Au cinquième jour consécutif de hausse, les prix du pétrole continuent de grimper sous l’effet des perturbations engendrées par l’agression américano-sioniste contre l’Iranien. La situation, qui ne montre aucun signe d’apaisement, maintient les marchés énergétiques mondiaux en état d’alerte maximale.
Par Sofiane Idiri
Mercredi matin, le Brent de la mer du Nord progressait de 1,81 % pour atteindre 82,87 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, gagnait environ 1,09 % à 75,37 dollars. Depuis le début du conflit le 28 février, le Brent a bondi de plus de 16 %, passant d’environ 72,5 dollars à plus de 82 dollars.
Le nœud central de ce qui tend à devenir une véritable crise énergétique reste le détroit d’Ormuz. Les «Gardiens de la Révolution» iraniens ont affirmé détenir le «contrôle total » de ce passage stratégique, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.
La navigation y est de facto paralysée depuis les premières frappes américano-sionistes contre l’Iran, les pétroliers étant pris pour cibles par Téhéran.
Les conséquences sur la production régionale sont déjà tangibles. En Irak, deuxième producteur de l’OPEP, les stocks s’accumulent à un stade qualifié de « critique » par les autorités du pays. Faute de voie d’exportation, le pays a dû réduire sa production de près de 1,5 million de barils par jour, soit environ la moitié de sa capacité actuelle, et pourrait être contraint d’interrompre la quasi-totalité de ses extractions dans les prochains jours si la situation ne se débloque pas, rapportent plusieurs médias internationaux.
Face à cette crise d’approvisionnement, Donald Trump a annoncé que la marine américaine pourrait escorter des pétroliers à travers le détroit si nécessaire. Malgré un bref plongeon des cours à cette annonce, les prix ont rapidement repris leur marche en avant.
Comme le résume l’analyste Arne Lohmann Rasmussen de Global Risk Management, cité dans un article publié par le site « Prix du baril », organiser un convoi militaire est plus facile à dire qu’à faire.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a, quant à elle, convoqué une réunion extraordinaire de ses membres pour envisager une libération coordonnée des réserves stratégiques mondiales, ce qui pourrait limiter la hausse à court terme.
Pour les pays du Golfe, la paralysie du détroit d’Ormuz représente un choc économique sans précédent depuis la guerre du Golfe. Les Émirats arabes unis et le Qatar, dont les exportations d’hydrocarbures transitent quasi exclusivement par ce passage, se retrouvent dans une situation critique, leurs tankers étant bloqués dans les ports ou contraints de rebrousser chemin.
Abu Dhabi, qui exporte plus de 2,5 millions de barils par jour, et Doha, premier exportateur mondial de GNL, voient ainsi peser une menace directe sur l’approvisionnement de la demande mondiale en produits énergétiques.
Le Koweït et Bahreïn, dont les économies reposent encore très largement sur la rente pétrolière, font face à des conséquences potentiellement encore plus sévères, faute de diversification suffisante. Koweït City exporte l’intégralité de son brut via le Golfe, sans aucune infrastructure alternative terrestre viable à court terme.
Bahreïn, État très dépendant de son voisin saoudien pour une partie de son approvisionnement en pétrole raffiné, voit s’ajouter une menace sur sa sécurité énergétique intérieure.
L’ensemble de ces pays multiplie les contacts diplomatiques d’urgence et presse les négociations afin de rétablir la liberté de navigation, conscients que chaque jour de blocage supplémentaire creuse un peu plus les pertes et fragilise une stabilité régionale déjà mise à rude épreuve.
La situation demeure instable et évolue à chaque instant : tout dépend désormais de la sécurité du passage par le détroit d’Ormuz. En l’absence de signaux clairs de désescalade, les marchés devraient rester sous haute tension.
S. I.







