Dans un contexte de bouleversements profonds sur les marchés énergétiques mondiaux, l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole APPO remet en lumière le projet de gazoduc transsaharien TSGP, reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, comme un levier majeur pour repositionner le continent sur l’échiquier énergétique mondial.
Par Sofiane Idiri
Dans une tribune publiée sur le site de l’organisation, intitulée « Afrique : le pivot stratégique de la nouvelle carte énergétique», le Secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, dresse un tableau saisissant : «Le marché énergétique mondial vit une rupture historique.»
Il cite notamment la paralysie du détroit d’Ormuz depuis le 28 février 2026, consécutive au conflit dans le Golfe, privant les marchés de 20 % du pétrole mondial et d’un tiers du GNL mondial.
Face à ces chocs «redessinant durablement les équilibres géopolitiques pour la prochaine décennie», l’Afrique apparaît comme «l’élément pivot». Le continent dispose de 715 000 milliards de pieds cubes de réserves gazières et de 125 milliards de barils de pétrole, faisant de lui un «facteur essentiel d’adaptation».
L’APPO fixe ainsi comme priorité l’accélération des infrastructures critiques : le TSGP, dont la première phase est attendue pour 2029, ainsi que des hubs GNL au Mozambique, au Nigeria et au Sénégal.
L’ambition est claire : grâce à ces projets structurants, «l’Afrique ne sera pas seulement fournisseur, elle sera l’architecte» d’une nouvelle souveraineté énergétique continentale.
À cet égard, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef de l’État nigérien, à l’occasion de la visite de ce dernier à Alger à la mi-février 2026 : «Nous avons convenu du lancement du projet de réalisation du tronçon du gazoduc transsaharien traversant le Niger, pays frère, juste après le mois de Ramadhan», précisant que «Sonatrach prendra les choses en main et entamera l’installation du pipeline traversant le Niger».
Sur l’état d’avancement du projet, le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a apporté des précisions lors d’une conférence de presse tenue à l’issue des travaux du 7e Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), au Centre international de conférences (CIC), début mars 2024.
Il a indiqué que sur les 4 000 km que couvre le tracé total, il ne reste à réaliser que 100 km au Nigeria, 1 000 km au Niger et 700 km en Algérie, soit un total de 1 800 km.
Le TSGP : un projet structurant pour l’énergie africaine
Conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an vers l’Europe, le Trans-Saharan Gas Pipeline est un gazoduc stratégique de plus de 4 000 km reliant les champs gaziers du Nigeria à l’Algérie via le Niger, en traversant le cœur du Sahara.
Initialement lancé en 2002 par le Nigeria et l’Algérie, le projet a été rejoint par le Niger en 2008. Porté par les compagnies nationales Sonatrach, NNPC et Sonidep, il constitue l’un des chantiers d’infrastructure les plus ambitieux du continent africain.
Au-delà de sa dimension commerciale, le TSGP s’inscrit dans une stratégie énergétique de long terme à plusieurs niveaux. Sur le plan régional, il vise à améliorer l’accès à l’énergie pour les populations riveraines du tracé.
À l’échelle internationale, il contribue à diversifier les approvisionnements européens et à réduire la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique.
Sur le plan économique enfin, le projet est porteur de retombées significatives : création d’emplois, développement des infrastructures locales et renforcement des capacités industrielles des trois pays partenaires.
S. I.
Le TSGP en bref
Long de 4 128 km, le Trans-Saharan Gas Pipeline relie les champs gaziers du Nigeria à l’Algérie via le Niger, en traversant le cœur du Sahara. D’un coût estimé entre 13 et 20 milliards de dollars, il peut acheminer jusqu’à 30 milliards de m³ de gaz naturel par an vers les marchés européens. Porté par trois compagnies nationales — Sonatrach, NNPC et Sonidep —, le projet a connu une accélération décisive depuis 2022, dans un contexte de fortes tensions sur les approvisionnements énergétiques mondiaux. En février 2025, un nouveau contrat a été confié au cabinet Penspen pour la mise à jour de l’étude de faisabilité. Le lancement des travaux sur le tronçon nigérien est annoncé pour 2026.
S. I.







