L’Algérie franchit une étape charnière dans sa réforme territoriale. Après l’annonce historique de novembre 2025, le processus d’installation des 11 nouvelles wilayas entre dans sa phase active. Entre dotations budgétaires massives et transferts techniques complexes, l’État mobilise d’importants moyens pour transformer ces anciennes circonscriptions en véritables pôles de développement autonome.
Par Adem K.
La décision, validée lors du Conseil des ministres du 16 novembre 2025 présidé par le chef de l’État, a porté officiellement le nombre de wilayas du pays à 69.
Ce redécoupage concerne des régions stratégiques des Hauts-Plateaux et du Sud, incluant Aflou, Barika, Ksar Chellala, Messaad, Aïn Oussera, Bou Saâda, El Abiodh Sidi Cheikh, El Kantara, Bir El-Ater, Ksar El-Boukhari et El Aricha. L’objectif politique est clair: rompre avec la centralisation excessive pour «rapprocher l’administration du citoyen».
En promouvant ces daïras au rang de wilayas à part entière, le gouvernement entend réduire les disparités régionales et offrir aux populations locales un accès direct aux services publics essentiels, évitant ainsi des déplacements de plusieurs centaines de kilomètres vers les anciens chefs-lieux.
10 milliards de dinars mobilisés
Pour transformer cette volonté politique en réalité matérielle, une enveloppe globale de 10 milliards de dinars algériens (DA) a été débloquée pour l’équipement et l’extension des structures administratives.
La stratégie de financement est articulée en deux temps: 8,15 milliards de DA ont été mobilisés au titre de l’exercice précédent pour initier les premiers travaux et l’acquisition des équipements de base ; puis 1,85 milliard de DA supplémentaires sont inscrits dans la Loi de finances 2026 pour finaliser l’installation des directions exécutives et des services techniques.
Cette dotation vise non seulement à construire des sièges de wilayas modernes, mais aussi à renforcer les infrastructures de télécommunications et de numérisation, piliers de la modernisation de l’administration locale.
Répartition et transfert de compétence
Le passage du statut de circonscription administrative à celui de wilaya autonome repose sur un processus technique rigoureux supervisé par une commission interministérielle. La phase actuelle se concentre sur la répartition du passif et de l’actif entre les «wilayas mères» et les nouvelles entités.
Ce transfert de compétences inclut le patrimoine immobilier et mobilier (Recensement des bâtiments publics et des équipements), les programmes d’investissement (Transfert des projets de développement local (écoles, hôpitaux, routes) initialement gérés par les wilayas d’origine), les ressources humaines (Affectation progressive de cadres et de fonctionnaires pour composer les nouvelles directions de wilaya (Education, Santé, Agriculture, etc.))
Vers un boom économique local et sécuritaire
L’impact attendu de cette autonomie dépasse le cadre purement administratif. Pour les régions frontalières comme Bir El-Ater ou les zones rurales enclavées, ce nouveau statut est perçu comme un levier de croissance économique.
La création de nouvelles administrations va générer des milliers d’emplois directs et indirects, stabilisant ainsi les populations dans leurs régions d’origine.
Sur le plan du développement, chaque nouvelle wilaya pourra désormais gérer ses propres budgets d’investissement, permettant une planification plus fine et adaptée aux spécificités locales (agriculture dans les Hauts-Plateaux, pastoralisme ou ressources minières dans le Sud).
Ce désengorgement des anciennes wilayas devrait également améliorer l’efficacité globale de la gestion territoriale.
Les défis de la décentralisation
Le défi reste de taille : assurer une transition fluide sans rupture de service pour le citoyen. La réussite de l’installation de ces 11 nouvelles entités constituera un test majeur pour la vision de décentralisation de l’État.
À terme, ce maillage territorial renforcé à 69 wilayas ambitionne de transformer l’Algérie profonde en un ensemble de pôles attractifs, capables de porter la nouvelle dynamique économique nationale.
A. A.







