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Incertitude sur les recettes pétrolières et politique budgétaire : L’Algérie et le yoyo pétrolier

Par Eco Times
26 avril 2021
Dans Analyses
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Problématique du contexte énergétique en Algérie: Quelle stratégie adopter ?

L’Algérie, pays producteur de pétrole et de gaz, est confrontée à des problèmes particuliers dans la gestion de son économie, en raison de sa dépendance viscérale des recettes des hydrocarbures et dont les prix sont instables et difficiles à prévoir, mais aussi parce qu’elle doit se préparer au tarissement du pétrole et du gaz.

Par Kamel Ait Cherif

Expert international en économie d’énergie

L’incertitude entourant les recettes pétrolières a des implications directes sur la politique budgétaire à court, moyen et long termes, et la nature non renouvelable du pétrole et du gaz soulève des questions centrales et complexes de viabilité et d’affectation rationnelle des ressources.

Il est de notoriété publique qu’en dehors des hydrocarbures, les exportations hors pétrole et gaz, demeurent insignifiantes, et que les hydrocarbures occupent toujours un poids important dans l’économie nationale. D’une part, 98% des recettes d’exportation proviennent du pétrole & gaz, et d’autre part, 60% des recettes fiscales pétrolières.

L’instabilité des prix du pétrole est source d’incertitude, fausse le processus de décision économique et entrave la croissance économique.

L’Algérie qui a fait face à deux chocs pétroliers (1986 & 1995) presque similaire à celles d’aujourd’hui, semble n’avoir pas tiré les enseignements nécessaires, afin de se protéger contre les crises récurrentes imputables à une chute des cours pétroliers, en diversifiant son économie en harmonie avec le marché. L’économie algérienne reste tributaire des ressources naturelles.

L’évaluation de la politique budgétaire repose sur des principes qui sont importants à l’échelle universelle dont il est nécessaire d’avancer quelques-unes.

Les enjeux à moyen et long terme

Pour l’Algérie, la grande question est de savoir comment utiliser judicieusement sa richesse pétrolière et gazière. Le pétrole et le gaz étant épuisables, les recettes des hydrocarbures sont appelées à tarir un jour.

Par conséquent, dans une perspective à moyen et long termes, un des principaux enjeux de la politique budgétaire est de décider comment affecter la richesse publique (essentiellement pétrolière et gazière).

Toutefois, la volatilité des recettes pétrolières, due aux fluctuations des cours pétroliers, est problématique, en particulier pour la gestion budgétaire à court terme. Mais c’est l’incertitude qui plane sur la richesse pétrolière, volume des réserves et coût d’extraction qui est la plus importante à moyen & long terme.

A cet effet, l’incertitude entourant la richesse pétrolière devrait amener le gouvernement, par précaution à adopter une politique budgétaire plus prudente que si ces facteurs étaient connus avec certitude.

L’orientation budgétaire

La dépendance de l’économie algérienne à l’égard des recettes des hydrocarbures complique davantage la gestion budgétaire, la planification budgétaire et l’utilisation efficience des ressources publiques.

La volatilité des prix du pétrole mène à une volatilité des flux de trésorerie dans le budget. La dépendance des recettes budgétaires vis-à-vis des hydrocarbures rend les finances publiques vulnérables.

D’un point de vue macroéconomique, il est souhaitable de lisser les dépenses budgétaires plutôt que de les laisser fluctuer au gré de l’évolution des prix du pétrole. Les variations marquées et imprévisibles des dépenses et du déficit budgétaire déstabilisent la demande, exacerbent l’incertitude et provoquent une volatilité macroéconomique.

Ces considérations semblent indiquer que la volatilité des dépenses est couteuse et milite donc en faveur d’un lissage des dépenses face aux fluctuations des prix du pétrole.

Une solide position budgétaire et financière offre à l’Etat une certaine marge de manœuvre lorsque les prix pétroliers fléchissent. L’Etat peut notamment faire face aux fluctuations de ses liquidités en combinant ajustement et financement. Cependant, il peut se permettre de mener des stratégies budgétaires à court terme qui évitent l’instabilité budgétaire et mettent l’économie nationale à l’abri de la volatilité des recettes pétrolières.

La hausse des cours pétroliers a eu des implications majeures, notamment en ce qui concerne la gestion de la politique budgétaire en fonction de l’évolution du marché pétrolier.

La hausse record des cours pétroliers s’est traduite en Algérie par d’énormes excédents, une hausse rapide des réserves de change et la baisse de la dette extérieure et de gros excédents budgétaires

Comment surmonter la crise et engager la reprise ?

«Un pays solvable n’est pas forcément prospère !»

Notre modèle économique est caractérisé par :

– Une rente pétrolière et improductive, au lieu d’une rente productive et industrielle, d’où la nécessité de conduire une réelle et urgente politique de diversification de l’économie et/ou des sources d’énergie ;

– Une croissance basée sur la dépense publique et des subventions, ce qui a démontré, ses limites, son inefficacité et son inefficience ;

– Une croissance entretenue par les consommations des produits de l’importation puisque notre économie ne produit presque rien.

Par ailleurs, le travail et le capital sont reconnus pour être deux facteurs déterminants de la croissance économique. Le progrès technique serait à l’origine d’une partie importante de la croissance économique d’un pays, à travers l’innovation, grâce notamment à l’amélioration de la productivité des facteurs de production et le développement de la compétitivité.

L’Algérie, devrait en priorité accroitre la productivité et diversifier l’économie en dehors des hydrocarbures.

Quid de la diversification économique ?

Il est particulièrement important pour l’Algérie qui exporte des matières premières énergétiques (pétrole & gaz) dont les fluctuations des cours sont très fortes, de diversifier son économie productive et/ou ces sources d’énergie.

Pour l’Algérie, une diversification dans les ressources naturelles, notamment du pétrole et du gaz ou des conventionnelles aux non conventionnelles, mais aussi et surtout des énergies renouvelables, particulièrement le solaire, pourrait constituer une étape propice pour lancer les bases d’une industrie autour des ressources naturelles en amont ou alors déplacer le curseur vers l’aval en valorisant les ressources naturelles pour capter de nouvelles valeurs ajoutées.

A cet effet, étant donné que l’Algérie n’arrive pas à diversifier son économie par une transition économique, il est impératif de plaider pour une transition énergétique basée sur la diversification des sources d’énergies (énergie renouvelables et/ou non conventionnelles), afin de diversifier ces sources de financement, pour sortir de l’économie rentière !

Surmonter la crise est-ce possible ?

Il ne serait certes pas réaliste de penser que toutes les crises financières sont inévitables, mais qu’avons-nous fait jusqu’ici pour réduire la gravité de la crise ?

L’économie algérienne affiche des signes très inquiétants et difficiles à surmonter, les perspectives restent très incertaines. Par conséquent, il est impératif d’entreprendre des mesures de riposte à la crise, en commençant par l’élaboration d’une stratégie appropriée d’accompagnement de la reprise. Sinon on prendrait le risque de déstabiliser les anticipations et d’affaiblir l’impact des actuelles relances budgétaires et monétaires.

Quelle est alors la stratégie qui permettra d’accompagner la reprise ?

Il faut d’abord s’attaquer plus énergiquement aux problèmes budgétaires, et renforcer la capacité de la banque d’Algérie à maitriser l’inflation.

La banque centrale doit axer son action sur l’inflation.

Enfin, il faudra réellement promouvoir l’investissement productif pour une croissance forte et durable en remettant le secteur public et privé productif aux commandes du secteur financier afin de stimuler la concurrence et d’en tirer tous les avantages possibles en termes de productivité.

Par ailleurs, si cette crise budgétaire et la montée tendancielle de la dépense publique reste sans réponse, on peut craindre l’inflation à deux chiffres et/ou l’hyperinflation entre en jeu et que les défauts de paiement ne deviennent inévitables, ce qui aggraverait les difficultés budgétaires et finirait par étouffer la reprise.

Conclusion :

L’Algérie ayant appliqué des politiques budgétaires procycliques et dégagé des déficits persistants, s’est retrouvée dans une position financière critique, et la viabilité de son budget suscite des inquiétudes en raison de l’utilisation excessive des recettes pétrolières volatiles.

La politique budgétaire de l’Algérie se caractérise ainsi par l’incapacité d’instaurer une maitrise des dépenses publiques lorsque les prix du pétrole montent, ces dépenses deviennent ensuite difficiles à réduire lorsque les prix de pétrole chutent.

A cause de ces politiques budgétaires procycliques et des déficits budgétaires chroniques, l’Algérie doit faire face à des pénuries de liquidités liées à la viabilité de la politique budgétaire.

A cet effet, l’Algérie devrait appliquer des stratégies budgétaires ayant pour but de freiner les réactions budgétaires procycliques à la volatilité des cours pétroliers et de réduire ses déficits budgétaires.

Le gouvernement doit aussi veiller à ce que le taux de rendement des dépenses publiques soit au moins aussi élevé que celui d’un portefeuille diversifié d’actifs financiers.

Cela nécessite un choix minutieux et ciblé des projets d’investissement public et une modification de la composition des dépenses. Tout en procédant à une analyse coûts-bénéfices efficace des investissements publics.

K. A.-C.

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