Signe de la dureté des temps subie par les pays occidentaux, le tournant majeur que constitue la décision américaine de lever une partie des sanctions contre la Russie, notamment sur les exportations et la vente de son pétrole. Une décision qui fait dire aux observateurs que s’il y a un pays à qui profite la guerre au Moyen-Orient c’est bien celui du Président Poutine.
Par Rédaction internationale
Jeudi dernier en effet, en vue de stabiliser le marché énergétique mondial, les États-Unis ont accordé une dérogation de 30 jours aux pays intéressés pour acheter du pétrole russe bloqué en mer.
Une mesure d’allégement qui vient s’ajouter à une autre, décidée une semaine auparavant, après que le Trésor américain a accordé une dérogation de 30 jours à l’Inde, lui permettant ainsi d’acheter du pétrole russe bloqué en mer.
Une décision qui s’avère loin d’agréer les alliés européens de Washington, qui y voient une aubaine pour la Russie qui ainsi, à leurs yeux, profitera de ces revenus pour financer de plus belle la guerre qu’elle mène en Ukraine.
Et ce, en dépit des assurances US, dont celles du secrétaire au Trésor Scott Bessent qui a précisé que la mesure était « étroitement ciblée » et « à court terme » et qu’elle n’apporterait pas de coup de pouce financier significatif au gouvernement russe.
L’Europe s’insurge
L’Europe maintient ainsi une position de fermeté absolue sur les sanctions pétrolières contre la Russie, malgré les pressions exercées par la volatilité des marchés de l’énergie.
Ainsi, le 10 mars dernier, la Commission européenne a officiellement rejeté tout assouplissement des mesures restrictives, appelant au maintien d’une « pression maximale » sur Moscou pour tarir les revenus finançant la guerre en Ukraine.
Face à la hausse des prix de l’énergie, en effet, Bruxelles a réaffirmé que lever les sanctions n’était pas une option, privilégiant la stabilité géopolitique à long terme sur les coûts immédiats.
Et dans les faits, l’Europe intensifie ses actions contre les navires utilisés par Moscou pour contourner le plafonnement des prix. Plus de 640 pétroliers sont désormais sous surveillance ou sanctionnés, outre que l’UE a confirmé son projet d’arrêt total des importations de GNL russe d’ici la fin de l’année 2026, avançant ses objectifs initiaux.
L’UE refuse de « suivre »
Une Europe qui en est à se voir décidément contrariée dans son action à l’encontre de la Russie et de sa guerre en Ukraine, subissant une opposition au sein même de la Communauté européenne, dont celle de la Hongrie, en l’occurrence Budapest continuant de freiner l’adoption de nouveaux paquets de sanctions (notamment le 20e paquet), craignant pour sa propre sécurité énergétique.
S’agissant des principaux pays de l’UE ayant manifesté leur vive désapprobation à l’endroit de la décision US, la Pologne et les Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) dénoncent un « signal de faiblesse » envoyé au Kremlin, allant jusqu’à la qualifier de « trahison de la stratégie de pression maximale », tel que l’a exprimé Varsovie.
L’Allemagne, elle, même de façon prudente comme à son accoutumée, a exprimé son « regret » face à cette décision unilatérale, craignant qu’elle ne compromette l’unité du G7 et ne serve de prétexte à la Russie pour manipuler davantage les prix.
Quant à la Commission européenne, par la voix de sa présidente Ursula von der Leyen, elle a fermement rappelé que l’UE ne suivrait pas cette voie, affirmant que « la stabilité des prix ne doit pas s’acheter avec le sang ukrainien ».
R. I.
Impact des dérogations américaines
1. Sur les cours mondiaux du brut
L’annonce a immédiatement provoqué une détente sur le cours du Brent, qui a chuté de 5 % en 24 heures. En autorisant la mise sur le marché du pétrole russe stocké sur les navires, les États-Unis augmentent l’offre globale, ce qui calme la spéculation liée aux tensions au Moyen-Orient.
2. En Europe : Un soulagement limité par l’euro
Contrairement aux États-Unis, l’Europe ne bénéficie pas d’une baisse proportionnelle à la pompe :
- Effet de change : L’euro s’est affaibli face au dollar suite à cette divergence de politique, ce qui renchérit le coût des importations d’énergie pour la France et l’Allemagne.
- Prime de risque : Le refus de l’UE de suivre ces dérogations maintient une « prime de risque géopolitique » sur les contrats européens.
3. Le risque de « concurrence déloyale »
L’industrie européenne s’inquiète : avec un pétrole moins cher, les entreprises américaines gagnent en compétitivité par rapport aux entreprises françaises et européennes, qui continuent de payer leur énergie au prix fort pour respecter l’embargo total.







