Les perturbations qu’a connues le secteur des transports au début du mois en cours jettent une lumière crue sur la place et l’importance de ce secteur dans le corps de l’économie nationale, d’autant plus que la part du transport terrestre des voyageurs et des marchandises représente près de 90 % de tous les moyens de transport national. Le retard dans la densification du réseau ferroviaire est en train d’être rattrapé, aussi bien pour le transport de voyageurs que pour les celui des marchandises.
Par Amar Naït Messaoud
Indéniablement, la ligne ferroviaire la plus emblématique, symbole d’une réorientation de l’économie nationale vers le renforcement de la production locale, est bien la ligne qui part de la mine de fer de Ghar Djebilet vers Tindouf, ouis vers Béchar, et qui rejoint, en cette dernière station, l’ancienne ligne du sud-ouest oranais qui dessert le port d’Oran.
La photographie satellite de l’Algérie du nord fait ressortir depuis quelques une bande allant de l’ouest à l’est du pays, serpentant entre les monts et les collines du Tell sur une longueur de plus de 1200 km. Cette veine qui irrigue la partie la plus habitée du pays est l’autoroute Est-Ouest.
De même, les pénétrantes- à partir des ports (desservant le hinterland des zones de production économique), mais aussi à partir de certaines villes importantes- vers cette « colonne vertébrale » du transport dans la partie septentrionale du pays, sont en chantier (Chlef, Jijel, Tizi Ouzou), alors que celle d’Ahnif-Bejaïa (100 km) est en voie d’achèvement, avec des tronçons déjà fonctionnels.
Au début des année 2000, l’ouverture de l’économie algérienne sur l’initiative privée et sur l’investissement étranger avait rapidement révélé les insuffisances en infrastructures et équipements dont la réalisation relève de l’État, du fait que ce sont des ouvrages structurants exigeant de lourds investissements à consentir par la collectivité nationale.
Que ce soit en matière d’hydraulique (barrages et grands transferts), de raccordement en énergie (électricité, gaz naturel) ou de grandes infrastructures de desserte (routes, autoroutes, chemins de fer, métro,…), l’État a mobilisé les enveloppes financières nécessaires aux programmes de rénovation ou de réhabilitation des ouvrages existants comme il a inscrit dans son agenda la création de nouvelles infrastructures à même d’accompagner la nouvelle économie dans ses différentes facettes (commerce et transit de flux de marchandises, accès aux périmètres d’investissements productifs, équipements de ces derniers en énergie et en réseau d’adduction d’eau,…).
Sur l’ensemble de ces programmes, beaucoup de réalisations ont vu le jour. Dans certains domaines, comme l’hydraulique, c’est à une véritable « révolution bleue » que nous avons affaire avec les stations de dessalement de l’eau de mer réparties sur tout le littoral algérien et comblent honorablement le déficit que connaissent les barrages suite à la sécheresse chronique que connaît l’ensemble du bassin méditerranéen.
« Tout commence par la route »
L’économie des transports est considérée comme une branche importante et stratégique dans l’ensemble de l’appareil économique du pays. Transport des matières premières vers les lieux de transformation et d’usinage, transport des produits semi-finis et des produits finis, transport des voyageurs-dont une grande partie est constituée des employés des unités de production-, ce sont là des activités qui ont une répercussion directe sur les coûts économiques et la formation des prix. C’est donc un facteur de production et de développement que les pouvoirs publics sont appelés à prendre en charge dans le cadre des investissements publics.
Si les ouvrages hydrauliques et d’autres équipements ne sont pas toujours directement « visibles », ou bien, si leurs impacts ne sont pas tout de suite évalués par les citoyens consommateur, les routes, les autoroutes, les lignes de chemin de fer font voir rapidement leurs résultats positifs et leurs impacts sur la vie d’une population à fort indic de mobilité, et cela, aussi bien par le gain de temps sur les grands itinéraires que par le confort qui procure le service.
«Tout commence par la route», tel est l’intitulé d’une fiche technique établie par la Banque mondiale dans le cadre de son partenariat avec les pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), en précisant : «Les routes ouvrent la voie aux transformations que permet la technologie. Pour qu’une économie se développe, que de la richesse soit créée et que la prospérité soit partagée, il faut que les personnes et les biens puissent circuler (…) La mobilité est une condition préalable au développement. Dans une large mesure, de même qu’une économie dynamique dépend du mouvement des produits et des services, les populations sont tributaires des routes pour l’accès à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé ».
C’est instruits par cette vérité, que les gestionnaires de l’économie nationale et les pouvoirs publics ont fourni des efforts considérables au cours des cinq dernières années tendant à réhabiliter les anciens réseaux d’infrastructures et surtout à en créer de nouveaux de façon à diversifier l’offre de transport aux voyageurs et marchandises et de façon aussi à asseoir les bases matérielles nécessaires aux investissements dans le cadre des PMI/PMI sont en train de donner graduellement leurs résultats sur le terrain aussi bien pour le transport ferroviaire qui a vu de nouvelles lignes se mettre en service et d’autres en chantier bien avancé, (lignes des Hauts Plateaux, Djelfa-Laghouat, prévue en prolongement jusqu’à Tamanrasset…).
Réaliser le rêve Alger-Lagos
L’autoroute Est-Ouest du nord du pays aura sa deuxième « branche » à travers les Hauts Plateaux, de l’est à l’ouest également sur une distance de 1020 km. Ce projet structurant a été consacré par le Schéma directeur routier et autoroutier (SDRA) 2015-2025 visant à désenclaver les agglomérations des hautes plaines steppiques en les reliant aux villes du nord.
Cette branche en double voie suivra l’ancienne rocade qui va du territoire de Tébessa jusqu’à Naâma. Entre les deux grandes routes est-ouest, il y aura des brettelles qui vont les joindre pour relier les villes du nord aux villes des Hauts Plateau, de façon à ce que, sur la future image satellitaire de l’Algérie du nord, apparaisse un dessin en forme d’échelle occupant une frange de l’Algérie septentrionale.
Dans quelques années, le couloir des Hauts Plateaux sera appelé à connaître un bouleversement économique et démographique sans précédent suite au projet d’autoroute qui le longera de l’est à l’ouest. L’ancienne rocade de la steppe, doublée de la voie ferrée, prendra un nouveau visage et constituera une infrastructure de desserte d’une importance stratégique.
Ces deux voies (l’autoroute et le chemin de fer) traverseront la ville nouvelle de Boughezoul, située entre Ksar El Boukhari et Aïn Ouassra, et desserviront un grand nombre d’agglomérations urbaines et de villages ruraux. Elles accompagneront, dans le cadre du Schéma national de l’aménagement du territoire (SNAT), les plans de développement des Hauts Plateaux touchant l’ensemble des secteurs des activités économiques.
L’autoroute des Haut Plateaux croisera la voie express nord-sud (RN 01) au niveau de Boughezoul. La double voie nord-sud, ayant pris naissance au niveau de la Chiffa et ayant pour point d’arrivée Tamanrasset (Transaharienne), dégradée dans sa partie saharienne, est en train d’être modernisée. Le tronçon Chiffa-Médéa, traversant le Parc national de Chréa, offre une autre vocation à l’infrastructure, l’activité touristique.
La Transsaharienne, réhabilitée et modernisée, devra acquérir toutes ses fonctionnalités avec les raccordements attendus des autres pays faisant partie du réseau (Niger, Mali, Nigéria) et qui sont censés faire aboutir le projet jusqu’à sa destination finale, à savoir le Golfe de Guinée au Nigeria. Parvenu aux eaux de l’Atlantique, le projet méritera amplement le nom qui lui a été conçu au début des années 1970, Route de l’Unité africaine.
A.N.M.







