Le projet de la nouvelle division administrative du pays-avec la promotion de onze circonscriptions en wilayas-, les nouveaux codes de la wilaya et de la commune en préparation au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’aménagement du territoire, l’idée d’un nouveau code électoral qui répondrait mieux aux contraintes de la gestion locale, tous ces chantiers législatifs et de décisions politiques sont destinés à mieux prendre en charge la gestion des communes, à y insuffler un nouveau type de management, à valoriser leurs biens et leurs ressources et à en faire des structures de création de richesses et d’emplois.
Par Amar Naït Messaoud
Outre les dimensions économique et sociale, que l’on peut schématiquement contenir dans les concepts de développement et de croissance, les aspects du cadre de vie, de l’environnement et de l’urbanisme commencent à prendre des dimensions importantes dans la vie des citoyens, si bien que de nouvelles exigences citoyennes, peu connues ou peu ressenties auparavant, commencent à s’imposer et s’exposer face aux autorités locales, aux services techniques aménagistes et aux responsables de wilaya.
En tous cas, de plus en plus, les concepts d’habitat et de cadre de vie constituent, du moins dans la littérature spécifique à ce domaine, un couple qu’il est difficile de séparer.
Dans notre pays, l’on a fait l’inexorable constat que le regroupement de fortes populations dans des cités excentrées, sans accompagnement au niveau périphérique ou des dépendances a charrié de multiples travers où le désordre social, la promiscuité, le déficit d’hygiène, l’inconfort général et l’absence d’espaces ré- créatifs et ludiques constituent un condensé explosif.
Généralement, lorsque les dérives sociales lourdes (banditisme, consommation de drogue, insécurité dans les quartiers,…) commencent à être perçues dans ces lieux par les pouvoirs publics, il est déjà presque trop tard. Les réactions de nature répressive ne pourront jamais circonscrire définitivement des phénomènes inscrits dans une dynamique sociale dégénérée. Le fait est que, souvent, la notion d’habitat n’est pas perçue sous un angle de totalité qui fait la vie de l’homme.
Depuis le début des années 2 000, la politique de construction de logements connaît en Algérie une vitesse soutenue, inconnue auparavant. En effet, plusieurs millions d’unités de logements toutes formules confondues (logement social locatif, LSP, RHP, LPP, LPA, AADL, habitat rural, promotionnel,…)-ont été réalisées.
Si l’aspect quantité semble répondre à une irrépressible demande sociale- malgré des ré- serves que l’on peut émettre sur cette logique de croissance exponentielle qui fait peu cas de la politique de l’aménagement du territoire-, l’aspect qualitatif continue à traîner des insuffisances, particulièrement dans sa composante environnementale et de cadre de vie.
Intérioriser la dimension «cadre de vie»
On a eu le loisir de vérifier une telle situation à l’occasion de certaines opérations d’attribution de logements effectuées au aussi bien dans la capitale que dans d’autres villes du pays.
Des cubes de béton se sont incrustés de but en blanc dans la terre. Le contraste entre la couleur de la peinture des façades extérieures des immeubles- on choisit de plus en plus des teintes diaprées- et les pourtours immédiats faits de terrains vagues, est saisissant.
Ces terrains vagues supportent parfois une végétation sauvage (buissons, chardons) sur laquelle se fixent des sachets d’ordures volant au gré des vents. Parfois, ils constituent carrément un cloaque où les eaux usées viennent s’accumuler en mares putrides.
Dans le meilleur des cas, ce sont des terrains nus produisant poussière en été et gadoue en hiver et que sont appelés à traverser- via des sentiers, des pistes et parfois des raidillons- les habitants (propriétaires ou locataires des nouveaux logements).
Le cas exceptionnel des certaines nouvelles cités, touchées par la « grâce » d’une bonne équipe d’urbanistes ou gestionnaires municipaux, ne doit pas faire illusion. Très peu de cités nouvellement construites offrent des aspects aussi chatoyants. Aucune garantie cependant à ce que le décor accueillant de certains sites magnifiques puisse avoir la vie longue dans le contexte d’incivisme régnant dans l’environnement immédiat.
L’autre vérité aussi est que, le cadre de vie n’arrive pas encore à constituer dans notre pays une préoccupation majeure qui ferait émerger des comités de quartier solides et dévoués se posant en interlocuteurs crédibles des pouvoirs publics et de l’administration. Cela fait partie d’une culture que l’histoire du processus de développement de notre pays n’a pas pu imprimer aux institutions ni inculquer aux habitants-citoyens.
Sur un autre plan, la courbe ascendante de la demande de logement s’inscrit dans la durée et répond, dans la réalité, à une logique beaucoup plus complexe que l’on ne peut circonscrire dans une simple croissance démographique touchant les lieux où la demande s’exprime.
C’est toute la politique économique du pays qui est en train d’exprimer, à travers cette particularité liée à l’immobilier. Les analystes relèvent, particulièrement dans ce cas de figure, la politique des pouvoirs publics qui n’arrive pas encore à s’inscrire franchement et définitivement dans la philosophie de l’aménagement du territoire et du cadre de vie, dimensions pour lesquelles l’Algérie possède bien des lois et de textes réglementaires.
On en arrive à la situation où le déséquilibre de la répartition démographique caractérisant le territoire national, ajouté à la consommation effrénée des terres agricoles pour les besoins du béton, fait peser, à moyen terme, une hypothèque sur le cadre général de vie des populations et sur l’environnement immédiat, déjà bien mis à mal par toutes sortes de pollutions et de «rurbanisations».
La dimension qualitative de l’habitat d’une manière générale (maison, logement bâtiment, cité, coopérative immobilière, quartier, banlieue, conurbation,…), requiert, selon la vision moderne attachée au confort, à la santé physique et mentale, à l’épanouissement culturel…etc.-, que les autorités et les techniciens algériens consacrent leurs efforts à la réflexion sur un meilleur cadre de vie en améliorant la qualité du bâti, l’architecture des immeubles et l’embellissement des espaces secondaires et les dépendances de nos cités, au lieu de se limiter à l’aspect quantitatif dans un éreintant calcul, en millions d’unités d’habitations, à délivrer à des dizaines de millions de demandeurs.
Nouveaux défis : urbanisme, architecture et environnement
Dans cette logique de la quantité et de la recherche d’assiettes foncières, qui commencent à se raré- fier dans l’extrême nord du pays où des terres agricoles ont été trop sollicitées pour recevoir les nouvelles constructions, les aménagistes, les architectes et les paysagistes n’ont souvent pas souvent le loisir de faire valoir leur contribution technique et esthétique.
Des lotissements qui auraient pu constituer des noyaux de nouveau quartiers- avec toute l’organisation et la chaleur humaine dont ce concept est chargé- sont demeurés dans l’anonymat et la froideur.
On n’arrive même pas à les baptiser selon les données de la culture nationale (noms des martyrs, écrivains, artistes, montagnes, rivières,…). Ce sont plutôt des chiffres- «140 logements», «quartier des 310 logements»,…- qui expriment tout le désarroi culturel et l’indigence de l’imagination qui frappent nos édiles et nos responsables administratifs.
Ira-t-on alors s’en prendre aux jeunes qui, par leur fertile imagination, attribuent, de façon spontanée, à ces blocs d’habitations, des noms issus de leur milieu, venant soit d’une anecdote qui leur est propre, soit d’un événement local, soit d’une image culturelle étrangère colportée par la télévision ou les réseaux sociaux ?
Hormis quelques cités AADL, une grande partie des nouveaux espaces que les Algériens se donnent pour habitat, ce sont des cités sans commodités (des bâtiments de huit à dix étages sont parfois sans ascenseur), boueuses en hiver, poussiéreuses en été et subissant, au fil des temps, de multiples dégradations faites souvent par les habitants eux-mêmes.
L’on est en droit de tirer la conclusion que le cadre de vie, les valeurs de l’environnement et l’esthétique générale sont des données qui ne sont pas encore intériorisées dans notre vécu quotidien de façon à conférer à l’urbanisme ses lettres de noblesse et à l’homme confort, quiétude, santé morale et physique ainsi que la réalisation psychologique de soi.
Les espaces verts, dans toute leur diversité de formules, les aires de jeux, les stades de proximité, les piscines, les centres culturels, les bibliothèques, les salles de cinéma, certains services publics de la santé, des télécommunication ou de l’éducation, enregistrent parfois d’énormes retards pour être installés dans les nouvelles cités.
Ce qui contraint les habitants à des déplacements éreintants vers l’ancienne ville. Si certains rattrapages ont été effectués pour les derniers programmes de l’AADL, des écarts, parfois importants, continuent à grever des dizaines de nouveaux quartiers.
A. N. M.







