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Les études ont-elles encore un sens à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Les études ont-elles encore un sens à l’ère de l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle pénètre aujourd’hui tous les segments de l’activité socio-économique. Elle est présente dans les entreprises, les hôpitaux et les administrations. Elle s’invite également dans les foyers et jusque dans l’intimité des individus.

Par L. HAMIDI
Docteur en droit

Dès lors qu’elle rédige des textes, dessine ou résout des équations complexes, peut-on encore juger nécessaire de faire des études ? La question est légitime, tant la machine bouleverse notre quotidien et met à l’épreuve nos capacités cognitives.

Pourquoi s’échiner à écrire, traduire ou calculer si les outils algorithmiques peuvent le faire à notre place, parfois même plus efficacement ?

Cette interrogation est d’actualité, puisqu’elle concerne aussi bien les étudiants et les enseignants que les chercheurs et les praticiens. Aujourd’hui, de nombreux élèves recourent quasi systématiquement à l’IA pour leurs devoirs ou leurs recherches. Pourquoi, se demandent-ils, ne pas solliciter une solution numérique capable de répondre à toutes les questions et de fournir l’information en un temps record ?

Certains en viennent à penser que le recours aux sources traditionnelles et à la mémorisation des connaissances devient superflu, puisque l’algorithme est désormais capable de répondre à presque tout. Dire que les études ne servent à rien, c’est aller vite en besogne.

La maîtrise de l’intelligence artificielle ne peut se faire sans intervention humaine. L’éducation constitue un levier essentiel pour structurer la pensée et développer l’esprit critique, sans lequel aucune capacité d’analyse n’est possible.

L’IA génère des contenus, mais elle demeure incapable de saisir l’ensemble des nuances comportementales : l’empathie, les émotions et les autres dimensions relationnelles échappent à ses compétences. Elle produit à partir de données fournies par l’homme et en restitue la substance, sans en appréhender pleinement les implications sociales, culturelles ou éthiques.

Affirmer que les cursus sont obsolètes revient à nier leur rôle indispensable dans l’interaction avec la machine. Tout esprit se doit d’être doté d’une culture solide afin de ne pas subir les insuffisances de l’outil digital, ses erreurs et ses dérives. Ainsi, pour comprendre et maîtriser ces systèmes intelligents, la trajectoire éducative apparaît incontournable.

Se former doit permettre aux individus de se réinventer, notamment dans les métiers techniques. Les savoirs deviennent de plus en plus complexes. À l’ère du tout numérique, les apprenants doivent acquérir des connaissances solides afin de détecter les limites et les biais de l’intelligence artificielle, dans la mesure où ceux-ci reproduisent les données qui leur sont fournies.

Cette capacité cognitive doit s’exercer avec discernement et intelligence afin d’intégrer le savoir tout en développant un esprit critique face à la puissance des automates. Laurent Alexandre et Olivier Babeau soutiennent que les universités forment encore des profils que la technologie est en passe de dépasser. Selon eux, les robots humanoïdes pourraient atteindre, voire égaler, les compétences d’ingénieurs issus de grandes écoles comme Polytechnique.

Dès lors, il devient nécessaire de préparer l’étudiant de demain non plus uniquement à un apprentissage théorique, mais à des approches nouvelles, davantage centrées sur le savoir-faire que sur la seule accumulation de connaissances.

Dans un échange d’idées avec Laurent Alexandre, Luc Ferry, ancien ministre, estime que le monde actuel deviendra extrêmement difficile pour ceux qui n’auront pas suivi des « études d’humanité ». Selon lui, des disciplines telles que la philosophie, l’histoire, la littérature ou encore la psychologie sont indispensables pour comprendre le monde.

À l’inverse, Laurent Alexandre considère que l’IA progresse à un rythme tel que l’écart avec les « cerveaux biologiques » devient abyssal. Dans cette perspective, les parcours académiques, sous leur forme actuelle, apparaissent largement inadaptés. Il estime même qu’en attendant une profonde rénovation de l’université, leur utilité demeure limitée.

La réponse à ce débat d’intellectuels se situe sans doute entre ces deux positions. Faire des études reste indispensable, mais adapter l’enseignement aux évolutions scientifiques l’est tout autant. Former des individus est aussi essentiel que se nourrir ou respirer, à condition de développer leur capacité à penser et agir avec acuité, créativité et sensibilité.

C’est à cette condition qu’un équilibre pourra être trouvé avec cette innovation numérique, puissante mais insuffisante sans l’apport humain.

Dans un monde de plus en plus connecté, où l’intelligence artificielle s’impose avec force, il est essentiel de préserver la singularité humaine, sa profondeur et ses sensibilités.

 

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