L’Algérie amorce une nouvelle étape dans la diversification de son économie. L’entrée en exploitation industrielle du mégaprojet de Gara Djebilet (Tindouf), notamment suite à l’inauguration officielle de la ligne ferroviaire reliant cette gigantesque mine, dotée d’une réserve de 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer, à Béchar en passant par Tindouf sur une distance de 950 km, constitue en effet un fait marquant et «historique».
Par Hakim Outoudert
Cette réalisation de grande envergure n’est qu’une partie du projet stratégique pour le développement du secteur minier, qui est l’un des leviers sur lesquels l’Algérie s’appuie pour diversifier son économie et se libérer particulièrement du modèle rentier, basé sur les hydrocarbures.
Un modèle économique qui n’est plus en mesure de répondre aux aspirations des algériens, d’autant que les marchés sont incertains, notamment durant cette conjoncture marquée par une géopolitique bouleversée.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a œuvré, depuis son arrivée au Palais d’El-Mouradia, à la mise en place d’un nouveau modèle économique, dont des secteurs comme l’agriculture, l’industrie, le numérique et les mines seront les leviers de la croissance.
Pour les mines, le gouvernement ambitionne de porter sa contribution à hauteur de 30 % dans le PIB d’ici 2030.
C’est dans ce cadre que s’inscrit ce mégaprojet de Gara Djebilet qui va insuffler une nouvelle dynamique socioéconomique pour le pays et pour les régions du Sud qui sont désormais interconnectées au
Nord du pays. Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a affirmé, dimanche depuis Béchar, que l’inauguration de cette ligne minière constitue «la première étape d’un projet national structurant qui transformera à court terme, si Dieu le veut, cette région de notre Grand Sud, et contribuera à la concrétisation des objectifs de nos orientations économiques nationales vers l’exploitation des multiples richesses de Gara Djebilet, le lancement de la mine de zinc-plomb d’Oued Amizour à Béjaïa et la réalisation de la ligne ferroviaire de la mine de Bled El Hadba et du quai minier d’Annaba».
Il a ainsi indiqué, dans son discours prononcé lors de l’inauguration de ce mégaprojet stratégique, que tous les moyens ont été mobilisés pour atteindre les objectifs escomptés dans l’Algérie souveraine, fière et victorieuse, qui avance résolument vers la réalisation de ces objectifs, pour se libérer de la dépendance aux hydrocarbures et miser sur nos propres capacités, «grâce aux richesses et aux ressources dont Dieu Tout-Puissant nous a gratifiés dans toutes les régions de notre chère patrie, mais aussi grâce aux volontés nationales sincères, aux compétences et au savoir-faire capables de porter l’Algérie à bout de bras, quels que soient les efforts à déployer et les sacrifices à consentir».
Une victoire
Pour le chef de l’État, les réalisations accomplies dans le cadre de ce projet d’envergure, notamment les ponts s’étendant sur 20 km et l’aménagement de la voie ferrée, pourraient figurer dans le Guinness des records.
«Aujourd’hui, nous célébrons symboliquement une victoire, celle de la réalisation de cette ligne ferroviaire d’envergure dans un délai record de vingt (20) mois», a poursuivi le président de la République, en qualifiant l’inauguration de ce mégaprojet stratégique, comme une des étapes de la concrétisation d’une réalisation nationale stratégique et historique, longtemps évoquée comme un rêve lointain.
Grâce à la détermination et à la volonté de l’État, ce projet emblématique de «l’Algérie qui relève les défis» a été réalisé par un financement algérien et des compétences algériennes avec les amis chinois.
Ce projet historique, ajoute le Président Tebboune, traduit «une vision stratégique intégrée visant à valoriser et à exploiter nos ressources naturelles et nos richesses nationales».
Des perspectives prometteuses
En effet, des perspectives prometteuses et ambitieuses s’ouvrent donc pour l’Algérie qui veut renforcer sa place régionale en se plaçant comme un acteur incontournable dans le domaine minier.
Avec l’exploitation de ce gisement de minerai de fer, l’Algérie va s’imposer sur le marché mondial de l’acier, tout en développant un marché interne capable de répondre à la forte demande suite aux investissements en cours de réalisation.
Dans une première étape, la production nationale en acier sera orientée pour le marché local, tout en substituant aux importations qui se chiffrent à environ 2 milliards de dollars par an, et d’aller par la suite à la conquête des parts sur le marché international.
Une fois le complexe de Gara Djebilet tourné en plein régime, soit une capacité de 50 millions de tonnes à l’horizon 2040, dont 25 millions de tonnes de minerai de fer traitées, les complexes sidérurgiques de Tosyali à Oran, dans le moyen terme celui de Belara (Algerian Qatari Steel) avec le complexe de Al Solb à Annaba seront alimentés en matière première locale, permettant d’augmenter la compétitivité de l’acier «made in Algeria».
Une compétitivité qui va lui faciliter de conquérir le marché international, notamment européen, et ce, en dépit des restrictions imposées par l’UE qui attribue un quota limité pour l’Algérie.
Toutefois, avec les investissements engagés par l’Algérie dans le transport ferroviaire et la réalisation d’une grande station de l’énergie solaire, l’acier algérien sera vert, répondant aux exigences environnementales, lui permettant de s’imposer sur les marchés internationaux.
Ainsi ce raccordement ferroviaire moderne, les coûts de transport seront réduits de près de 30%, offrant ainsi une compétitivité aux produits algériens sur les marchés internationaux et transformant le sud-ouest en véritable moteur de la croissance économique nationale, indiquent des experts.
Ce projet stratégique de Gara Djebilet contribuera ainsi à l’émergence d’une véritable industrie automobile et d’électroménager avec des taux d’intégration appréciables.
L’acier algérien va désormais être intégré dans les différents produits fabriqués en Algérie, notamment dans l’industrie automobile, dont le gouvernement veut l’implanter dans le pays avec des taux d’intégration appréciables, plus de 40 %.
D’ailleurs, le complexe sidérurgique «Tosyali Algérie», a annoncé la réalisation d’un projet d’investissement pour la production de l’acier galvanisé de haute qualité qui est également prévu, un projet destiné à de nombreux secteurs, tels que l’industrie automobile, l’électroménager et le froid, et qui est en cours de réalisation. Un projet qui entrera en service à partir de juillet 2026, selon les responsables de ce complexe.
En somme, Gara Djebilet n’est pas simplement une mine de fer, mais la plateforme à partir de laquelle l’Algérie se dirige vers de vastes horizons économiques, démontrant que l’investissement dans la géographie et la valorisation des ressources sont les véritables clés de la souveraineté et de la construction d’un avenir prometteur pour les générations futures, dans le cadre d’une vision stratégique claire, une volonté ferme et des objectifs ambitieux.
H. O.







