déduction du résultat imposable. Toutefois, le montant total de ces déductions ne peut excéder un taux de 5% du bénéfice imposable de l’exercice considéré. Les modalités d’application du présent article sont fixées par voie réglementaire», lit-on dans l’article 103.
Sur le plan douanier, la LF 2026 apporte des ajustements ciblés pour soutenir l’industrialisation locale des EnR. Les importations d’électrolyseurs destinés à la production d’hydrogène bénéficient d’une exonération totale des droits de douane, conformément à l’article 132, tandis que les intrants destinés à la fabrication de panneaux solaires photovoltaïques sont soumis à un taux réduit de 5%, sous réserve d’une attestation délivrée par le ministère chargé de l’Énergie, selon l’article 133. Ces dispositions visent à réduire les coûts de production et à renforcer le contenu local dans la filière solaire.
Des exonérations de la TVA
La loi introduit également des mesures en faveur de l’économie d’énergie et de la mobilité propre. L’article 50 élargit l’exonération de la vignette automobile aux véhicules électriques, hybrides et fonctionnant au gaz naturel carburant (GNC), traduisant la volonté des pouvoirs publics d’encourager des modes de transport moins émetteurs de carbone.
Autre avancée notable : la clarification et l’extension de l’exonération de la TVA pour les projets énergétiques réalisés pour le compte de Sonelgaz.
L’article 92 corrige les déséquilibres constatés en 2025 en permettant aux co-contractants, notamment locaux, de bénéficier du régime d’acquisition en exonération de TVA et, à titre exceptionnel, du remboursement des crédits de TVA pour les opérations déjà réalisées.
«Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée les biens, matériaux, travaux et services inclus dans le cadre des contrats de réalisation d’infrastructures et d’investissements destinés exclusivement aux activités de production, de transport, de distribution et de commercialisation de l’électricité ainsi qu’aux activités de transport, de distribution et de commercialisation du gaz par canalisation. Bénéficient du régime d’acquisition en exonération de la taxe sur la valeur ajoutée, conformément aux conditions et modalités prévues par les articles 43 à 49 du code de la taxe sur le chiffre d’affaires, les biens, matériaux, travaux et services acquis par les entreprises partenaires contractantes directement avec le maître d’ouvrage et destinés exclusivement à l’exécution des contrats relatifs aux activités susmentionnées. L’exonération et le régime d’acquisition en exonération de la taxe sur la valeur ajoutée sont accordés jusqu’au 31 décembre 2026 », précise l’article 92.
En effet, cette mesure devrait améliorer significativement la trésorerie des entreprises impliquées dans les grands projets énergétiques.
Appel à l’action
La LF 2026 met également l’accent sur l’innovation et la recherche-développement. L’article 119 impose aux grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel égal ou supérieur à deux milliards de dinars de consacrer au moins 1% de leur bénéfice imposable aux activités de R&D et d’innovation, y compris dans le cadre de partenariats avec des start-up et des incubateurs labellisés.
Un dispositif appelé à jouer un rôle clé dans l’émergence de solutions technologiques adaptées aux défis de la transition énergétique et climatique.
Dans ce contexte, le Green Energy Cluster Algeria (GECA), regroupement à but non lucratif réunissant entreprises, centres de recherche et universités, a salué l’orientation globale de la Loi de finances 2026 en faveur de la transition énergétique, tout en appelant les pouvoirs publics à accélérer la mise en œuvre des textes réglementaires nécessaires.
Le cluster a insisté notamment sur l’urgence de faciliter le remboursement effectif des crédits de TVA déjà engagés par les opérateurs locaux, d’élaborer rapidement les mécanismes d’attestation permettant de bénéficier du taux réduit de 5 % sur les intrants photovoltaïques, ainsi que de mettre en place une plateforme dédiée à l’application du crédit d’impôt prévu à l’article 103.
Pour le GECA, la réussite de cette nouvelle phase de la transition énergétique dépendra de la coordination entre les différentes parties prenantes et de l’annonce rapide d’un calendrier clair d’application des mesures prévues par la LF 2026.
À cette condition, l’Algérie pourra transformer ces incitations budgétaires en projets concrets, créateurs de valeur, d’emplois et de souveraineté énergétique, tout en renforçant son positionnement régional dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.
De stations en cours de réalisation
Il est à noter que l’année 2024 a été marquée par le lancement massif de programmes d’énergie solaire, à la suite de l’attribution de contrats dans le cadre de deux programmes majeurs d’une capacité de 1000 MW et 2000 MW.
Selon une première évaluation de la plateforme spécialisée «Attaqa», il ressort une accélération de la transition énergétique en Algérie, comme le montrent les différents projets lancés dans ce cadre.
L’unité de recherche a mis l’accent sur les cinq projets d’énergie solaire les plus importants en Algérie, répartis sur 15 wilayas du Sud et du Centre, avec une participation significative d’entreprises chinoises, turques et locales à travers des accords couvrant plus de 20 centrales solaires.
La centrale de Hassi Delaâ, située dans la wilaya de Laghouat, est considérée comme l’un des cinq plus importants projets d’énergie solaire en Algérie. Elle est réalisée par l’entreprise turque Ozgun dans le cadre du programme de 1 000 MW, pour une capacité de 362 MW.
La construction a débuté en mars 2024 et devrait s’achever fin 2025. Le projet comprend, à titre indicatif, des postes électriques et des lignes de transport de 220 kV, ainsi que des travaux d’ingénierie et de mise en service.
Citant d’autres projets et relevant que l’Algérie a procédé, en 2024, au lancement de quatre centrales solaires d’une capacité comprise entre 80 et 220 MW, dans le cadre du programme de 3 000 MW, l’étude rappelle qu’à travers ces accords conclus par Sonelgaz, l’Algérie s’inscrit pleinement dans cette transformation stratégique en favorisant un mix électrique plus diversifié et en réduisant la dépendance au gaz.
Ce processus permettra au pays d’accroître ses exportations d’énergie et de renforcer sa sécurité énergétique nationale.
A. R.







