L’examen cette semaine par l’Assemblée Populaire Nationale du projet de loi portant organisation territoriale du pays marque une rupture épistémologique dans la gouvernance de l’espace algérien. En portant le nombre de wilayas à soixante-neuf, le législateur ne procède pas à une simple itération administrative ; il consacre une mutation profonde de l’État.
Cette réforme, dont les contours dessinent une Algérie à soixante-neuf cœurs, traduit une volonté politique manifeste de consolider l’équilibre régional et d’asseoir les fondements d’un développement durable et inclusif.
Le passage de cinquante-huit à soixante-neuf wilayas, par la promotion de onze circonscriptions stratégiques des Hauts-Plateaux et du Nord, répond à l’impératif catégorique de la proximité. Dans un pays dont l’immensité a longtemps défié la célérité de l’action publique, rapprocher le centre de décision du citoyen n’est plus une option, mais une condition de la cohésion nationale.
«Ce réaménagement du territoire constitue le pari d’une Algérie qui, pour mieux se projeter dans l’avenir, accepte de se réinventer dans sa géographie.»
En érigeant des cités telles que Bou Saâda, Barika ou Aïn Oussera en pôles de souveraineté locale, l’État s’attache à résorber les asymétries territoriales et à substituer une logique de pôles de croissance à celle, désormais caduque, de la périphérie délaissée.
Toutefois, l’ambition de ce texte, telle qu’elle transparaît sous la coupole de l’APN, dépasse la seule commodité bureaucratique. Elle ambitionne de transformer chaque chef-lieu en un vecteur d’attractivité économique, capable de s’émanciper de la tutelle jacobine pour initier ses propres dynamiques de création de richesses. L’enjeu réside désormais dans la fluidité de la période transitoire qui s’ouvre, car le transfert des compétences et la dotation en ressources devront s’opérer avec une précision d’orfèvre pour que ces nouvelles entités ne soient pas de simples coquilles statutaires, mais des moteurs de la modernité.
En définitive, ce réaménagement du territoire constitue le pari d’une Algérie qui, pour mieux se projeter dans l’avenir, accepte de se réinventer dans sa géographie.
C’est l’affirmation d’un État qui puise sa force dans l’équilibre de ses régions et qui voit dans la décentralisation non pas un affaiblissement, mais l’accomplissement d’une citoyenneté de plein exercice, où la distance géographique cesse enfin d’être une distance sociale.
Par Lyazid Khaber







