Les prix des céréales et du sucre en particulier connaissent une augmentation des prix sur les marchés internationaux. Une prolongation de la guerre en Iran au‑delà de 40 jours pourrait faire augmenter de manière significative les prix des produits agricoles, avertit la FAO.
Par Khaled Remouche
L’institution des Nations Unies dédiée à l’agriculture dans le monde, la FAO, vient en ce début de mois d’avril avertir que les prix des produits alimentaires, les céréales en tête, pourraient connaître une flambée des prix sur les marchés internationaux si la guerre en Iran se poursuivait.
Le risque pour l’Algérie est que sa facture d’importation risque d’augmenter fortement, poussée par la hausse de la facture alimentaire, l’Algérie étant un gros importateur de céréales, de sucre, de produits oléagineux et d’aliments du bétail.
Cette institution internationale a indiqué «que les prix mondiaux de denrées alimentaires ont atteint leur plus haut niveau depuis septembre dernier et devrait continuer à augmenter si la guerre au Moyen‑Orient qui a déclenché une flambée des cours de l’énergie venait à se prolonger».
L’économiste en chef de la FAO, Maximo Torero, a signalé d’abord que les prix des produits depuis le début du conflit ont été modérés, amortis notamment par l’abondance de stocks de céréales.
Il avertit cependant : «si le conflit se prolonge au‑delà de 40 jours et les coûts des engrais restent élevés, les agriculteurs pourraient être contraints de réduire leur consommation d’intrants ou bien d’adopter des cultures nécessitant moins d’engrais».
L’indice des prix achats de la FAO, qui résume les variations des prix alimentaires, montre qu’il a augmenté de 2,4% le mois dernier par rapport au mois de février. Il se situe 1 % au‑dessus du niveau d’il y a un an, bien qu’il soit inférieur de près de 20 % à son pic de mars 2022 atteint dans le sillage de la guerre en Ukraine, un acteur clé de la production céréalière dans le monde.
L’indice des prix des céréales a augmenté de 1,5 % en mars 2026 dû à la détérioration des perspectives de récolte aux États‑Unis et à la baisse des prévisions de cultures de blé en Australie en raison de la flambée des prix des engrais.
Les prix du sucre ont augmenté de 7,2 %, suite à des spéculations selon lesquelles le Brésil, le premier exportateur mondial de canne à sucre, orienterait une grande partie de sa production vers la fabrication d’éthanol, biocarburant.
Mais l’Algérie pourrait bien profiter de cette augmentation des prix des engrais azotés : 700 dollars américains pour l’urée et 900 dollars la tonne pour l’ammoniac. L’Algérie est un gros exportateur d’engrais azotés et d’engrais phosphatés.
Elle a une capacité de production de 7 millions de tonnes d’engrais azotés par an et 800 000 tonnes d’engrais phosphatés. Elle s’est classée comme 9ᵉ exportateur d’engrais azotés dans le monde en 2024. Elle se positionne au troisième rang parmi les pays arabes.
À cela s’ajoute un facteur important. La filière engrais azotés locale ne subira pas l’effet de la hausse des prix du gaz sur les marchés internationaux, le gaz naturel étant une matière essentielle pour cette filière.
Il faut savoir que Sonatrach cède aux usines d’urée et d’ammoniac de SOFERT, de Bahwane et d’Asmidal implantées à Arzew et Annaba le gaz à des prix compétitifs, renforçant la compétitivité des engrais « made in Algeria ». Ce qui représente un atout majeur dans ses exportations vers les pays tiers.
Attention à la taxe carbone ou le mécanisme CBAM
L’Algérie pourrait devenir le sixième exportateur mondial d’engrais phosphatés à moyen terme avec la mise en service du méga‑projet phosphates de Bled El Hebda, d’une production de 10,5 millions de tonnes par an de phosphates et sa transformation en engrais phosphatés à Hadjar Soud.
Mais attention, cette filière devra effectuer des progrès dans la décarbonation et viser à produire des engrais verts si elle veut ne pas être pénalisée par le mécanisme européen aux frontières CBAM, qui impose aux entreprises clientes européennes une taxe carbone si ces dernières importent leurs engrais de pays qui n’ont pas effectué d’efforts de décarbonation de leur filière engrais.
K. R.







