Dans un paysage énergétique mondial marqué par une instabilité chronique des cours du brut et une reconfiguration accélérée des chaînes d’approvisionnement, l’Algérie choisit l’offensive industrielle. Sous l’impulsion du Président Abdelmadjid Tebboune, le groupe Sonatrach déploie une stratégie de rupture visant à porter le taux de transformation locale des hydrocarbures à 50% d’ici 2027. Ce pivot vers la pétrochimie de haute technicité ne répond pas seulement à un impératif de diversification économique, mais s’inscrit comme un rempart géopolitique majeur. En convertissant ses ressources primaires en produits finis à forte valeur ajoutée, le pays s’assure une place de leader souverain, capable de dicter son propre rythme de croissance au cœur d’une Méditerranée en pleine transition.
Par Lyazid Khaber
L’industrie énergétique algérienne traverse, en ce moment, une phase de transformation structurelle sans précédent qui marque la rupture définitive avec le modèle historique fondé sur l’exportation de ressources brutes.
Cette volonté politique, portée au plus haut sommet de l’État par le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, vise à ériger la valorisation des ressources naturelles en socle inébranlable de l’indépendance nationale face aux chocs exogènes.
Ce plan d’investissement massif est piloté avec une rigueur opérationnelle par le Président‑Directeur Général de Sonatrach, Noureddine Daoudi, installé en octobre 2025.
Sa mission consiste à transformer chaque molécule extraite du sous‑sol en une valeur ajoutée technologique sur le territoire national, garantissant ainsi que la rente énergétique soit réinvestie dans un appareil productif capable de générer une croissance autonome et durable, loin des fluctuations erratiques des marchés Spot.
Les piliers de la souveraineté pétrochimique
L’architecture technique de ce déploiement repose sur quatre infrastructures névralgiques qui entrent en phase de concrétisation opérationnelle, redéfinissant la carte industrielle du pays. Le complexe de polypropylène d’Arzew, doté d’une capacité de 550 000 t/an, et l’unité de MTBE constituent les fers de lance de cette autonomie retrouvée.
Comme le rapportait Eco Times, le 22 février dernier, sous la plume de notre collègue Khaled Remouche, ces projets stratégiques permettront de multiplier par cinq la valeur ajoutée générée par rapport à l’exportation brute, tout en substituant systématiquement la production nationale aux importations coûteuses d’additifs.
Parallèlement, la modernisation de la raffinerie de Hassi Messaoud, calibrée pour traiter 5 millions de t/an de carburants conformes aux normes Euro 5, assure à Sonatrach un accès privilégié aux marchés mondiaux les plus exigeants, tout en protégeant le marché domestique de l’inflation importée.
L’expertise nationale valide le pivot vers la valeur ajoutée
La pertinence de ce virage stratégique vers l’aval pétrolier est confirmée par un consensus parmi les plus hautes figures du conseil énergétique. Mustapha Mekideche, expert international et ancien cadre dirigeant, souligne que ce retour massif vers la pétrochimie est le «pari indispensable» pour décorréler durablement l’économie nationale de la volatilité cyclique des cours du brut.
De son côté, l’expert en énergie Mohamed Saïd Beghoul, dans une analyse publiée par le quotidien Horizons, insiste sur la nécessité impérieuse de cette intégration en affirmant que «le développement de la pétrochimie et du raffinage est le seul moyen de transformer nos hydrocarbures en produits finis à forte valeur ajoutée, garantissant ainsi une croissance déconnectée de la rente.» Cette vision est d’autant plus cruciale que l’Algérie ambitionne de devenir un hub fournisseur pour l’ensemble du continent africain.
En somme, l’Algérie ne se contente plus de puiser dans ses réserves ; elle bâtit une architecture industrielle complexe où la pétrochimie devient le rempart ultime contre l’instabilité des marchés mondiaux. En transformant le gaz et le pétrole en produits finis sur son propre sol, le pays scelle son indépendance industrielle et s’assure une place de leader souverain dans l’économie de demain.
L. K.







