Les compléments alimentaires envahissent les réseaux sociaux, les médias traditionnels, mais aussi notre âme et notre quotidien : collagène, prisé pour ses bienfaits sur la peau ainsi que pour le tonus des cheveux et des ongles ; magnésium, réputé pour améliorer le sommeil et réduire la fatigue et le stress ; probiotiques, censés renforcer le système immunitaire ; oméga 3, présenté comme un allié des organes vitaux et du cerveau, etc. Autant de leurres glorifiés par les fabricants et promoteurs, vantant des prouesses supposées, gages de force et d’énergie nutritive.
Par L. HAMIDI
Mais le marché des gélules énergisantes et des lotions miraculeuses est-il vraiment sans danger pour la santé ? Ne risque-t-il pas de nourrir de faux espoirs et d’engendrer des dépendances douloureuses pour la société et les familles ?
A t-on pris la mesure des conséquences potentiellement dommageables d’une consommation excessive et non contrôlée ? Quelques questionnements, suivis d’explications, suffisent à étayer notre propos et conforter notre constat.
Le message enjolivé de la non toxicité et du bien-être éternel
Les biens vendus dans les rayons des supermarchés ou sur les étagères des pharmacies ne doivent pas être considérés comme anodins sous prétexte qu’ils sont disponibles et en vente libre.
Cette croyance partagée par des consommateurs souvent désabusés, les pousse à voir dans ces ajouts de simples aliments courants. Or, ce raisonnement risque de nous conduire à des situations de prévention médicale préoccupantes.
Ces artifices sont en réalité des substances nutritives qui exercent des effets physiologiques, voire psychologiques, sur l’équilibre physique comme psychique des individus.
Souvent décrits comme exceptionnels, ils évoquent vigueur et tonicité à travers des slogans évocateurs tels que : «l’énergie de ta destinée», «la santé, notre premier souci», «l’allié de tous les jours», «la défense de tes cellules », «l’inspiration de ta force intérieure», ou encore «le réveil d’un destin».
Le complément devient le symbole de la solution et du résultat : il répond à l’inconfort, à la perte de confiance, au rythme trépidant de la vie. Mais la quête du «toujours mieux» et du «toujours plus» nous éloigne des vertus de l’écosystème et nous offre le reflet trompeur de la capsule et de la chimie emballée.
Le bonheur ne se niche pas dans un comprimé joliment présenté, mais dans notre attachement à l’amour de soi, à notre rapport au temps, à la beauté vivante de la nature et d’une alimentation saine, authentique et non industrielle.
Les additifs ne sont souvent qu’arnaque et mirage, des facilités aux effets secondaires parfois imprévisibles. Le langage corporel ne peut se confondre avec un cœur publicitaire, altéré et chargé d’une suspicion légitime : les influenceurs ne sauraient davantage nous emmener dans les coulisses des biceps sculptés, de la force envoûtante ou d’une splendeur prétendument divine, auréolée de cieux flamboyants.
Les risques encourus
Les préjudices encourus sont multiples. Les autorités sanitaires, qu’elles soient nationales ou internationales, ne cessent d’alerter sur la dangerosité de composés susceptibles de déranger notre métabolisme.
Etant donné le caractère potentiellement néfaste de ces derniers, il est plus que jamais nécessaire de faire preuve de vigilance : une supplémentation excessive pourrait s’avérer nuisible et compromettre notre stabilité organique.
Par exemple, divers composants, pourtant indispensables à l’organisme, peuvent provoquer des incidences délétères sur le corps comme sur le mental.
C’est le cas de la vitamine D : prise en grande quantité, elle peut entrainer une hypercalcémie, c’est-à-dire un excès de calcium dans le sang. Les retombées de cette surconsommation tendent à se traduire par des nausées, une perte d’appétit, des dépôts de calcium dans les reins, la formation de calculs rénaux, des troubles cardiaques, voire une hypertension artérielle.
Des ingrédients contenus dans des préparations tels que la caféine, sont à même de générer des troubles du cœur ou des insomnies lorsqu’ils sont mal tolérés ou consommés à forte dose.
D’autres préparations utilisées pour lutter contre le cholestérol sont également en mesure d’entrainer des effets secondaires, comme des douleurs tissulaires ou des courbatures. Quelques apports nutritionnels sont aussi susceptibles de contenir des agents dopants, notamment ceux achetés sur internet, échappant à tout contrôle médical.
Des formules à base de plantes, destinées à favoriser la perte de poids ou à stimuler la masse musculaire, ont parfois eu des répercussions sur notre physiologie : des troubles sévères pouvant aller jusqu’à provoquer des arrêts cardiaques ou des accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Enfin, des articles diététiques peuvent interagir avec des médicaments prescrits pour des pathologies particulières et perturber des traitements déjà en cours.
Le marketing de séduction
La publicité autour des suppléments vitaminiques est source d’inquiétude. Un marketing agressif s’est développé pour inciter les clients à une utilisation irréfléchie, exploitant les angoisses de la vie contemporaine.
A coups de messages mirobolants, les diffuseurs d’images font croire qu’une pilule miracle pourrait alléger les souffrances ou booster l’immunité.
Comment peut-on laisser entendre que des remèdes «édifiants» seraient la réponse au stress, à l’obésité ou à la quête de performance ? Ce processus est d’autant plus dangereux que les utilisateurs concernés peuvent être des personnes vulnérables : enfants en bas âge, femmes enceintes ou personnes âgées.
Il est impératif, dans ces moments de désespoir ou de fragilité, de consulter un médecin spécialisé ou un nutritionniste avant toute ingestion de ces denrées «mirifiques» qui promettent vitalité et sérénité. Pourtant, il suffit souvent d’une bonne hygiène de l’assiette et d’une activité motrice régulière pour retrouver harmonie, mieux-être et paix intérieure.
Les allégations douteuses concernant la performance de substituts, qui créent un besoin conditionné pouvant aller jusqu’à la dépendance, doivent être bannies de nos esprits et reléguées hors de notre routine. Les manipulations émotionnelles qui représentent un facteur d’angoisse entretiennent l’illusion, des promesses flamboyantes et des refrains enjôleurs.
La nécessité de recourir à une consommation de la science et de la conscience
Eviter les compléments alimentaires ne signifie pas les bannir ni les vouer aux gémonies. Il faut simplement privilégier ceux dont l’utilité scientifique est avérée, qui sont recommandés dans des situations ou pathologies particulières, et qui résultent d’une prescription médicale plutôt que d’une publicité intrusive, mensongère et issue de circuits d’approvisionnements non contrôlés.
Les pharmacies et parapharmacies doivent être préférées aux sites numériques peu fiables et difficilement traçables. La prudence est de mise, car il s’agit de préserver le confort de l’être humain et de sauvegarder l’intérêt collectif contre ces fléaux qui envahissent notre ordinaire, polluent notre mental et pénètrent l’intimité des foyers. L’automédication constitue à cet égard un motif particulièrement inquiétant pour la constance spirituelle.
La nourriture des temps modernes incarne le déséquilibre affectif et social. Elle n’est pas une sucette inoffensive : elle représente un marché colossal pour des industriels mus par la cupidité et dépourvus de scrupules.
Ces acteurs sont prêts à continuer d’inonder le public de discours enchanteurs vantant tel ou tel produit, séduisant des publics éblouis par le verbe et le discours trompeur de la persuasion.
Cessons de considérer ces éléments nourriciers comme bénins et armons nous de vigilance et d’éveil. Croyons en l’éclat de la biodiversité et en ses bienfaits plutôt qu’en des gélules fabriquées dans les laboratoires de l’amertume et de la déception. Evitons la désespérance et le désenchantement, ne cherchons pas notre salut alimentaire dans les flacons de la ruse et de la duperie. Privilégions l’effort corporel à la pilule, le naturel à l’artificiel, le bien-être et la quiétude à l’angoisse et l’égarement. A force de chercher le sublime, nous risquons de basculer dans l’abime.
L. H.
Docteur en droit

