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Le chant du cygne des empires

Le chant du cygne des empires

Alors que s’élève le chant du cygne des empires transatlantiques entre les sommets feutrés de Pékin et les parades anachroniques de Nairobi, une fracture historique redessine la carte des puissances économiques. Face à ce basculement irréversible, la véritable question n’est plus de savoir comment s’adapter au déclin de l’axe euro-atlantique, mais comment forger une autonomie matérielle absolue. C’est tout l’enjeu de la voie algérienne qui veille à transformer les ressources souterraines et les infrastructures souveraines en un bouclier stratégique face aux tempêtes de l’unipolarité.

Par Lyazid Khaber

Le tumulte immédiat des marchés mondiaux n’est jamais que le ressac superficiel cachant les mouvements tectoniques de l’Histoire, celle qui s’écrit en majuscules et refuse le confort des certitudes établies.

À l’échelle des siècles, les nations qui survivent aux tempêtes systémiques sont celles qui refusent d’indexer leur boussole sur des phares en passe de s’éteindre.

Alors que le conformisme des chancelleries s’accroche aux débris d’une mondialisation linéaire, le globe subit une reconfiguration irréversible de ses pôles de puissance.

L’illusion d’une gouvernance unilatérale s’effondre sous le poids des réalités géologiques, industrielles et militaires, laissant place à un ordre multipolaire où l’autonomie stratégique n’est plus un luxe doctrinal, mais une condition absolue de survie.

Le grand face-à-face et le déni des déclinants

L’axe transatlantique donne le spectacle d’une flottille désemparée, cherchant à colmater les brèches d’une hégémonie monétaire et industrielle qui prend l’eau. Le récent sommet de Pékin du 13 au 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping, loin des communiqués lissés sur une prétendue stabilité stratégique collective, s’apparente à une passation de pouvoir de fait.

Pendant que Washington tente d’endiguer sa propre inflation et d’obtenir des compromis sur des points de friction comme le détroit d’Ormuz, la puissance asiatique dicte le rythme des échanges de matières premières et des technologies d’avenir.

Au même moment, la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) gèrent l’inextricable vertige de dettes souveraines abyssales, face auxquelles l’appareil productif du vieux continent, miné par les crises de l’énergie et la désindustrialisation, ne fait plus le poids.

La parade kényane ou l’illusion du partenariat

Face à ce déplacement du centre de gravité du monde, le Sud Global ne se contente plus de contester, il édifie son propre réseau de flottaison financière et commerciale. La tentative désespérée de Paris de redéfinir ses relations avec le continent africain illustre cette perte de contrôle.

Lors du sommet « Africa Forward » tenu à Nairobi, du 11 au 12 mai 2026, Emmanuel Macron a promis de rompre avec les vieux schémas de la Françafrique en annonçant une enveloppe d’investissements de 23 milliards d’euros, dont 14 milliards portés par les entreprises françaises. Pourtant, ce discours axé sur le co-investissement ne parvient pas à masquer le rejet massif des injonctions occidentales par les nations africaines, résolument tournées vers l’autonomie.

Portées par la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et par le guichet souverain de la Nouvelle Banque de Développement des BRICS+, les nations des méridiens privilégient désormais les coopérations directes fondées sur le partage de ressources réelles.

Le bouclier de l’indépendance matérielle

L’Algérie, de son côté, n’observe pas cette recomposition de la carte économique mondiale depuis le rivage, elle dresse ses propres digues face aux courants incertains. Notre résilience économique n’est plus une vue de l’esprit, mais un constat chiffré par les institutions internationales.

Les projections du Fonds monétaire international (FMI) confirment que le Produit Intérieur Brut nominal algérien devrait atteindre 317,17 milliards de dollars cette année, soutenu par une croissance de 3,8 %. Ce dynamisme exceptionnel dans le bassin méditerranéen découle d’une stratégie axée sur la maîtrise absolue de nos ressources stratégiques.

La matérialisation de cette doctrine repose sur l’accélération simultanée de trois grands chantiers industriels. En premier lieu, le lancement par l’agence nationale ALNAFT du cycle d’appels d’offres « Algeria Bid Round 2026 », qui met en concurrence sept périmètres d’exploration hautement stratégiques, consolide notre statut de partenaire énergétique incontournable et autonome.

Sur le plan minier, le gisement de fer de Gara Djebilet et ses 3,5 milliards de tonnes de réserves sortent de terre, appuyés par un cadre réglementaire strict qui interdit l’exportation du minerai brut afin d’alimenter nos propres usines sidérurgiques.

Enfin, l’achèvement progressif des infrastructures ferroviaires et du terminal minier indispensables au Projet Phosphate Intégré garantit à l’Algérie une place de choix sur le marché mondial des engrais. C’est par cette maîtrise industrielle et logistique intégrale, loin des diktats des anciennes puissances coloniales, que se forge le véritable bouclier de la souveraineté nationale.

Le verdict du dimanche

La fin de l’unipolarité n’est plus une hypothèse d’école, mais un séisme qui redessine sous nos yeux les frontières de la puissance mondiale. Entre le face-à-face feutré de Pékin et les opérations de séduction anachroniques menées à Nairobi, l’Histoire choisit définitivement le camp des nations pragmatiques, celles qui adossent leur monnaie et leur influence à des réalités matérielles intangibles.

Pour l’Algérie, le défi ne consiste plus à naviguer entre les blocs, mais à consolider sa propre forteresse industrielle, de Gara Djebilet aux terminaux pétrochimiques. À l’heure où les empires de papier s’effondrent sous le poids de leurs dettes virtuelles, le verdict de ce dimanche est sans appel : seules les nations maîtresses de leurs richesses dicteront leur propre destin au siècle qui s’ouvre.

L. K.

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