Crise économique, dévaluation du dinar, hausse des prix des produits de base, le pouvoir d’achat des Algériens, ne fait que baisser et s’éroder de plus en plus. Le FMI pour sa part, indique que le taux de chômage en Algérie devrait grimper à 14,5% en 2021 et atteindre les 14,9% en 2022, contre 14,2% l’année dernière. La double crise économique et sanitaire a profondément impacté le marché du travail en Algérie. Selon Mohamed Benazzouz, enseignant universitaire et expert en économie, 34% des travailleurs algériens sont menacés de pauvreté. Des chiffres qui inquiètent, car selon la Banque Mondiale, une famille algérienne de 5 personnes, a besoin de 70 000 DA pour vivre sans dettes, alors que le Salaire national minimum garanti (SNMG) est de 18 000 DA.
Par Réda Hadi
Tous les économistes s’accordent dire que la pandémie de la Covid-19 n’a fait qu’accentuer une situation déjà précaire. Aussi, des experts remettent en cause le calcul du pouvoir d’achat, à l’instar de Ahmed Chafir Ahmine, économiste, qui explique que «mesurer le pouvoir d’achat ne se fait pas seulement par son indexation aux prix pratiqués sur le marché, mais en intégrant d’autres facteurs tels que la place des transferts sociaux dans le pays. L’Etat a un immense rôle à jouer dans ce sens. Autre variable à intégrer : l’inflation importée qui s’impose avec le manque de productivité dans le pays».Quelle que soit la méthode utilisée, il n’en demeure pas moins que le moral des travailleurs algériens sombre en même temps que sa précarité augmente.
Si près d’un salarié algérien sur deux, vit dans la précarité, d’après les chiffres communiqués par le directeur général des Impôts, ce sont selon la même source près de 5 millions de travailleurs qui sont menacés de pauvreté, ce qui représente 45,5% de l’ensemble des 11 millions de salariés du secteur public du pays. Ces chiffres n’en restent pas moins alarmants et symptomatiques de la situation qui nous caractérise en ce moment.
Les journaliers doublement impactés
Alors que pour beaucoup de travailleurs, l’Etat est intervenu financièrement pour les aider à surmonter la crise, pour les travailleurs journaliers la situation est toute autre.
Une situation qui a fait dire à Billel Laouali, expert financier agréé, que «les mesures de confinement, de limitation de circulation et de restriction des activités commerciales établies par les autorités publiques afin de maîtriser l’épidémie du Covid-19, ont déséquilibré la vie de certaines catégories professionnelles qui se sont retrouvées privées de ressources pour nourrir leurs familles. Or, selon des statistiques officielles datant de 2017, le taux de non-affiliation à la Sécurité Sociale s’élève à 57.7%, cela équivaut à 6.2 millions de personnes non-affiliées à la Sécurité sociale, Ce sont eux qui sont considérés comme journaliers, et qui vont grossir les rangs de l’informel» précise t-il.
Pour confirmer ses propos, l’expert ajoute : « Les travailleurs journaliers et les ouvriers, menacés par la précarité depuis la mise en place du confinement sur tout le territoire national, se retrouvent dans une situation délicate. Vivant déjà dans la précarité avant l’instauration des mesures préventives face au Coronavirus, ces derniers représentent désormais la frange la plus démunie de la société Algérienne. Il est difficile d’en établir le nombre, faute d’outils adéquats de calculs, vu que nous sommes connus pour verrouiller l’information. On ne peut que supputer et faire des calculs aléatoires» a-t-il conclu
L’informel comme seule «issue»
Pour beaucoup de journaliers, ayant une famille à charge dans le village, la situation était intenable. Karim, un jeune de Oum EL Bouaghi, de F’Fkirinna, que nous avons rencontré à Alger Plage, nous raconte les difficultés par lesquelles il est passé durant cette période. «Déjà avant la crise c’était dur. Il fallait se lever tôt et chercher un chantier, je suis maçon de métier. Si j’étais salarié j aurais eu plus e chance, l’Etat m’aurait aidé, comme pour les coiffeurs, les salaries, les taxieurs» puis dépité il continua sur sa lancée « Je me devais de trouver un travail, et sincèrement, l’informel me l’a donné. Par moment je me demande bien pourquoi je n’y ais pas été plus tôt. Maintenant mes revenus ont augmenté sans trop me fatiguer» conclut-il avec une fierté non dissimulée.
R. H







