Les marchés énergétiques et boursiers mondiaux ont vécu lundi une journée de turbulences historiques, sous l’effet conjugué de l’escalade militaire au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial.
Par Sofiane Idiri
Dès l’ouverture des marchés asiatiques, les prix des hydrocarbures ont connu une flambée sans précédent depuis plus de trois ans. Le baril de Brent de la mer du Nord a brièvement atteint 119,50 dollars, un niveau inégalé depuis juin 2022, avant de se stabiliser autour de 104,46 dollars vers 11h40, soit une progression de 12,70% sur la journée, selon l’APS.
Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), a suivi la même trajectoire, bondissant jusqu’à 111,24 dollars en séance asiatique avant de se replier à 101,50 dollars, en hausse de 11,66%.
Le gaz naturel n’a pas été en reste. Sur le marché européen, le contrat TTF néerlandais s’est envolé de plus de 16,42% à 62,15 euros le mégawattheure, après avoir ouvert sur une hausse de 30%, selon APS. Aux États-Unis, le contrat de référence sur le gaz naturel progressait également de quelque 7%.
Le détroit d’Ormuz, verrou géopolitique de l’énergie mondiale
Au cœur de cette tourmente énergétique se trouve le détroit d’Ormuz, par lequel transitent en temps normal entre 17 et 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés par jour, soit environ 20% de l’offre mondiale, rapporte prixdupetrole.com. Ce passage stratégique demeure quasi-paralysé depuis le début du conflit.
La situation s’est aggravée dans la nuit de dimanche à lundi avec de nouvelles frappes sur des infrastructures énergétiques clés dans la région du Golfe, entraînant des fermetures supplémentaires d’installations de production, selon la même source.
En Irak, la production des trois principaux champs pétroliers a chuté de 70%, tandis que le Koweït, cinquième producteur de l’OPEP, a commencé à brider sa production en invoquant un cas de force majeure, selon prixdupétrole.com.
Ces gains journaliers viennent par ailleurs s’ajouter à un bond de plus de 35% enregistré sur la semaine précédente. La panique énergétique s’est rapidement propagée aux marchés actions.
À Tokyo, l’indice Nikkei a terminé en repli de 5,19%, à 52.246 points, et l’indice élargi Topix a cédé 5,08%. À Séoul, le Kospi a fini en chute de 5,96%, à 5.223 points, selon APS.
Les deux places asiatiques sont particulièrement vulnérables : la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur mondial de brut, avec environ 70% de ses approvisionnements en provenance du Moyen-Orient, et son économie repose sur une industrie technologique très énergivore.
Le Japon, pauvre en ressources naturelles, est quant à lui le cinquième importateur mondial de pétrole brut et le deuxième de GNL, rappelle APS. En Europe, les principales places boursières ont également terminé dans le rouge : Paris a perdu 2,61%, Francfort 2,52%, Milan 2,61% et Zurich 2,33%, selon prixdupetrole.com.
Londres a mieux résisté, ne cédant que 1,79%. Sur le marché obligataire, les craintes inflationnistes ont fait monter les taux souverains, le rendement du 10 ans français passant de 3,51% à 3,60%.
Le G7 envisage de libérer les réserves stratégiques
Face à l’urgence, les ministres des Finances du G7 se sont réunis lundi par visioconférence, sous présidence française, pour examiner les conséquences économiques du conflit. La libération des réserves stratégiques de pétrole figure parmi les options à l’étude, a confirmé la porte-parole de la Commission européenne, Anna-Kaisa Itkonen, selon Reuters.
Le Financial Times évoque une libération conjointe de 300 à 400 millions de barils, soit entre 25 et 30% des 1,2 milliard de barils détenus en réserve, d’après prixdupetrole.com.
La porte-parole européenne a néanmoins tenu à rassurer : les États membres de l’UE disposent de stocks suffisants pour tenir jusqu’à 90 jours, et «la sécurité de l’approvisionnement nous préoccupe bien moins que le prix élevé de l’énergie», a-t-elle déclaré à Reuters.
Cette perspective de déblocage a contribué à tempérer quelque peu la flambée en fin de séance asiatique, stabilisant les deux références mondiales au-dessus du seuil symbolique des 100 dollars le baril.
S. I.







