Depuis 2020, l’Algérie a engagé une transformation profonde de son tissu économique en plaçant l’innovation et l’entrepreneuriat au cœur de sa stratégie de diversification hors hydrocarbures.
Par Sofiane Idiri
En l’espace de cinq ans, le secteur des startups est passé d’un écosystème embryonnaire à un segment structuré et organisé, reconnu au-delà des frontières nationales. Cette évolution illustre la volonté des pouvoirs publics de faire de la jeunesse, du savoir et de la technologie des leviers durables de croissance.
La première étape de cette ambition a consisté à doter le pays d’un cadre institutionnel solide. Un ministère dédié a été créé pour piloter les politiques d’innovation et encadrer l’écosystème entrepreneurial, appuyé par un comité national de labellisation chargé d’identifier et de certifier les entreprises innovantes à fort potentiel.
En parallèle, deux instruments majeurs ont été mis en place : l’Algerian Startup Fund (ASF), destiné à combler le déficit en capital-risque et à financer les jeunes entreprises en phase d’amorçage, et l’accélérateur public Algeria Venture, qui propose des programmes de coaching, d’incubation et d’accompagnement stratégique à chaque étape du développement des startups.
Des incitations fiscales et administratives sont venues compléter ce dispositif, réduisant les barrières à l’entrée et rendant l’environnement plus attractif pour les entrepreneurs, les incubateurs et les investisseurs.
Ces fondations ont rapidement produit leurs effets. Le nombre de startups labellisées est passé d’environ 200 en 2019 à près de 13 000 aujourd’hui. Une progression spectaculaire qui témoigne non seulement de l’engouement des jeunes pour l’entrepreneuriat innovant, mais aussi de l’efficacité des réformes engagées.
Les concours nationaux, notamment le Prix du Président de la République de la meilleure startup, ont également joué un rôle catalyseur en valorisant les réussites locales et en stimulant les vocations chez les étudiants et les diplômés.
De la maturation à la reconnaissance internationale
Fort de ces acquis, le secteur des startups a rapidement gagné en visibilité sur la scène continentale et mondiale. L’Algérie a ainsi initié la Conférence africaine des startups, dont la 4e édition, tenue en décembre 2025, a rassemblé plus de 35 délégations ministérielles, plus de 200 exposants et quelque 25 000 visiteurs.
Au-delà des chiffres, ces événements internationaux constituent de véritables plateformes stratégiques pour les startups algériennes. Ils leur offrent l’opportunité de nouer des partenariats, d’accéder à de nouveaux marchés, d’attirer des investisseurs étrangers et d’intégrer des réseaux d’innovation régionaux et mondiaux.
Pour de nombreuses jeunes entreprises, ces rendez-vous représentent un tremplin vers l’exportation de leurs solutions technologiques et la conquête de clients au-delà des frontières nationales.
Cette dynamique d’ouverture a également renforcé la crédibilité de l’écosystème algérien. La distinction de «Champion des politiques entrepreneuriales », décernée à l’Algérie dans le cadre du Forum mondial de l’entrepreneuriat aux États-Unis, illustre cette reconnaissance internationale.
Elle reflète la cohérence de la stratégie publique, mais aussi l’émergence de startups algériennes devenues de véritables success stories, affichant des chiffres d’affaires de plusieurs millions de dollars et opérant sur des marchés régionaux et internationaux.
Vers la consolidation : financement, cotation et montée en gamme
Après la phase d’émergence et d’expansion, le secteur entre désormais dans une étape plus exigeante : celle de la consolidation et de la performance durable. L’objectif affiché d’atteindre 20 000 startups d’ici fin 2029 s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de financement et d’un élargissement des perspectives de croissance.
L’accès au marché financier constitue à cet égard une avancée majeure. La mise en place d’un dispositif exceptionnel de dispense des frais d’introduction en bourse a permis l’entrée de la première startup algérienne à la Bourse d’Alger en 2025.
Ce mécanisme, étendu aux startups souhaitant lever des fonds entre 2026 et 2028 dans la limite de 500 millions de dinars, ouvre une nouvelle ère pour le financement de l’innovation par l’appel public à l’épargne.
Ces décisions ont un impact structurant : elles diversifient les sources de financement, réduisent la dépendance exclusive aux fonds publics et bancaires, et favorisent une culture de transparence, de gouvernance et de performance financière.
Elles permettent également aux startups les plus prometteuses d’accélérer leur développement, d’investir dans la recherche, l’exportation et l’industrialisation de leurs solutions.
Le lancement du label « Scale-up », attribué aux entreprises enregistrant une croissance d’au moins 20 % de leur chiffre d’affaires sur trois ans et consacrant au moins 3 % de leurs revenus à la recherche et développement, marque une nouvelle étape dans la montée en gamme de l’écosystème.
Ce label ne récompense plus seulement l’innovation initiale, mais la capacité à croître, à se structurer et à s’imposer sur des marchés compétitifs.
Il traduit la maturité croissante d’un environnement entrepreneurial qui ne se limite plus à encourager la création d’entreprises, mais ambitionne désormais de faire émerger des champions nationaux capables de contribuer significativement au PIB, à la création d’emplois qualifiés et à la diversification durable de l’économie algérienne.
S. I.







