L’Afrique ne souffre pas d’une pénurie d’opportunités, mais d’un déficit critique d’orchestration de ses ressources. C’est le constat sans concession dressé par Slim Feriani, Partner fondateur et CEO d’Alternative Path Partners (APP).
Fort de son expérience d’ancien ministre tunisien, de dirigeant de fonds souverain et d’universitaire, il appelle à un changement de paradigme radical, selon quoi le continent doit s’affranchir du prisme de la compassion pour s’ériger en terre d’architectures institutionnelles solides.
Dans une analyse percutante intitulée « L’Afrique a besoin de capital patient, pas de sympathie », publiée cette semaine par le magazine New African, l’expert souligne un basculement géopolitique majeur.
En effet, si l’Europe conserve des stocks d’investissements historiques, elle est désormais concurrencée par l’agilité des acteurs du Golfe. Ces derniers s’imposent en comblant les espaces laissés vacants par des cycles décisionnels occidentaux trop lents.
En ciblant les infrastructures, l’énergie et la logistique, les capitaux du Golfe arbitrent en faveur de la vitesse d’exécution et de la clarté des structures, là où la gouvernance est lisible.
Dépasser les modèles traditionnels
Slim Feriani pointe par ailleurs les limites du « financement mixte » (blended finance). Souvent trop prudents, ces mécanismes concentrent les capitaux sur des actifs jugés « sans risque de carrière ».
Il préconise d’inverser la logique, à savoir laisser le capital privé « patient » se positionner en première ligne — à l’instar des stratégies offensives des fonds souverains moyen-orientaux — les institutions de développement agissant alors comme des catalyseurs plutôt que comme des initiateurs systématiques.
Selon lui, la clé réside dans l’émergence de plateformes multi-actifs de standard international, comme APP. En dépassant la fragmentation actuelle, ces structures hybrident capital-investissement, crédit privé et marchés publics.
Porté par des associés cumulant 150 ans d’expérience, ce modèle mise sur la rigueur académique et l’indépendance pour sécuriser les investisseurs globaux.
En somme, la trajectoire de l’Afrique, moteur de la démographie mondiale, est inéluctable. Pour transformer ce potentiel en prospérité, le continent n’appelle pas à la sympathie, mais exige une gouvernance de fer et des capitaux capables d’épouser le temps long de son développement.
L. K.







