En dépit de grandes performances de la spécialité en Algérie, depuis quelques années, l’activité de greffe rénale n’avance pas comme souhaitée. Les raisons de ce blocage sont diverses tel qu’expliqué par le Pr. Tahar Rayane, président de la société algérienne de néphrologie, dialyse et transplantation rénale, invité hier, mercredi, par la radio chaine 3.
Par Nadia B.
Pour le spécialiste cette situation est due à plusieurs facteurs inhérents à la spécialité. « A cause de ces facteurs intrinsèques, la spécialité de transplantation rénale n’a pas avancé », affirme-t-il ajoutant « ainsi le nombre d’intervention demeure réduit par rapport aux moyens matériel, humain et expérimental disponibles ».
« On patine», dit-il, tout en faisant du surplace aspirant à une reprise progressive, mais timide. Passé d’une moyenne de 300 greffes annuellement, seulement 20 opérations ont été effectuées en 2019.
Parmi les facteurs qui ont gravement freiné l’activité à travers tous les services en la matière au niveau des hôpitaux respectifs, M. Rayane cite en premier, «la pandémie du Coronavirus ». «La Covid-19 ne permet pas de pratiquer pour des raisons évidentes, telle la réticence des patients face à la contagion ou des suites d’un tel acte sur un organe noble comme le rein qui est étroitement lié à l’immunité de l’être humain.
«D’ailleurs on a eu pas mal de pertes de sujets en post-greffe », révèle l’intervenant, déplorant « une centaine de patients morts à cause du Covid dont des dialysés après des opérations chirurgicales ». «Mais il n’y a pas que… », regrette-t-il.
Entre autres facteurs, le professeur cite « l’instabilité du personnel » qui frappe les équipes spécialisées. « Certes, basée nécessairement sur les néphrologues, l’activité chirurgicale médicale est multidisciplinaire et si les équipes chargées de cette activité sont réduites par le départ dans les rangs de néphrologues, elles vont être obligatoirement handicapées, voire empêchées d’activité».
«De même sur le plan chirurgicale. Si le chirurgien quitte cette activité, pour une raison quelconque, cela impacte négativement la chaine des intervenants, et cela est valable pour les auxiliaires paramédicaux », indique le professeur Rayane.
Cette instabilité, ajoute-t-il, est due aussi au départ des spécialistes de rang professoral à l’issue des concours de chefferie qui détournent immanquablement les spécialistes de leur première vocation vers une activité managériale.
«Il ya eu beaucoup de départs de néphrologues, de chirurgiens et de paramédicaux à l’étranger et là, on n’y peut rien», se lamente M. Rayane, eu égard aux nombreux spécialistes formés, jusque-là, pour promouvoir la spécialité. «Le problème est beaucoup plus bureaucratique que médicale», précise-t-il.
Et le Pr., de recommander : «Il faut mettre désormais certains paramètres pour réorganiser la discipline et bien juguler le personnel médical nécessaire en fonction des besoins départementaux », suggère-t-il pour améliorer une situation désastreuse. Car, dit-il, le départ d’un spécialiste de cette activité vers d’autres services (administratifs) nuit profondément aux équipes formées à cet effet.
Il faut repenser l’activité de greffe, conseille-t-il, et mettre à profit le capital expérience très estimable dont jouissent les médecins algériens, pour faire de la greffe d’organes en Algérie un bastion au secours des souffrants qui attendent avec l’espoir d’un soulagement définitif au lieu d’attendre la mort.
«Pas moins de 10 000 patients attendent un greffon depuis des années », révèle le professeur Rayane constatant que le déficit est énorme.
N. B.







